Coup
de drague chez les intégristes
Bursa, Konya et Cappadoce
Par
Philippe et Laurent
Kilomètres
parcourus : 23000
Nombre de jours de voyage : 146
Vapeurs,
gants de crin et serviettes chaudes
Dans
chaque mosquée, un endroit est réservé
aux ablutions, succession de petits robinets d'eau en face
desquels chacun s'assoit sur des tabourets de marbre ou de
bois. Tout bon croyant se lave les pied à la fontaine
avant d'aller à la prière, dans un calme frais
propice à la méditation. Un tel spectacle nous
emmène naturellement au hamam, spécialité
de Bursa. Nous avons le sentiment d'aller risquer notre vie
pour le seul désir, bien français, de chercher
à rester propre.
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Nous rentrons, cachons notre nudité blanche comme un
cachet d'aspirine sous de petits pagnes colorés serrés
autour de la taille, qui nous donnent un faux-air turc.
Nous nous lavons et rentrons dans l'atmosphère suffoquante
du bain d'eau chaude. Nous y trempons pendant une bonne
demi-heure, et nous entrecoupons nos bains de sorties éclair
pour se rafraîchir à grandes louches d'eau glacée,
histoire de ne pas bouillir dans notre propre jus. Ensuite,
un turc ventripotent débarque avec un nouveau prétexte
: le massage. Les bains n'étaient qu'un commencement...
On commence par nous étriller avec des gants de crins,
à nous faire éclater l'épiderme. Puis
à tour de rôle, on nous allonge sur le billot.
On nous recouvre de savon, puis on nous écartèle
et on nous masse à nous faire regretter nos douleurs
de dos et de tendons. Xavier et moi hurlons, gesticulons,
demandons grâce. Philippe, le dernier à subir
le châtiment, s'énerve carrément, sous
nos éclats de rires amusés : " Mais ils
sont tarés ! Arrêtez, arrêtez... "
Le sourire du bourreau turc en dit long sur ses intentions...
Enfin
le supplice prend fin. On nous enveloppe dans de nouvelles
serviettes chaudes, on nous allonge sur de petits transats
et un dernier massage d'une douceur irréelle nous réconforte
dans l'idée que l'expérience est belle et bien
finie. Nous dégustons thé, eau et bière
et nous profitons de cette accalmie pour sombrer dans une
bonne sieste.
Nous
en ressortons léger comme des plumes avec une seule
envie : se pieuter.
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Coup
de drague chez les intégristes
Ca
y est nous avons enfin réussi à lever l'ancre
d'Istanbul où nous sommes arrivés il y a maintenant
trois semaines. Il s'agit en fait d'un nouveau départ.
Fin de tout contact avec Renault et des coopérants pour
un bon bout de temps. Le cap à suivre est simple.
L'est toujours l'est. L'Orient.
Première étape : Konya, où nous comptons
participer au festival des troubadours turques. Deux demi-journées
de route pour atteindre la ville la plus traditionaliste et
islamiste du pays. Notre déception est grande. Ce
soit-disant festival dont nous rêvions, croyant pouvoir
toucher aux racines de la culture turque, n'est en fait qu'un
pauvre concert dans une salle des fêtes glauquissime.
40 vieux turcs, troubadours plutôt défraîchis,
sont assis en rang d'oignons sur une scène entourée
de rideaux bleus et éclairée au néon. Après
les trois quarts d'heures de discours officiels du maire et
des autre huiles du conté, ils entonnent un à
un, leur saç (sorte de mandoline turc) en main, quelques
poèmes chanté d'une voix nasillarde : " Sok
Güzel ! Sooook Güüüüzeeeeeeeeelllll
! "
" Bon allez, on s'casse ! ! ! "
Nous rencontrons Emine et Bilgane, deux charmantes étudiantes
en anglais qui nous invite à dormir chez elles.
Nous y passerons 3 jours... Seul inconvénient de ce séjour
entre de bonnes mains : le ballon d'eau chaude qui se chauffe
à l'aide d'un poêle à bois. Avant toute
douche, il faut donc chercher le bois, allumer le feu et attendre
que l'eau chauffe. Autant dire que nous ne prendrons qu'une
seule douche...
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Sur
les routes d'Anatolie
Nous repartons plein est pour la
Cappadoce. Passage par le Tuz Gölü, gigantesque désert
de sel.
En route, Philippe oublie son pantalon en plein milieu d'un
champ où nous avions décidé de camper.
Nous en rendons compte une heure et demie après, c'est
à dire le temps pour s'engouffrer dans les couloirs d'une
cité engloutie troglodyte, et retournons sur les lieux
de l'oubli, pied dedans. Rien. Nous commençons à
évaluer le temps qu'il va nous falloir pour récupérer,
dans l'ordre et dans le désordre : un nouveau passeport
à Ankara, un nouveau visa iranien (15 jours ouvrables)
et un autre Pakistanais. |
En
plein désespoir arithmétique, deux paysans débarquent
avec un grand sourire et le pantalon. Ils nous demandent
de bien vérifier qu'il ne leur manque rien. Philippe
s'y attelle avec une ferveur rare... Nous les remercions à
grand coup de poignées de main et de " Teêekkür
ederim ". Nous leur proposons de leur donner un peu de
fric. Il le refuse avec un grand sourire. Au pays d'Allah, rien
ne doit sembler curieux...
En Cappadoce, sur les hauts plateaux anatoliens, les vents et
les pluies semblent avoir sculpté les montagnes.
Forêts de cheminées de fée, vallées
de pitons rocheux transformés en cités troglodytes,
canyons ocres au fond desquels les vignes et les abricotiers
contrastent au milieu de cet univers minéral.
Nous posons le bivouac sur une colline entre Uçisar et
Urgüp. Nous prenons le petit dej avec une vue imprenable
sur toute la cappadoce. Pas un nuage à l'horizon. Mais
dès le coucher du soleil, à 4 heures et demi,
on se gèle : bonnet, chaussettes et écharpe dans
les duvets... Le désert, quoi...
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©Xavier
Ponson, Laurent Granier et Philippe Lansac- Tous droits réservés
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Interdiction de reproduction sans l'autorisation des auteurs.
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