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DAVID POCHAT

Uniterre : Le 1er janvier 2001 débutait (au départ de Paris) votre Tour du Monde à bicyclette. Pourquoi se lancer dans une telle aventure ?

David : Aventure ? Je ne sais pas si le terme est véritablement adapté. J'ai toujours considéré mon périple en vélo comme un projet, mais peu importe, ne jouons pas sur les mots. En fait les raisons sont multiples. Je me suis lancé dans cette " aventure " pour réaliser un rêve d'adolescent mais aussi tenter de répondre à quelques questions d'ordre existentielles. Ce départ répond également au besoin de faire un break sur le plan professionnel, temporairement ou peut-être définitivement... Je suis aussi parti parce que j'aime tout simplement vivre au grand air, me dépenser physiquement, faire des choses un peu hors norme et jouer peut-être un peu… les aventuriers.

Uniterre : Vous partiez initialement pour un Tour du Monde à bicyclette prévu pour durer deux ans. Qu'est-ce qui a motivé votre retour prématuré après 8 mois de pérégrination ?

David :J'ai en réalité changé mon programme en cours de route. Après 8 mois, le vélo ne m'est plus apparu comme le moyen de transport idéal : perte de temps pour rallier une ville à l'autre, efforts physiques importants, lassitude. J'opte dorénavant pour le sac à dos ! Est-ce que cela sera mieux ? J'en doute. Mais cela aura au moins le mérite d'être différent. Je passerai plus de temps dans les villes, moins dans les champs. Et puis après 8 mois de périple j'arrivais également aux portes de l'Himalaya. La perspective des difficultés et des efforts qui m'attendaient ne m'enchantaient guère. Le sac à dos me paraît plus adapté pour découvrir le Népal et le nord de l'Inde. Et puis il n'est pas sûr que je ne remonte pas sur un vélo pour les 8 derniers mois de mon tour du monde !

Uniterre : Vous avez du traverser des moments difficile physiquement et moralement, non ?

David : Physiquement il m'est arrivé de souffrir quelques fois. En Jordanie notamment quand depuis la Mer Morte j'ai voulu remonter sur Amman par une petite route jalonnée de côtes avoisinant les 15-20 % ! ! ! Même avec le plus petits des braquets, pédaler était impossible. A pied, en poussant mon vélo, les choses n'allaient guère mieux mais c'était là l'unique façon d'avancer : 10 mètres, une pause, 10 mètres, une autre pause, etc… Au final 16 kilomètres en 4 heures ! Le Pakistan m'en a également fait voir de toutes les couleurs. La vallée de l'Indus a été un véritable calvaire. Arrivé en plein mois d'août, j'ai du affronter des températures avoisinant les 40° C et un taux d'humidité démentiel ! Ajouter à cela les problèmes d'ordre intestinaux, la pollution et les dangers quotidiens de la route, le tout n'a pas été une sinécure. J'ai également eu quelques problèmes de fessiers en Turquie et en Iran à l'arrivée des premières grosses chaleurs. Rouler n'était vraiment pas un plaisir. Heureusement ses problèmes se sont résolus. Moralement j'avoue n'avoir eu aucun soucis. Evidemment ne pas pouvoir traverser la Libye en tout début de parcours (janvier 2001) m'a affecté mais je crois que cela ne va pas plus loin. Pour terminer, je dirai que toute personne se lançant dans ce genre d'aventure se doit d'être hyper motivée, au risque si tel n'est pas le cas de souffrir tant physiquement que moralement. A mon sens la tête commande beaucoup de choses. Partez donc motivé et serein et il ne vous arrivera pas grand chose.

Uniterre : Qu'est-ce qui vous poussait chaque matin à monter sur votre vélo ?

David : L'Inconnu ! Quoi de plus excitant que de découvrir chaque jour un nouveau paysage, un nouveau pays, une nouvelle civilisation, de se créer une nouvelle histoire. A cette question je souhaite lui en opposer une autre : " Qu'est-ce qui pousse chaque matin les Parisiens à partir au travail ? " J'avoue avoir du mal à lui trouver une réponse sensée. Par contre, monter chaque matin sur un vélo comme je l'ai fait pendant 8 mois m'a paru et me paraît toujours comme tombant sous le sens. Se lever avec le soleil, entendre les oiseaux et le vent chanter, entendre encore le ruissellement d'un ruisseau tout proche, surprendre le vol du buse dans le ciel, découvrir un château abandonné au détour d'une route, s'entretenir avec un berger gardant son troupeau… Il y avait véritablement des milliers de raisons pour monter sur un vélo chaque matin.

Uniterre : Parmi les 9 pays traversés au cours de votre périple, lequel ou lesquels ont le plus retenu votre attention ?

David : J'ai en effet traversé 9 pays. La France, la Tunisie, l'Egypte, la Jordanie, la Syrie, la Turquie, l'Iran, le Pakistan et l'Inde. Lequel m'a le plus marqué ? A vrai dire aucun. Tous sont très différents mais à la fois très proche également. Cela dépend évidemment beaucoup de votre approche, de votre façon de voyager… Tous m'ont également réservé quelques déceptions notamment en matière de paysage que je m'imaginais plus sauvages, de contacts que je pensais plus riches, de quiétude que j'aurais souhaité plus importante. Malgré cela l'Egypte est une destination à visiter absolument pour ses richesses monumentales, tout comme la Jordanie, la Syrie et l'Iran. On ne peut pas dire que la France manque non plus de charmes notamment en plein mois de janvier où les routes départementales sont désertes.

Uniterre : Quelle rencontre vous a le plus marqué ?

David : Là encore il m'est assez difficile de répondre catégoriquement. J'avais bien sûr entendu avant de partir de la traditionnelle hospitalité arabe. Je n'ai donc pas été surpris que, dans les petits pays, on me donne à boire, à manger ou qu'on m'offre le gîte. Mais à vrai dire je ne crois que les choses aient été très différentes en France dans un proche passé. En 15 jours entre Paris et Marseille, j'ai tout de même été invité deux fois. Tout dépend comment on aborde les gens. Le fait est qu'en général, voyager à bicyclette m'a bien aidé à établir le contact. J'ai été à plusieurs reprises très ému par des commerçants qui m'ont offert ce qu'ils vendaient. J'avais pris pour habitude chaque jour de m'arrêter vers 4/5 heures de l'après-midi , pour prendre un coca-cola, manger quelque chose. Je ne sais plus combien de fois les épiciers chez qui je m'arrêtais m'ont offert au lieu de me vendre ce que je demandais. Je me souviens aussi d'un Tunisien qui, en plein désert, s'arrêta pour me proposer de l'eau et des figues, ou encore de ce routier syrien travaillant pour Sinalco (l'équivalent syrien de Fanta) qui, effectuant ces livraisons, m'offrit au passage 3/4 bouteilles (je ne sais plus combien).

Uniterre : Quel fut le moment le plus pénible de votre voyage ?

David : Il n'y en a pas eu. Quelques moments difficiles oui, notamment en Syrie (ndlr : voir plus haut) mais pénibles, non ! Voyager, se lancer dans un Tour du Monde au XXIe siècle est relativement aisé, à la portée de tous et ce même à bicyclette.

Uniterre : Que conseillerez-vous à des personnes projetant de se lancer dans un Tour du Monde à vélo ?

David : Premièrement, de bien savoir pourquoi ils vont utiliser un vélo. Rouler pour rouler n'a à mes yeux rien d'intéressant. Que va leur apporter de plus le vélo au quotidien durant leur périple ? Deuxièmement, de bien réfléchir à son itinéraire en fonction : - de ses centres d'intérêt. Si on est féru d'archéologie, mieux vaut donc éviter l'Islande, le Canada, l'Afrique du Sud… De même si on a pour passion le désert, on évitera de s'aventurer en Europe. Cela paraît bien sûr évident. Tout cela pour dire qu'un pays " inutile " sur le plan des centres d'intérêt cela se traduit lorsqu'on a fait le choix du vélo, par des jours, voire des semaines perdues à le traverser, à voir fondre son budget, etc… - du niveau de difficulté physique des pays que l'on souhaite traverser. Est-il bien raisonnable de programmer le Népal ou encore la Bolivie ? - des impératifs administratifs (visa or not visa ? quel visa ? quel durée ?…) - des conditions climatiques propres à chaque hémisphère et à certaines zones continentales (ex : la mousson en Asie du Sud-Est). Troisièmement de penser avant tout " plaisir ", à moins de partir dans l'optique de battre un record ou encore de se mettre à l'épreuve.

Uniterre : Se lancer dans une telle aventure a-t-il demandé une préparation physique spéciale ?

David :Je suis catégorique et les médecins le sont aussi, ce type d'expérience est à la portée de tous même avec 30 kg de bagage. J'en veux pour preuve cette femme de 60 ans rencontrée au cours de ces 8 derniers mois, voyageant comme moi à bicyclette, reliant Londres à Sydney, et ce canadien d'une trentaine d'années qui avec son seul bras avait déjà parcouru près de 40 000 kms ! On peut partir si on le souhaite du jour au lendemain sans avoir suivi au préalable de préparation physique spécifique. C'est ce que j'ai fait. Lorsque je me suis élancé de Paris le 1er janvier 2000, je n'étais pas monté sur un vélo depuis 3 mois. L'important est de commencer doucement par courtes étapes en évitant toute difficulté (côtes à fort dénivelé et cols sont à proscrire) et de pas forcer pour éviter tout problème musculaire prématuré.

Uniterre : Vous reprenez votre voyage là où vous l'avez laissé, c'est à dire à New-Delhi. Où vos pas, vos envies vous mèneront-ils ensuite ?

David : Je m'apprête en effet après un mois de repos à Paris à m'envoler vers Delhi. Je pense rester une semaine en Inde puis rejoindre le Népal pour trekker durant deux mois jusqu'à mi-décembre. Je souhaite ensuite rallier la Nouvelle-Zélande pour y travailler un temps et devenir (je l'espère) enfin bilingue ! Comme tout bon français qui se respecte, je suis nul en anglais ! Je ne sais pas encore si j'opterai pour un vol direct Katmandou / Wellington ou si, afin de découvrir l'Asie du Sud-Est, je privilègirai la " voie terrestre " via la Thaïlande, la Malaisie, l'Indonésie et l'Australie. Je reprendrai peut-être en 2003 une bicyclette pour découvrir les Amériques mais tout cela est encore bien loin. Je vais dorénavant gérer ma vie mois après mois.

 

Lire aussi le récit du Tour du Monde à vélo d'Antoine et Christophe