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Una maison en ruines en Bosnie-Herzégovine Qu'est-ce qui vous a poussé à voyager en tant que journaliste indépendant?

J'ai vécu pendant une année en Egypte avec ma famille entre 1979 et 1980, donc le voyage formait déjà partie de ma vie depuis mon plus jeune age. Je me suis mêlé au journalisme depuis l'âge de 12 ans.

Après le bac on m'a proposé un job dans une station radio ici en Suisse. Là-bas je m'occupais aussi d'un programme hebdomadaire sur les voyages, j'ai dès lors commencé à développer un intérêt professionnel pour les voyages et les destinations.
Après les jobs et avant de commencer à étudier Relations Internationales ici à l'Institut de Hautes Etudes Internationales de Genève, j'ai décidé de décoller pour des périodes plus longues, à peu près trois mois dans chaque pays ou région.

Au début l'idée de combiner voyage et journalisme ne m'était pas venue à l'esprit
. Alors j'ai commencé à m'informer auprès de quelques journaux et magazines, et comme j'étais déjà impliqué dans le journalisme, ils ont aimé l'idée de publier quelque chose concernant des endroits où ils sont rarement " invités ".

Donc, graduellement l'idée est devenue une réalité : Voyager à travers des régions peu connues, avec peu de touristes et de journalistes dans les parages, au fait espérant rentrer avec de bons reportages et de bonnes photos pour pouvoir payer le voyage.

Alors c'est comme ça que j'ai commencé à aller à des endroits comme la Bosnie-Herzegovine, le Cambodge et la Zambie. Mais je dois insister sur le fait que l'important n'est pas le reportage, mais le voyage. Même si je n'arrive pas à publier quoi que ce soit je continuerai de voyager. Pour moi voyager dans des endroits moins développés ou particuliers est une partie de la vie à laquelle je ne renoncerai jamais, et le fait de pouvoir partager cela avec les autres la rend encore plus satisfaisante.
Vous semblez attiré par l'Afrique, l'Asie et l'Europe de l'Est. Pourquoi ces régions? Est-ce un choix personnel ou le hasard?

C'est un peu des deux. Quand je choisis une destination je dois bien sûr prendre en compte des critères de budget et de faisabilité. Mais le principal c'est que j'aimerais découvrir des endroits moins altérés par le béton et la télé.
Selon mon expérience, pire est l'accès et plus les gens - et la nature - sont spontanés et naturels.

S'asseoir sur des toilettes en bambou dans la forêt tropicale du Laos, pendant que des porcs attendent pour recycler vos déchets biologiques ; rencontrer les Lozi, un peuple qui claque des mains pour s'accueillir les uns les autres dans l'Ouest de la Zambie ; discuter avec un pilote de chasse de l'ancienne armée du sud du Vietnam ; être dans un monastère bouddhiste au Cambodge ; ou dormir dans une tente en pleine brousse au Botswana où pendant la nuit vous entendez traîner les lions…
Celles-ci sont des expériences merveilleuses, uniques et indescriptibles que vous aurez du mal à vivre dans les endroits où la carte Visa et les bus climatisés sont déjà courants.

Alors une partie de tout ceci est certainement un choix, comme l'est malheureusement aussi celui d'aller dans tous ces endroits avant qu'ils ne soient définitivement détruits par l'arrivée du dollar, l'euro et le yen.

Il s'agît aussi d'une coïncidence. Je ne m'étais jamais intéressé à la région du Mékong avant que mon père commence à travailler pour le gouvernement suisse en tant que directeur d'un programme de développement à Hô Chi Minh Ville.

Je me suis tout de suite attaché à cette région aussi changeante, et j'y retournerais toujours pour suivre son développement.

Voilà encore une des constantes des différents endroits que j'ai visités : Ils sont tous en train de changer.

J'ai traversé toute l'Europe de l'Est pour juste après qu'ils décident d'utiliser leur toute nouvelle liberté pour s'ouvrir un chemin vers une économie de marché et un gouvernement représentatif. Il y avait encore de l'enthousiasme dans l'air.

Un an après les premières élections démocratiques en Afrique du Sud, Sandra -ma compagne- et moi avons mis les pieds dans ce merveilleux pays.
Cambodge
On parlait beaucoup à ce moment là de la " Nouvelle Afrique du Sud ", quelque chose dont on a rarement entendu parler deux ans plus tard.

En Asie, le Vietnam est sur le point de devenir le nouveau " tigre asiatique ", avec ses 80 millions d'habitants. Le Laos était presque complètement fermé au monde extérieur jusqu'en 1989, et le Cambodge a traversé énormément de difficultés pendant mes deux visites là-bas (1997-1998) et il est beaucoup plus stable maintenant qu'il ne l'a jamais été depuis 1970.

Le peuple bosniaque a vu la guerre et la destruction en Europe, et a maintenant beaucoup plus de mal à atteindre la réconciliation que la plupart des pays qui ont eu une expérience semblable

Voir tous ces changements de près, parler directement aux gens qui y sont concernés, est une expérience mémorable
. En même temps ça me rend triste de voir comment le matérialisme atteint les dernières frontières.
 Plongée au Lac Malawi Après des si particulières expériences de voyage, que pensez vous avoir appris?

Les choses les plus importantes sont celles que j'ai appris sur moi-même.

Si vous parlez à un vieillard en pleurs qui a tout perdu, excepté sa vie, durant la guerre en Bosnie ; si vous entrez dans une pharmacie vide en Zambie ou dan1s un village pauvre du Mozambique, vous mettez vos propres petits problèmes en perspective.

J'ai appris aujourd'hui comment réagir dans des circonstances extrêmes comme une fusillade, la maladie et la confrontation avec la pauvreté
. J'ai aussi appris à savourer les bons moments.

Ceci peut paraître étrange pour certains lecteurs, mais je suis aussi devenu beaucoup plus spirituel." Dieu a crée un paradis merveilleux ici sur la Terre ", j'ai écrit ceci étant assis tout seul au milieu de la jungle devant une énorme chute d'eau à Bou Sra, au Cambodge.

La deuxième chose que j'ai appris est sur les autres. Les deux leçons les plus importantes sont probablement : Nous sommes tous différents et nous sommes tous pareils.
Pendant qu'il chantait au Karaoké avec un juke-box branché à un groupe électrogène, un garçon cambodgien m'a montré qu'il était beaucoup plus heureux que moi malgré son salaire de $30 par mois et l'accroissement de ses probabilités de mourir de malaria.

En Afrique on n'est jamais dépourvu d'une occasion pour chanter et danser (ou alors on en invente une), et même dans un pays aussi pauvre que le Mozambique, les gens vous donnent un sourire beaucoup plus naturel qu'en France et en Suisse.
En plus des nombreuses conversations que j'ai eues avec les gens, j'ai eu aussi beaucoup de plaisir à rencontrer d'autres - étranges/intéressants - voyageurs dans des endroits - étranges/intéressants- que j'ai visité.

La troisième chose que j'ai appris se résume simplement aux " événements " et aux " visites touristiques "
- ce qui est bien, mais qui devient de moins en moins important pour moi. Là où il n'y a rien à voir ni rien à faire, c'est là que j'ai vu et vécu le plus de choses.
Parmi les pays que vous avez visité, quel est celui qui vous a le plus marqué et pourquoi ?

Ca c'est la question la plus fréquente à laquelle je dois répondre, et aussi la plus difficile. Normalement les gens me poussent à répondre, et les noms des pays varient selon mon humour et ce qui me vient à l'esprit. En ce moment je devrais répondre : le Cambodge.

Quand j'y suis allé pour la première fois en 1997, il était encore très dangereux de voyager au-delà de Phnom Penh, Siem Reap/Angkor, et Kompong Som/Sihanoukville.

J'ai été témoin des premières luttes qui ont précédé le coup d'état de 1997
, et j'ai ressenti qu'il fallait que j'y retourne l'année suivante.

La jungle cambodgienne à dos d'éléphant

C'est alors que j'ai eu la chance de travailler en tant qu'observateur international des élections, ce qui a rendu mon séjour de trois mois - uniquement au Cambodge - encore plus intéressant.

Après les élections j'ai voyagé à travers beaucoup de provinces où les guides touristiques étaient à peine en train d'être écrits. Imagines que tu prends un avion pour aller à un endroit qui s'appèle Mondulkiri, quelque part dans la forêt où même la capitale de la province n'a pas d'électricité et tu ne sais pas à quoi t'attendre.

Tu descends de l'avion sur un chemin de terre et te demandes s'il y a un endroit où tu peux dormir. Tu ne commandes pas un type spécifique de nourriture, tu commandes simplement " bouffe ", parce que tout dépend de ce qu'il y a dans le marché ce jour là
. Tu loues un éléphant et tu voyages à travers la forêt. Une fois que l'éléphant a traversé deux ou trois rivières, le guide te demande de faire un sacrifice pour les esprits de la jungle. Bien sur, tu peux faire la même chose en Thaïlande, mais ici c'est réel.

Ce qui rend spéciales mes " 90 jours au Cambodge " c'est probablement que je suis allé dans beaucoup d'endroits qui sont devenus accessibles que très peu de temps avant mon séjour. Cela comprend même la province Khmère Rouge semi-autonome de Pailin, où vous pouvez jouer à la roulette avec des anciens miliciens de la guérilla communiste qui portent des AK 47 sur leurs dos.

Aujourd'hui tout a déjà été écrit et de plus en plus de voyageurs se pressent d'aller au Cambodge. Mais pour moi, ça tenait un peu d'une exploration - à extérieur comme à l'intérieur de moi-même.

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©Photos Marcel Stoessel - Tous droits réservés -