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INTERVIEW d'Allison Reed
Lauréate du concours du Monde 2 - Eté 2002 -

 

 

 


Contact :Allison Jane reed


© Allison Jane Reed
- Tous droits réservés - Interdiction de reproduction sans l'autorisation de l'auteur.

Allison a choisi pour introduire et compléter les informations de son magnifique carnet sur la Boasnie de ne parler que du voyage lui-même, nous laissant le soin de présenter son travail.

Le carnet en question est un de nos coups de coeur lors du jury concernant le concours Le Monde2/ Uniterre. Plasticienne, elle crée des carnets dont les pages offrent de nombreuses entrées sur l'informations qu'elles proposent, accès par la photo, le dessin, le pictogramme, l'écriture se décode elle-même entre différentes couches parfois recouvertes les unes les autres de textes de différentes natures, informations générales dans une écriture dactylographique, informations personnelles dans une écriture plus calligraphique...
Les couleurs sont très subtiles, les pages offrent une écriture d'ensemble équilibrée et audacieuse, tout comme une grande possibilité de lecture où toutes les sensibilités sont invités au voyage dans ce monde graphique et plastique... Une belle maitrise sur tous les arts qui composent le jeu de la création d'un carnet de voyage très bien soutenue par une incontestable originalité de traité. A vous de déguster !

Le récit du voyage par Allison :

"Le mois de juillet est très chargé. Mon ami Olivier et moi avons a peine le temps de parler «voyage» et début août, c'est déjà le brouhaha agité des préparatifs. Nous nous engouffrons dans la camionnette (semi-aménagé en camping-car) Vite, vite, on prend le large. Le voyage sera en lui-même un sas de décompression. Première constatation, l'espace «sommeil» de Samuel mon fils de 13 ans, n'est plus assez grand, heureusement nous sommes familiers avec les géométries variables et nous trouvons une alternative au repos en position d'accordéon. Pour le reste, nous verrons au fur et à mesure, car nous n'avons que peu d'éléments d'information sur notre destination : Mostar en Bosnie (aucun guide à jour, à ce jour). Au bout de quelques heures de trajet nous quittons notre territoire familier de Bourgogne et mes yeux deviennent plus avides, épluchent les détails, saisissent des bribes d'autres quotidiens, suivent le tracé déployé des horizons, scrutent le lointain. Il nous reste encore de la route. Proche et lointaine Mostar est une ville martyre du conflit en ex-Yougoslavie. Déjà plusieurs années sont passées depuis la fin des combats, ce n'est plus trop dangereux, mais issue d'une génération privilégiée qui n'a jamais connu la guerre, ce sera la première fois que je serai confrontée à cette réalité, je connais mal l'histoire des Balkans et sa culture.
Là-bas, nous rencontrerons des membres de «kofim» qui ont établi des liens avec une association lyonnaise «Jarring Effects» en vue d'un festival sous chapiteau en octobre 2002 (il faudra trouver le site le mieux adapté). Nous n'avons pas pris rendez-vous. Nous verrons cela sur place. Une fois sortie de la vallée fertile du nord de l'Italie, et de la grande banlieue de Milan, après une halte éclaire et magique a Venise, nous arrivons à Trieste. Là nous changeons nos euros et traversons des vraies frontières avec des vrais douaniers, Italien, puis Slovène (en territoire slovène a peine une demi-heure) et Croates Nous retrouvons la côte (Adriatique) et nous la longerons pendant plusieurs centaines de km, mer à droite, montagnes à gauche. Les paysages de Croatie sont sublimes, parfois escarpés offrant des vues plongeantes sur des criques paisibles, parfois les pieds (pneus) dans l'eau. Les configurations panoramiques sont diverses car la route trace assez fidèlement les découpages complexes de cette dentelle de terre et de mer. Au gré de nos envies, nous nous arrêtons, parfois le temps d'une baignade, d'un coucher de soleil, d'un pique-nique, d'un petit resto en bord de mer, d'une balade, d'un court séjour. La nuit nous trouvons aisément l'endroit idéal, : nos besoins sont simples : calme, belle vue, à l'ombre, et de préférence près d'un café (pour le lendemain matin) Autres observations diverses : Les prix sont o.k. Il semble y avoir un barème national, vague héritage de l'époque de Tito peut être ? En France, nous avons les "boissons pilote", là-bas ce sont les "poissons pilote", donc, le calamar sera toujours environ le même prix, qu'on le mange à l'ombre d'une cannisse, les orteils dans le sable ou dans un resto aux nappes blanches. L'accueil est calme et souriant, L'ambiance est paisible, on a du mal à s'imaginer une guerre ici, d'ailleurs les gens semblent vouloir oublier tout cela au plus vite et reprendre la vie «normale» Oh ! grand bonheur, nous pouvons facilement faire un brin de toilette par ci et par là, car les plages un peu plus fréquentées ont des douches et les sanitaires ont généralement tout : de l'eau, du savon, un lavabo, un miroir, un verrou sur la porte, c'est moderne à souhait. Pas besoin de trouver un camping, une piscine, ou de louer une « sobe » »(chambre chez l'habitant) Les villes que nous traversons sont des villes portuaires avec leurs grands navires, leurs bateaux de plaisance, leurs avenues longées de palmiers, leurs bars avec des musiques actuelles, elles offrent un retour à la civilisation si besoin est. Mais néanmoins, si vous aimez voir les « people» faire du shopping, etc. la Croatie pourrait vous décevoir. Le costume national, l'architecture, les mours ne sont pas typiques ou exotiques, nos voisins nous ressemblent beaucoup (Quoique les jeunes femmes sont si belles qu'on aimerait leur ressembler même davantage) Nous rentrons dans les terres pour nous rendre à Mostar, la réalité est brutale omniprésente d'autant plus choquante que nous avons été bercés par le clapotis du rivage, apaisés par le rituel inconscient de ces chapelets d'iles que l'on égrenne avec les yeux, émus par la beauté précieuse de petits cailloux sous l'eau limpide. Ici, se dressent poteaux et barbelés hérissés. Les cimetières débordent, ils annexent les terres voisines pour héberger des rangées de pierre tombales uniformes qui ne se patinent que lentement. Les monuments aux morts ponctuent notre itinéraire comme une signalétique routière, les maisons sont souvent calcinées, les murs sont ornés de graffiti aux motifs anguleux comme des fragments de Guernica, Le ciel se voit au travers des squelettes éventrés d'anciens édifices, de longues stries de rubalise jaune longent la route, les inscriptions répétitives et aisément comprises : mines---- mines ---mines----mines ---mines---mines. La rythmique du clapotis est remplacée par le bruit de trombes d'eau, un orage s'abat sur Mostar le ciel est de plomb et l'éclairage comme un projecteur sur les cicatrices, les touristes errent et cherche des abris Nous trouvons refuge dans un café et nous commandons à manger sans comprendre un traitre mot du menu Le constat est terrible Dans la vieille ville, l'ampleur de la tache de reconstruction est sidérante : Les infrastructures, le tissu social, les égouts, le pont, une dynamique culturelle, l'espoir, les façades criblées d'impacts de balles, même la terre des jardins sournois ou le fruit tentant ferait oublier le risque invisible, il faudra la tamiser pour retrouver un jour "une vie normale" . Nous repartirons silencieux, et pensif sous une pluie battante. Un regret : La seule chose que je connaissais déjà des Balkans c'est la musique, tzigane et les brass band, nous n'avons ni vu ni entendu ni l'un ni l'autre, Le festival s'est bien déroulé début octobre, je n'y étais pas. C'etait une autre histoire. Pour les curieux «jarring effects» a réalisé un reportage voici les contacts : http://jarringeffects.free.fr..."

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(extraits de ses nombreux carnets de voyages dans le monde)