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On
ne sait guère à quand remonte cet étrange dada :
Dürer, Breughel, Rembrandt ? Léonard de Vinci,
le carnettiste universel ? Les aquarellistes anglais ?
A moins que les peintres chinois n'aient jamais fait que ça,
décliner le grand souffle du monde sur des rouleaux de papier ?
On ne sait pas. Et quelle importance ? L'origine
du carnet de voyage commence tous les jours, chaque fois qu'une
main de plein air fouille le papier en quête d'une vérité
immédiate. Ce qu'on sait en revanche, c'est que le
carnet de voyage, loin d'être une marotte anachronique envoyée
aux oubliettes par les technologies de pointe, un vestige dix-neuvièmiste,
a le vent en poupe. Il n'a même jamais connu une
pareille faveur. Delacroix, l'un des grands patrons de ce petit
genre, doit se lisser les moustaches de contentement. La filiation
est assurée. Du temps des très héroïques
explorateurs Vivant Denon, Turner, Delacroix, Corot, on ne voyait
pas tant de rêveurs baladins dégainer leur calepin
pour fixer dans le grain du papier les instants mirifiques du voyage.
Cette faveur nouvelle, que les médias ont amplement relayée,
on en connaît les raisons : démocratisation du
tourisme, émergence du voyage d'agrément individuel,
lassitude des sentiers battus, rejet des vacances de type Club Méd,
retrouvailles émotives avec les territoires et les peuples,
fatigue de la photographie de voyage, nouveau souffle des arts graphiques,
dessin et peinture. Au tourisme consumériste, le
voyageur carnettiste oppose deux approches : contemplative
et créative. Le carnet de voyage est venu concrétiser
cette nouvelle aventure du regard. La contagion a fait le reste.
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