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Petite Apologie du Carnet de Voyage
par Simon
©

 

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Le monde dépose ses douces cicatrices sur des feuilles reliées de toutes sortes, manufacturées ou faites main, qu'on appelle « carnet de voyage » faute de mieux, terme générique qui englobe des pratiques diverses, des solutions innombrables. Carnet, petit mot - la modestie même –- pour petite chose, très bien. Mot intime, qu'on glisse dans la poche. Souvent à peine plus grand qu'un passeport. Un passeport lyrique. Ouvert, il tient dans la main. Ou sur les genoux. Il a grain pour les doigts et parfois, une odeur, sinon plusieurs : d'aucuns y collent même des poudres, currys et poussières. Le papier défend ses couleurs, celle du support, blanc banal ou chiffon népalais à fibres végétales. Il est souvent farci de matières, feuilleté de secrets, gaufré par des souvenirs en relief. Il se présente comme un vulgaire bloc-notes, un missel juteux de destinations, ou encore un atlas grand format. De plus en plus, les fanatiques du bout de papier fabriquent eux-mêmes leurs carnets. En clair, c'est un objet. Fait pour être tenu, pour être frotté, sali, ému, griffé, épaissi, j'en passe, qu'on le mouille, y trace les méandres du voyage, les empreintes du lointain, voire du tout proche, pourvu que l'évasion ait lieu. A Clermont Ferrand, puis à Brest, combien de solitaires ont-ils réalisés qu'ils n'étaient pas seuls ? La tribu des carnettistes est bel et bien née au tournant du siècle. Cette tribu étonne par sa générosité, sa mobilité, son goût du risque, son humour, sa qualité d'écoute, pour tout dire, sa disponibilité. Elle a érigé la disponibilité au rang de discipline. D'éthique. La tribu frappe aussi par son humilité. L'ego boursouflé de tant de créateurs contemporains ne semble pas avoir fait de ravages parmi ces nouveaux voyageurs. C'est que le voyage dégonfle rapidement les baudruches. Etonnant aussi : ces travailleurs solitaires sont conviviaux. Le paradoxe n'est qu'apparent. Le voyage, et les mille façons d'aller, forgent des créatures douées de légèreté, d'un détachement propice, et forment à la bonté du regard d'où la lucidité est tout sauf absente. Le voyage est école de vent intérieur.

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