Vers la mer d'Aral
"Je
suis parti 2 mois avec quelques adresses en poche et au fur et
à mesure de mes rencontres, on me donnait d'autres adresses.
C'est ainsi que durant toute la durée de mon voyage, j'ai
logé chez l'habitant.
Je
suis parti dans la région de la mer d'Aral parce que j'avais
envie d'exprimer, à travers le dessin, une situation tragique.
Je voulais montrer quelque chose qui ne soit pas une guerre
mais " du tragique au quotidien ".
Beaucoup de gens qui vivent là-bas ont connu une vie tout
à fait agréable lorsque l'industrie, les cultures
et la pêche étaient prospères. En une génération,
ils ont tout perdu : les industries, les cultures, la Mer
Il y a ceux qui ont connu cette perte et qui vivent dans les souvenirs
du passé. Et, il y a les autres, qui n'ont jamais connu
cette époque de " richesse " parce qu'ils sont
nés après. Ceux-là vivent comme ailleurs.
J'ai
rencontré des gens qui sont dans une situation où
ils sous-vivent et survivent, une situation de catastrophe.
Pourtant, c'est des gens qui t'accueillent dans leur quotidien
et qui ont envie que l'on témoigne de leur existence.
Malgré leur condition de vie, les habitants de cette région
ne partent pas. Tous ceux qui avaient quelques part où
aller comme les nombreux étrangers venus sous l'aire soviétique
sont retournés chez eux. Ceux qui restent sont ceux qui
n'ont nulle part où aller, ceux qui n'ont pas de raisons
de partir, ceux qui sont nés ici.
L'Aral, c'est une tragédie au quotidien. Ce n'est pas irrémédiable
et ça changera peut-être un jour, dans très
longtemps. Malgré tout, j'ai des souvenirs de gens accueillants,
de gens vivants.
Un personnage : Marat
Marat
a connu l'époque de prospérité de la Mer
d'Aral. Il vit dans ses souvenirs et s'inquiète pour l'avenir
des ses trois enfants. Il critique l'état comme s'il attendait
encore que l'Etat fasse quelque chose pour eux. Il était
ambulancier mais ne touchait plus son salaire alors il est maintenant
chauffeur pour les Nations-Unies. Et, quelque part, il est sauvé.
J'ai
revu Marat lors de mon second voyage à la Mer d'Aral.
J'y
suis allé avec deux amis pour réaliser un documentaire.
Marat était très étonné de me revoir
car peu de gens ont envie de retourner dans cette région.
Il était heureux de participer au film, c'était
pour lui comme une preuve d'amitié.
Lors
de mon premier passage chez Marat, j'avais eu du mal à
communiquer avec les enfants qui se demandaient ce que je faisais
par ici à dessiner sans cesse. Ils étaient sauvages.
Quand je suis revenu, les enfants dessinaient partout. La fille
de Marat voulait même faire les Beaux-Arts."
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