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Le
gras des doigts qui se marie tant bien que mal à la transparence
des aquarelles, des gribouillis plus ou moins intelligibles où
surnagent quelques notules vaguement littéraires, des bouts
de papiers miraculés de la poubelle qui se battent avec des
photos, à quoi s'ajoutent parfois quelques déchets
artistiquement agencés, et j'en oublie de pires (type lézard
écrasé entre deux pages), voilà le carnet
de voyage. Le genre à quoi nous avons affaire
a tout d'un vilain petit canard. Le dessin, l'écriture,
les matières, la photographie, le collage, s'y côtoient
sans vergogne et sans crainte des unions contre nature. Les choses
du monde n'ont qu'à s'arranger entre elles. Oui,
le carnet de voyage, loin des genres nobles, est un bâtard.
Si l'on veut dire les choses plus joliment, un art métisse.
C'est sa force. Il est d'aujourd'hui : ouvert, hétérogène,
inventif, nomade, subjectif. Le carnet de voyage est un livre d'or
chaussé de semelles boueuses.
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