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La Roumanie nous étonne
Après les Kolkhozes, un bol d'air européen


Kilomètres parcourus : 18 500
Nombre de jours de voyage : 100



Arrivée en Roumanie



Taxe écologique

Après notre boucle de 1200 km pour rien, c'est à dire 2 jours de route, nous passons la frontière. Deux pays, deux scénarios. Du côté ukrainien, il faut arroser à chaque bureau. Nous payons donc encore : 20 grivnas pour les passeports, 20 pour la taxe écologique (qui est normalement de 5 grivnas, nous le comprendrons plus tard...), 14 dollars pour la taxe de sortie, après 1 heure d'attente car ils étaient en plein changement de quart...
Du côté roumain, pas de grande différence si ce n'est qu'on nous donne des reçus. On commence par une désinfection de la tire. Au tarif de 10 dollars. Notre 4x4 passe à travers une espèce de cabine, dans laquelle gicle une eau légèrement javellisée... Nous constaterons ensuite que cette désinfection se fait aussi en Bulgarie. Héritage soviétique, sans doute. Ensuite, passage ultre-rapide aux visas. " Bonne route. Bienvenue en Roumanie " Ambiance bon enfant... Un petit passage par la guérite " Taxe écologique " et nous rentrons au pays de Dracula.


Bucoliques, autarcie et Dacia 1310

Nous nous posons dans la région de Bucovine, à l'extrême Nord-Est du pays. Région boisée, fortement vallonnée et parsemée de monastères et d'églises aux murs recouverts de fresques. Nous nous posons chez Felicia et Trandafir et découvrons le coin. Rien à voir avec l'Ukraine. Les roumains semblent se délecter à chiader tout ce qui les entoure : barrières en bois sculptées, maisons coquettes, routes impeccables avec panneaux d'indication... Après les pays de l'ex-URSS, nous avons un peu l'impression de revenir en Europe.
La Roumanie me donne l'impression d'un pays qui a su garder une culture et des traditions très fortes, sans donner l'impression d'un pays arriéré. Effectivement, en Bucovine, les habitants vivent en quasi autarcie : petit lopin de terre qu'ils exploitent sans machine, potager, arbres fruitiers... Le cheval permet de travailler la terre et la vache donne du lait. Chaque maison fait son pain, se chauffe au bois grâce à un énorme poêle, distille son eau de vie, la Pàlinka. Sur la route, quelques Dacia 1310, copie conforme des R12, et des charrettes à chevaux qui transportent le foin, le maïs, le bois... Aucun tracteur. Le sentiment de vivre dans un autre rythme et dans autre époque.
Les Roumains m'émerveillent par leur gentillesse et leur accueil. Le couple qui nous a accueilli s'est plié en quatre pour nous. Le long de la route, les gens saluent d'un signe de la main, les enfants viennent nous parler. Pour le plaisir de se rencontrer, pour contenter sa curiosité.

Une ferme

De Sucevita à Moldavita : la Roumanie des monastères

De plus, cette partie nord de la Roumanie est un véritable vivier artistique et culturel car c'est là, aux XVème et XVIème siècles, durant les règnes d'Etienne le Grand et Petru Rares, qu'un grand nombre de monastères orthodoxes ont été construits. Celui de Sucevita est caractéristique : véritable forteresse féodale avec ses enceintes hautes de 15m et épaisses de 3, ses tours de guets et créneaux . L'imposant portail de chêne sombre ouvre sur un Eden. Un jardin soigné, encore fleuri en cette fin septembre, le vert intense des pelouses taillées au millimètre et au centre une église de taille moyenne. Ce ne sont pas ses caractéristiques architecturales qui impressionne mais, chose rare pour une église, sa couleur. Ses parois tout autour sont recouvertes de fresques aux couleurs vives. Bleus sombres, rouges sang, verts épicéas. L'ancien et le nouveau testament se racontent, des piliers du narthex aux convexités du cœur, sans qu'une seule surface n'ait été laissée blanche. Jamais je n'ai vu une telle œuvre d'art. Des fresques extérieures du XVIème siècle dans un tel état de conservation.

Monastère

Je repense à mon émerveillement devant celles de Pierro de la Francesca a Arezzo en Toscane, ou celles d'Aleijadinho dans le Minas Gerais, mais ici c'est l'ampleur, la place de la fresque qui m'impressionne. La fresque a remplacé la virtuosité architecturale.

Partout, tant à l'extérieur qu'à l'intérieure, elle est présente. Le pronaos et le naos en sont plongés dans une pénombre qui reste quasi inchangée, que le temps soit au crachin ou au soleil, invitant ainsi au silence et à la réflexion.


A Moldavita, 20 km plus à l'ouest, le monastère s'offre sur le même modèle et le même état de conservation. A notre entrée, une none, vêtue d'une robe sombre et coiffe d'une toque noire, frappe d'un martinet sur un grand linteau de bois clair en marchant tout autour de la chapelle.

Comme le veut la tradition orthodoxe, elle s'incline à chaque point cardinal et se signe 5 ou 6 fois. Pris par la paix du lieu, Xavier, Laurent et moi errons, chacun de notre côté. Je suis à l'argentique, Xav au numérique. Grand angle, diaphragme, "3 secondes de temps de pose sous la voûte, flash de premier plan, nos regards aiguisés par le cadre photographique est aux joies. Il ne sait plus ou donner de la tête tant les angles sont variés.

Un œuf au rétroviseur

En sortant de l'enceinte, une petite fille blonde court vers nous. Toute essoufflée, elle finit par sortir délicatement de son sac à dos un carton rempli d'œufs peints. Cet artisanat est typique de la Roumanie. L'oeuf que nous achetons à cette petite fille au regard vert clair est recouvert d'une myriade d'entrelacs bleus foncés. Il trône désormais au centre de la voiture, pendu au rétroviseur central.

Le temps s'est rafraîchi, l'automne semble avoir débarqué sans prévenir. L'antre de " Gemütlichkeit " de Felicia nous a permis de beaucoup avancer dans notre travail. Xav a pu prendre son temps pour dessiner et sa production ne fait qu'augmenter en volume et en qualité. Désormais chaque article ou carnet de route sera illustré par ses aquarelles.

Après 3 jours de pause, nous reprenons la route pour Bucarest.


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