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Kiev, la méconnue
Un joyau slave dans un écrin de béton

Philippe
Octobre 2000


Kilomètres parcourus : 15 000 Km
Nombre de jours de voyage : 82



Itinéraire

Entre béton et dorures

Après deux jours de route non-stop entre Moscou et l'Ukraine, nous faisons notre entrée dans Kiev. " Gris, très gris. Béton, beaucoup, beaucoup de béton… " c'est la première pensée qui vient aux esprits d'occidentaux que nous sommes.

La banlieue de la capitale de ce pays équivalent à la France en taille et population n'est en effet qu'une succession d'immeubles type HLM en béton armé dans un état de délabrement avancé.

C'est surtout l'absence de tout arbre, de toute verdure qui choque à première vue.


Le centre ville en revanche, avec ses belles demeures XVIIIème de couleurs vives rappelle l'époque faste où l'Ukraine était capitale des Russies.

Grandes places, larges avenues ombragées, églises orthodoxes aux murs bleu-rois et bulbes rutilants.

La cathédrale Ste Sophie, construit au XIème sur le modèle de son homologue d'Istanbul et le monastère de Petcherk, haut lieu de pèlerinage orthodoxe, triomphent au milieu de cette cité qui, face au marasme économique, ne semble toujours pas reprendre son souffle.

Kiev

Voyage dans l'univers byzantin

In extremis, après tant de grisaille, de béton et de bières en bouteille de verre consignées au pieds de notre immeuble de carrelage marron sale, un grand bol d'air : Ste Sophie. Le calme, la sérénité, la douceur des ocres et des arcs byzantins nous envoûtent dès les premières minutes.
Pénombre rouge foncé au fond de laquelle apparaît avec grâce, dans un halo de lumière dont l'intensité est accrue par le reflet des paillette d'or de la mosaïque, la vierge, au visage simple et rond. Des odeurs d'encens, de mire et autres essences émanent des parois comme si mille ans de culte avaient imprégné pour toujours les anfractuosités du marbre.

Sainte-Sophie

Pénombre, envoûtement, douce chaleur des couleurs vives mais aussi vertige des 13 coupoles byzantines. L'imposante légèreté de Ste Sophie de Kiev rappelle avec fidélité la majesté de sa matrice d'Istanbul.
Orient et Occident semblent constamment cohabiter et s'entremêler dans la culture Ukrainienne, comme si la mer Noire avait abreuvé de la même eau les racines culturelles des pays alentours, de Kiev à Istanbul, de Bucarest à Erevan.

Nous sommes tous tombés sous le charme. Un silence profond et expressif s'est imposé avec harmonie entre nous. Tout le béton et les fumées grasses des usines chimiques ont été comme effacées d'un coup d'éponge sur le tableau noir de l'architecture stalinienne.

La visite du monastère de Petchersk, avec ses multiples bulbes dorés qui pointent dans la brume au dessus du Dniepr renforce cette complicité simple et agréable que nous avons développé sur le tard avec cette ville.
Nous quittons Kiev en bons termes et mettons le cap sur la Crimée.

 


Brèves

" Vachi documiente ! "
2 mots pour dire galère

Pour notre dernière soirée à Kiev, Antonina et Igor, que nous avons rencontré lors d'une conférence de presse à Kharkov, ont décidé de nous montrer les recoins de leur ville. Nous nous retrouvons sur la place de l'Indépendance où l'on construit sur le lieu-même de la statue déboulonnée de Lénine un monument à l'effigie de l'autonomie de cette nouvelle république. Après 5 minutes de taxi, alors que nous admirons de nuit le panorama sur le monastère de Petchersk tout éclairé, le rêve s'interrompt brutalement.

"Vachi documiente ! " (vos papiers s'il-vous-plait ! ) nous demandent 2 policiers ukrainiens perdus par là. " Votre enregistrement en Ukraine n'est plus valable, suivez nous au poste ". Nous essayons de nous expliquer, de montrer que nous avons tout fait pour être en règle, mais rien n'y fait. Malgré l'acharnement de nos amis ukrainiens et de Tolic, on patauge dans la semoule. C'est à n'y rien comprendre : nous avons payé 800 Frs de Visa à la frontière, nous nous sommes faits enregistré et ça ne suffit pas ! Laurent s'énerve, hausse le ton. Ca sent le policier ripou à plein nez. Non il n'aura pas notre fric, on a suffisamment financé l'administration locale comme ça. Nous n'avons toujours pas avancé d'un pas dans nos négociation.

Ils décident finalement de nous emmener au poste et à mi-chemin s'arrête dans un passage souterrain. Il nous refont leur scène. Re-, re- et re-regardent nos papiers pour la cinquantième fois. Nous palabrons depuis 45 minutes déjà. On se croirait dans " Twist Again à Mocou " ! Après avoir contrôlé que le micro de téléphone portable d'Igor ne permet pas d'enregistrer les conversations, ils nous suggèrent enfin que l'on pourrait régler cela à l'amiable. Ils nous en coûtera 100 Frs au total pour nous 5. On s'en tire bien mais au moins en Amérique du Sud les flics ne mettent pas autant de temps pour demander leur backchish
!!

C'est reparti, direction la Crimée...

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