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Istanbul, comme si j'y étais né
Outch köfte e bir metze lütfen...


Par Philippe


Kilomètres parcourus : 21000
Nombre de jours de voyage : 135


" Il y a 3000 mosquées à Istanbul. A raison de 6 par jour, il nous faudrait plus d'un an et demi pour les visiter toutes "

" Je me sens chez moi "

Istanbul commence à nous connaître depuis 3 semaines que nous sommes arrivés et elle semble déjà nous avoir adoptés. A force d'arpenter à pieds ses collines de Taksim à Sultanhamet, de Karakoy à Eyüp, ses ambiances me paraissent familières. Me cambrer précipitamment pour ne pas me faire écraser par un taxi roulant à tombeau ouvert dans un concert de klaxon ; croquer le morceau de sucre et le sentir fondre dans ma bouche en sirotant mon çay brûlant ; " outch köfte e bir metze lütfen ", trois boules de viande et une entrée s'il vous plaît ; tout cela m'est devenu naturel. Comme une agréable routine. Celle de son quartier où l'on connaît tout le monde.

Istanbul, avec ses 14 millions d'habitants n'est en fait qu'une succession de petits villages. Chaque quartier a ses couleur, ses odeurs, ses acteurs comme dans une pièce qui en est à sa 2000 ème au Théâtre des Variétés. Ahmet, le vendeur de kebab, Mustafa, le cireur de chaussures, Mehmet, le roi des loukoum, Ibrahim le marchand de tapis. Nous ne sommes que des voyageurs de passage qui ont momentanément posé leur camp dans ce quartier de Beyoglu et pourtant ils nous salue à chacun de nos passages comme si nous faisions déjà partie de la famille.
" Selamünaleyküm !", que Dieu vous garde. On se donne l'accolade, on s'embrasse, je me sens chez moi.

Istanbul et ses mosquées

La porte de l'orient me fascine. Elle est une juxtaposition de quartiers qui rappelle d'autres lieux. Marcher dans Taksim revient à chercher un restau turc rue de la Huchette. Mêmes marchands à la porte qui vous propose d'entrer. Mêmes énormes dôners, ces gros cônes de mouton ou de poulet, qui grillent, apportant à la rue son odeur familière de fin de soirée à Paname.

Se perdre dans le grand bazar et c'est l'Asie qui surgit : masse humaine grouillante et omniprésente, odeurs, couleurs vives, métal brillant... Je bois une bière à Ortaköy avec Nuran, une copine turque rencontrée par hasard, et je me replonge dans l'ambiance de la Boca à Buenos Aires, le Rio de la Plata déguisé en Mer de Marmara.


Plaque tournante entre l'Europe et l'Asie, lieu de toutes les invasions dans un sens ou dans l'autre, Istanbul offre une diversité que je n'ai jamais rencontré ailleurs. Bilan : des heures pour se perdre, pour prendre le temps. En tout, 3 semaines...


 

Retour au bercail

On est lundi, l'après-midi touche à sa fin. Notre départ d'Istanbul est prévu pour demain. La ville bouillonne comme chaque jour de la semaine.

Le jour est en train de tomber. Les blousons ont fait leur apparitions, les vendeurs de châtaignes aussi. Les joueurs de tavla des bars à narguilés ont déserté les terrasses et se sont réfugiés près des poêles de fonte.

Je descends la colline de Sultanahmet vers le pont de Galata après avoir sillonné 4 heures durant le labyrinthe de ruelles qui entoure le Grand Bazar.

La journée se termine. Le trafic se fait plus dense, les coups de Klaxons plus fréquents et nerveux, comme dans n'importe quelle grande ville.

Le campement

Je marche, goûtant au maximum l'instant. J'aimerais faire un arrêt sur image. Saisir d'un coup d'un seul tout ce qui fait ce moment avec toutes les sensations qui lui sont associées. Les mettre dans une boîte pour pouvoir les vivre à nouveau. Mais c'est justement l'impossibilité de réaliser mon désir qui donne tout son arôme et son intensité à cet instant. " Devoir goûter pleinement chaque seconde, ici et maintenant, car elle est irremplaçable et unique ". C'est ainsi que j'expliquerais mon amour du voyage et mon envie d'en faire toujours plus. C'est parce que l'instant est insaisissable et que la quête de ce dernier ne sera jamais rassasié, qu'un voyage n'invitera jamais au retour mais toujours à un nouveau départ.

Soif jamais rassasiée. Secret d'un vie qui ne verra jamais le temps passer. Et c'est tant mieux.

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©Xavier Ponson, Laurent Granier et Philippe Lansac- Tous droits réservés -
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