Fin d'été en Crimée
Voyage au
paradis passé des anciens apparatchiks
Philippe
Octobre 2000
Kilomètres
parcourus : 16 500
Nombre de jours de voyage : 90
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Comme
un goût de renfermé
Une
semaine déjà que nous sommes en Crimée.
Dire que nous sommes enchantés par cette péninsule
dont nous rêvions dans le crachin de Kiev serait un
peu exagéré. En flânant dans les rues
ombragées de Feodosia, au milieu des immeubles aux
façades défraîchies ocres ou bleus pâles,
je ressens comme le goût du chocolat de ma grand-mère
qui semblait avoir presque moisi et pris la saveur de l'antimite
dans sa boite en fer sortie une fois l'an de l'armoire bretonne.
Oui, la Crimée a comme un goût de renfermé.
Elle a du être splendide avec sa position exceptionnelle
sur la Mer Noire et toutes les datchas éparpilléses
sur ses côtes.
Le fait qu'elle ait été l'objet de tant de conflits
et de luttes intestines entre Russes, Tatars, Turcs, Anglais
et autres Français en constitue la meilleure preuve.
Mais 70 ans de communisme l'ont plus qu'abîmée
: centrales thermoélectriques, barres d'immeubles plus
parallélépipède-rectangle et banals les
uns que les autres jalonnent le bord de mer.
Et l'ouverture du pays n'a fait qu'empirer la situation.
Accumulation sur les plages de papiers gras, canettes et autres
objets de la société de consommation récemment
débarquée. Pollution sonore et culturelle
des bars aux enseignes clignotantes et musiques criardes,
des halls de jeux vidéo et des baraques à hot
dogs. Gâchis est le premier mot qui vient à nos
lèvres.
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Splendeurs
d'antan
Sans aucun doute, cette région
dispose d'un énorme potentiel de " bon vivre ".
Elle rappelle, par sa topographie et sa végétation,
les collines de Ligurie ou les routes escarpées de la
côte Amalfitaine. Flâner dans le palais d'été
du Tsar Alexandre II sur la côte morcelée du sud
de Yalta. Prendre le soleil et admirer la Mer Noire depuis son
balcon, le lieu-même où un certain mois de février
1945 Churchill, Roosevelt et Staline avait pris la pose. Se
promener entre les superbes sanatorias d'Hurzuf, ces grosses
demeures de bois sculpté où l'aristocratie tsariste
venait en villégiature. Tout cela autorise l'espoir. |
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Le superflu sans l'essentiel
Notre regard est-il trop
critique, cinglant, trop enfant gâté ? Les
moues de Tolic face à nos réactions sur la station
balnéaire de Sudak dont il nous vantait les charmes
depuis 10 jours nous trahissent. Nous y allons peut-être
un peu fort. Au fond, il y a 20 ans, en France, ce n'était
pas beaucoup mieux. J'ai souvenir qu'a Biarritz où,
petit, nous passions les vacances, mes cousins et moi se faisions
de l'argent de poche avec la consigne des bouteilles de verre
que nous ramassions par dizaine sur la plage ! Et puis, Palavas
les flots ou la Tronche sur Mer sont-ils vraiment des hauts
lieux de raffinement ou de vacances propres et intelligentes
?
Alors comment décrire la Crimée de manière
à la fois réaliste et objective ?
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A Sudak, nous avons pu longuement conversé en espagnol
avec le patron du bar le " Cow-Boy ". Il a en effet
habité 6 ans à Cuba. Ingénieur en construction
civile, il s'est désormais mis à construire
des bars car il ne trouve pas de travail dans sa spécialité.
Son analyse sur la situation économique de l'Ukraine
répond certainement de la manière la plus pertinente
à cette question :
"Aujourd'hui, en Crimée, on confond la réalité
de la croissance économique avec ses apparences. Les
bars, les hôtels et les boites de nuits poussent comme
des champignons ! Mais personne n'investit dans ce qui
fait le cur d'une économie : l'industrie, l'énergie,
les infrastructures
Durant le régime soviétique,
il n'y avait que l'industrie, c'est à dire la base
de l'économie, et le superflu n'avait pas lieu d'être.
Aujourd'hui c'est l'inverse et ce n'est pas comme ça
qu'on s'en sortira. "
Brèves
Pris
d'une nostalgie de la mode du parfait touriste soviétique
en vacances et d'une nécessité hygiénique
de raccourcir leur mèches, Laurent, Xavier et Philippe
défilent pour vous.
A vos archives !!!
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