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Quelle est la rencontre la plus marquante que vous avez fait pendant vos voyages?

Il y a eu des centaines, y compris le secrétaire personnel de Pol Pot et le Premier Ministre du Barotseland - dans l'ouest de la Zambie, mais il y deux personnes qui m'ont marqué :

L'un est un homme que j'ai rencontré dans le coin le plus paumé du Cambodge. Il avait été emprisonné par le régime vietnamien sympathisant qui avait renversé les Khmers Rouges. Pendant huit ans il a souffert de malnutrition et mauvais traitements de façon quotidienne. En général il y a beaucoup de xénophobie au Cambodge envers les vietnamiens.

Cet homme a probablement beaucoup plus de raisons d'être xénophobe à cause de son expérience en prison. Mais après cette humiliation il a décidé de consacrer son travail aux droits de l'homme.

Il travaille actuellement dans une province distante - loin de sa famille qu'il voit que très rarement - pour éduquer les gens sur leurs droits, indépendamment de leur nationalité. Une organisation américaine des droits de l'homme lui paye un salaire de $150 par mois.

Quand je lui ai demandé s'il n'a jamais pensé à se venger des vietnamiens il a répondu que non, que c'était du passé, qu'il faut laisser passer. Est-ce que ceci a quelque chose à voir avec le fait qu'il soit bouddhiste ?
En compagnie de quelques amis au Vietnam
Je n'en sais rien et je m'en fous, parce que cet homme est un héros pour moi et peu importe quelle est sa religion. Il m'a inspiré et il m'a fait venir les larmes aux yeux quand il a décrit ses souffrances.

Une autre personne que j'ai rencontrée restera dans ma mémoire parce qu'il conduisait l'unique autre voiture a la mission de Livingstonia au Malawi, à 2000 mètres d'altitude
. Sa Land-Rover était équipée comme une voiture d'expédition.

Notre Coccinelle de 1974 l'avait suivi à travers des dangereux virages jusqu'à la mission. Le soir j'ai demandé à ce cinquantenaire britannique s'il était un touriste. Au début il s'est montré peu disposé à me donner une réponse et il a réfléchi pendant plusieurs secondes à la question. " Je ne suis définitivement pas un touriste ", il a répondu, " Je dirais que j'habite dans cette Land-Rover "

Il avait voyagé depuis cinq ou six années à travers toute l'Afrique, sans jamais attraper la malaria et sans jamais se faire tuer dans les guerres civiles de l'Algérie ou du Liberia. L'argent continue à lui parvenir (50% de sa compagnie en Grande Bretagne ; l'autre 50% appartient à ses enfants)…

Il voulait s'éloigner de tout, et si vous croyez que j'ai beaucoup d'expérience, imaginez alors que ce type a beaucoup plus d'histoires passionnantes à raconter que toute autre personne que j'ai rencontrée. En même temps il n'est pas devenu un " routard ", il est resté un être humain " normal ", franc et amical.
Enfants à Johannesburg
Quelle a été votre pire et votre meilleure expérience lors d'un voyage?

Ceci vous dira pourquoi j'ai voulu devenir journaliste : c'est tellement plus facile de poser des questions que d'y répondre.
Bon, je me lance avec la même réserve avec laquelle je l'ai fait pour les autres questions.

Meilleure expérience : Conduire une Coccinelle à travers des routes truffées de trous et de sable en Afrique. Être observé par des milliers d'enfants et d'adultes partout où tu passes.
Creuser dans le sable pour décoincer la voiture et doubler une Land-Rover qui était aussi coincée dans les sables.
Ecouter en boucle la chanson " The Gambler " de Kenny Rodgers.


Parler à une voiture dont vous finissez par tomber amoureux parce qu'elle vous a emmené pendant 11598 kilomètres à travers le sud de l'Afrique.

Pire expérience : Parler à des vétérans de guerre en Bosnie-Herzegovine. Presque chaque homme qui n'est pas un réfugié en est un. J'en avais marre de ces histoires de héros que chacun voulait raconter.
Ce qui est une histoire de héros pour les uns, est une histoire d'horreur pour les autres
. Devinez quoi : La Bosnie-Herzegovine est l'un des rares endroits dans le monde occidental où les femmes n'aiment pas les hommes en uniforme.

Quel conseil donneriez-vous aux voyageurs qui, comme vous, souhaitent se rendre dans des pays dont la situation politique est peu stable?

Avant tout, si vous avez envie d'y aller pour les frissons du danger, il vaut mieux aller ailleurs. Aux Etats-Unis, il y a des tas des parcs à thèmes. Les balles dans la tête sont très mauvaises pour la santé.
J'ai rencontré un routard allemand qui avait traversé le Zaïre en novembre 1996, quand le gouvernement et les troupes rebelles se rapprochaient de chaque coté de la ligne de feu. Il était déjà au courant du danger quand il est entré dans le pays, et a pu être sauvé grâce à une évacuation aérienne - et avec beaucoup de chance.

Alors mon premier conseil est : N'essayez pas de faire le malin ou de jouer le héros. Un touriste américain qui venait d'arriver à Phnom Penh était étonné de la forte présence militaire dans les rues, il n'avait rien entendu sur les élections…

Deuxième conseil : N'y allez pas si vous ne connaissez rien ; lisez beaucoup des bouquins sur l'histoire, la politique et la culture du pays. Suivez les infos. Faites des recherches dans les sources fiables d'Internet et contactez les gens du pays pour vous renseigner sur la situation en cours.

Et mon troisième conseil est : gardez les yeux ouverts quand vous serez là-bas et suivez les conseils des autres étrangers. Enfin et surtout : Il existe beaucoup de fausses idées sur la sécurité. D 'abord, des endroits relativement sûrs sont considérés dangereux uniquement à cause de leurs noms - par exemple le Mozambique - ; et vice-versa - par exemple certains endroits aux Etats-Unis. Or, dans les deux cas, pays " dangereux " ou " sûr ", les dangers réels sont souvent ignorés.
Ce qui peut entraîner votre mort dans un pays en voie de développement est plutôt un accident de la route ou le virus du Sida, pas une mine antipersonnel ou une nourriture douteuse
.

 

Dans un camp de tir au Cambodge

Vous aurez votre diplôme en Relations Internationales l'année prochaine, quels sont vos projets?

Je suis ouvert à toute proposition.
J'essaye de me préparer - dans la mesure du possible - à être un journaliste responsable. Par exemple, en tant que correspondant étranger ou journaliste indépendant pour une organisation reconnue.
Mais je me dis qu'à un certain moment de ma vie j'aimerais être un facteur positif pour la vie d'autres personnes.


Le journalisme a quelques limites en ce qui concerne
les considérations éthiques.
J'ai eu beaucoup de chance dans ma vie jusqu'à présent, même si j'ai traversé des nombreuses crises.

Le fait est que je forme partie des minorités privilégiées de ce monde, alors les programmes de développement ou le travail dans une ONG serait une autre option.

Mais je verrai bien ce que mon destin - ou Dieu ? - me réserve. Jusqu'à maintenant j'ai été guidé dans mes choix par ma propre conscience.

Je suis convaincu qu'une personne de bonne volonté viendra me voir au bon moment.

Ce que j'espère c'est que quoi que je fasse, ça ait un véritable sens pour les autres et pour moi
, et qu'il me sera possible de vivre ma créativité.
Enfant à Mostar

Vous avez mentionné avant les aspects spirituels de vos voyages, avez vous une devise, un mot de la fin ?

Memento mori - une expression latine difficile à traduire. Pensez à la mort, regardez toutes les choses sous la lumière de la mort.
Pour moi elle veut aussi dire : Regardez tout ce que vous faites du point de vue de votre dernière minute. Certaines choses deviennent plus importantes, d'autres moins.

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