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Perdus au fond des Vallées Géorgiennes
Montagnes, mômes et premières neiges

Par Philippe


Kilomètres parcourus : 24 000
Nombre de jours de voyage : 160

Suprise du réveil

En quittant Erzurum, la route qui part plein nord en direction de la Mer Noire se heurte rapidement aux contreforts du Caucase. Nous slalomons de vallées en gorges, plus étroites les unes que les autres. Les couches superposées de roche grise plissées sous la pression du haut plateau anatolien tombent à la verticale.

Il n'est que 16h et pourtant il fait nuit noire. Le poulet mangé dans un boui-boui immonde hier soir m'est resté sur l'estomac. Mes tripes font des noeuds et j'en ai des sueurs. Xav, lui aussi tend au verdâtre. Après plusieurs tentatives, nous trouvons enfin un emplacement pour la tente, au bord d'un chemin de terre qui grimpe le long du torrent d'une vallée encaissée.

La magie du camping sauvage, c'est souvent le réveil, car on découvre l'endroit où on a atterrit la veille dans le noir. A cet exercice, nous nous plantons rarement, mais cette fois, on a fait très fort. Autour de la tente, des étages de terrasses se succèdent : vigne, maïs, pommiers, kakis, figuiers.

Un habitant de Dereiçi
Je suis le premier levé. Encore à moitié endormi, je titube. Trois visages ronds d'enfants me sourient timidement. " Merhaba ! " Halibrahim, Emre et leur petite soeur Elem viennent chercher le maïs qu'ils montent par gros ballots sur le dos jusqu'au chalet familial. L'hiver approche et on bourre les granges de foin, de feuilles séchés et de maïs pour nourrir le bétail. Aujourd'hui, c'est dimanche, il n'y a pas école et leurs parents les envoient travailler au champ.

Cohue de mômes

10 minutes plus tard, les trois bambins réapparaissent chargés d'un panier rempli de pommes qu'il nous offrent en accueil, nous invitant à monter au village. Nous les suivons et tentons de nous faire comprendre avec les trois mots de turcs que nous connaissons résumés en : " merhaba " (bonjour) " evet " (oui) et " çok güzel " (très joli). Eux, nous donnent la réplique avec des bribes d'anglais apprises en classe : " how are you ? what is your name ? Where are you from ? " La conversation reste limitée. Mais les sourires et les regards font le reste et on se comprend.
 
Les enfants

Nous montons vers Dereiçi et c'est bientôt une foule de 50 gamins qui nous agrippent. Les " What is your name ? " et " How are you ? " fusent en tous sens, entrecoupés par les rires et les regards étonnés, ravis de ce nouveau jeu. Nous dépassons l'énorme mosquée toute neuve, puis l'école coranique. Des portes des granges s'échappent de fortes odeurs de foin. Soudain, c'est la vallée toute entière qui résonne aux incantations nasillardes du muezzin. Dans la rue centrale, longue de 200m, c'est la cohue. Le village est en ébullition.

Nous nous posons 4 jours entiers à Dereiçi. Tous les jours nous montons au village, avec notre harnachement de matos photos et dessin. Gros plan, trois quart contre jour, fuite gênée des femmes devant nos objectifs, précipitations des enfants pour se faire photographier.

Les ruelles n'ont bientôt plus de secrets pour nous et on commence à nous connaître. Le comité des sages nous invite à boire le thé autour du poêle.
Le directeur de l'école nous convie même à présenter notre projet en classe. L'arrivée à l'école est mémorable. Laurent et moi traînons au moins 20 enfants à chaque bras dans le délire le plus complet. Inoubliable .

En route vers la Mer Noire

Nous reprenons la route. Direction, Camlihemsin, au bord de la Mer Noire. La route est superbe. Les couleurs d'automne sont plus éclatantes que jamais. Après Ispir, nous passons un col à 2600 mètres. La neige est partout. Scéance photos de deux heures pour la voiture que nous prenons sous tous les angles. En 70 km à peine nous rejoignons la Mer Noire au milieu des cultures de thé qui recouvrent les montagnes tout entières d'un tapis vert foncé.

La côte est monstrueuse. Amas de petite villes en béton sans charme qui semblent tourner le dos au rivage. Aucune plage digne de ce nom, aucun port de pêche ou presque et une quatre voies en guise de promenade de bord de mer. Dommage. Nous traversons Hopa, dernière ville de la côte avant la Géorgie et reprenons à droite vers Artvin et Ardahan. Nous nous arrêtons 3 jours à Saysat pour travailler. Dessin, écriture, photos, coups de fil au partenaires et aux journaux. Notre campement étonnent les locaux. " Pourquoi vous-êtes vous installés ici. Jusqu'à quand comptez vous rester ? Attention, vous savez, dans la région, il y a des ours et beaucoup de loups. C'est dangereux ici. "
On ira même jusqu'à nous demander si nous ne venons pas chercher de l'or dans les montagnes ! ! !

 

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©Xavier Ponson, Laurent Granier et Philippe Lansac- Tous droits réservés -
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