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Les
précurseurs, avant l'engouement des années 90, avaient
créé un sillage propice. Il y avait eu Peter
Beard, dévoré par le crocodile lyrique de l'Afrique.
Il y avait déjà Yvon le Corre, au gouvernail, qui
naviguait depuis longtemps en aquarelle. Il avait montré
le cap, les caps : solitude, hisser les couleurs, l'art de
la fugue et le grand large au coeur. Titouan Lamazou a pris le vent,
Gallimard risqué la mise (et empoché les bénéfices),
et, dans cet appel d'air, tout le monde s'est engouffré.
Gildas Flahaut, baroudeur océanique, Noëlle Herrenshmidt,
qui publia les carnets de la privation de grand air (Carnets de
prison), Geneviève Hue, vapeurs et visages d'Asie, Yers Keller,
légionnaire reconverti aux séductions de l'Orient,
Michel Montigné, la fraternité faite peinture, Hyppolite
Romain, la Chine en verve, et moult autres que mon encrier ne suffirait
pas à citer. Gros poissons de l'édition –:
Flammarion, Albin Michel, le Seuil, et petites maisons - La Boussole,
Asa, Sépia - se mirent à tâter du genre, avec
des gens à notoriété aussi bien que d'illustres
inconnus, gratteurs de savane et scribes fous, preuve que la fièvre
carnettiste avait conquis un minimum de respectabilité publique.
A boire et à manger, certes. Mais ça souquait ferme,
voguait et faisait des vagues, l'on sentit qu'un courant se dessinait,
têtu, spontané et chatoyant, qu'un mouvement « carnets
de voyage », toutes tendances confondues, était
en marche. La Biennale du Carnet de Voyage, à Clermont
Ferrand, en prit acte : on dessine, on croque, on écrit
aux quatre coins du territoire. Puis Issy les Moulineaux, puis Brest
–: « Carnets d'ici et d'ailleurs. »
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