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Interview exclusive de Guillaume Reynard


Réalisée et mise en forme
par la rédaction.



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Vers la mer d'Aral

"Je suis parti 2 mois avec quelques adresses en poche et au fur et à mesure de mes rencontres, on me donnait d'autres adresses. C'est ainsi que durant toute la durée de mon voyage, j'ai logé chez l'habitant.

Je suis parti dans la région de la mer d'Aral parce que j'avais envie d'exprimer, à travers le dessin, une situation tragique. Je voulais montrer quelque chose qui ne soit pas une guerre mais " du tragique au quotidien ".
Beaucoup de gens qui vivent là-bas ont connu une vie tout à fait agréable lorsque l'industrie, les cultures et la pêche étaient prospères. En une génération, ils ont tout perdu : les industries, les cultures, la Mer… Il y a ceux qui ont connu cette perte et qui vivent dans les souvenirs du passé. Et, il y a les autres, qui n'ont jamais connu cette époque de " richesse " parce qu'ils sont nés après. Ceux-là vivent comme ailleurs.

J'ai rencontré des gens qui sont dans une situation où ils sous-vivent et survivent, une situation de catastrophe.
Pourtant, c'est des gens qui t'accueillent dans leur quotidien et qui ont envie que l'on témoigne de leur existence.
Malgré leur condition de vie, les habitants de cette région ne partent pas. Tous ceux qui avaient quelques part où aller comme les nombreux étrangers venus sous l'aire soviétique sont retournés chez eux. Ceux qui restent sont ceux qui n'ont nulle part où aller, ceux qui n'ont pas de raisons de partir, ceux qui sont nés ici.

L'Aral, c'est une tragédie au quotidien. Ce n'est pas irrémédiable et ça changera peut-être un jour, dans très longtemps. Malgré tout, j'ai des souvenirs de gens accueillants, de gens vivants.


Un personnage : Marat

Marat a connu l'époque de prospérité de la Mer d'Aral. Il vit dans ses souvenirs et s'inquiète pour l'avenir des ses trois enfants. Il critique l'état comme s'il attendait encore que l'Etat fasse quelque chose pour eux. Il était ambulancier mais ne touchait plus son salaire alors il est maintenant chauffeur pour les Nations-Unies. Et, quelque part, il est sauvé.

J'ai revu Marat lors de mon second voyage à la Mer d'Aral.

J'y suis allé avec deux amis pour réaliser un documentaire. Marat était très étonné de me revoir car peu de gens ont envie de retourner dans cette région. Il était heureux de participer au film, c'était pour lui comme une preuve d'amitié.

Lors de mon premier passage chez Marat, j'avais eu du mal à communiquer avec les enfants qui se demandaient ce que je faisais par ici à dessiner sans cesse. Ils étaient sauvages. Quand je suis revenu, les enfants dessinaient partout. La fille de Marat voulait même faire les Beaux-Arts."

 

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