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Norvège
: Le Cap Nord
Latitude
: 71°10'21''
Kilomètres
parcourus : 8000
Nombre de jours de voyage : 43
Le soleil de minuit au pays des
trolls
Sortant
de la région des Fjords, notre premier contact avec le littoral
norvégien est assez froid... Cherchant un bivouac, nous
demandons dans les fermes le long de la route, ne trouvant pas de
coin assez désert, sans maison et sans barbelés.
Et à chaque fois, c'est un " non " catégorique.
"Pouvons-nous poser notre tente dans ce champ, là-bas
?
- Non merci... Non merci !
- Mais nous ne vendons rien...
Nous
entamons notre montée vers le cap nord en passant par la
route 17, qui longe la côte ouest de la Norvège
sur près de 450 Km. Les montagnes tombent brutalement dans
la mer turquoise et la route se fraye un passage au milieu des pitons
rocheux, au moyen d'une succession de tunnels et de bacs. Les
îles au loin dans la brume créent un décor féerique
surtout la " nuit ", alors qu'il fait encore quasiment
jour. Car depuis que nous avons traversé le cercle polaire
arctique, la lumière ne nous quitte plus et il est quasiment
impossible de savoir l'heure qu'il est :11 heures du soir, 4 heures
du matin ? Nous profitons du délice du soleil de minuit :
le soleil se couche dans la mer et quelques instants plus tard,
il décolle à nouveau... Patchwork fantastique
de couleurs : l'orangé du ciel, le bleu foncé de la
mer et le vert émeraude des petites parcelles de terrain
cultivé se mélangent dans une harmonie irréelle
Nous imaginons ces paysages en plein hiver, recouverts par la neige,
sur fond d'aurore boréale ! Déboussolés au
milieu de ces espaces infinis et de ce soleil perpétuel,
nous avons réellement l'impression d'être rentré
dans un autre monde : celui du Grand Nord.
Dans
le bac reliant Kilbogham et Jektvik, au passage du cercle polaire
arctique, Laurent se fait ensorceler par Kristina, petite créature
superbe de 19 ans, qui travaille comme guide touristique pendant
l'été. Elle est blonde, les yeux émeraudes
et se ballade avec un petit sac à dos dans lequel elle range
tout un fatras de brochures et de cartes. Elle arbore un sourire
angélique et semble se marrer tout le temps, phare éclatant
dans ce flot de vacanciers en mal de bons tuyaux.
Prétextant un besoin impérieux d'information sur
les festivals de la région, les deux commencent à
discuter... et tombent d'accord pour se revoir le soir même.
Nous
décidons de passer l'après-midi dans le coin, en attendant
que Kristina termine son service, et cherchons un endroit où
nous pourrions laver nos fringues et prendre une douche. Nous prenons
une petite route étroite qui serpente le long de la mer et
tombons sur une petite crique flanquée d'un pic rocheux et
agrémentée de quelques petites baraques de pêcheurs
et d'un ponton. Au loin, la silhouette des îles découpe
l'horizon. On a l'impression que le temps s'est arrêté
dans cet endroit que l'histoire et les hommes semblent avoir oublié.
Nous frappons à la porte d'une chambre d'hôte, visiblement
déserte, sans trop y croire. La porte s'ouvre et un grand
balaise d'une cinquantaine d'années surgit. Au milieu
de son visage marqué par des années passées
sous ces latitudes glaciales, deux petits yeux perdus sous de trop
grandes paupières nous jettent un regard interrogateur.
"
Bonjour, nous cherchons un endroit pour laver nos affaires et prendre
une douche. C'est possible ici ?
- Je vais demander à ma femme. ", nous répond-il
d'un ton sec.
Quelques
instants plus tard, il revient accompagné de son petit bout
de femme, qui semble minuscule à côté de son
bûcheron de mari.
"Pas de problème, nous dit-il avec un grand sourire,
suivez-moi... " Nous faisons le tour du propriétaire.
Raider est un ancien chauffeur de bus qui s'est retiré pour
exploiter quelques parcelles de terrain et accueillir les voyageurs
dans un chalet tout neuf qu'il a construit à côté
de sa maison.
Il
n'arrête pas de se marrer. Il se passionne pour notre voyage
et nous pose sans cesse des questions. Lui et sa femme nous ouvrent
en grand leurs portes. Nous utilisons même son accès
internet pour envoyer nos articles et répondre au mails laissés
sur nos boîtes. Nous avons un peu l'impression d'être
leurs enfants tant ils nous maternent et s'occupent de nous...
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