"
Go down with US "
Avoir
25 ans au pays des Ayatollahs
Par
Philippe et Laurent
Kilomètres
parcourus : 28 000
Nombre de jours de voyage : 180

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En
quête de dépaysement
Nous
parlons de tour du Monde depuis plus d'un an et n'avons
toujours pas mis le pied dans un pays qui nous donne
réellement l'impression d'un dépaysement.
Nous voyons l'Iran comme notre sauveur dans notre quête...
L'histoire est bien là pour nous fasciner : la Perse,
la terre du Chah puis des Ayatollahs, des grand pans d'histoire
comme la révolution islamique ou la guerre Iran-Irak
de notre enfance.. . Des voisins aussi mystérieux
qu'inconnus comme le Turkménistan, l'Afghanistan
ou l'Azerbaïdjan. Une attente de 15 jours pour obtenir
nos visas à Istanbul et apparemment, une paperasserie
de plusieurs heures nous attend à la frontière
et un contrôle de douanes particulièrement
difficile : pas de CD ou de cassette de musique occidentale,
pas de magazine qui contiennent des photos de femmes sans
voile ou avec les bras, les jambes ou les cheveux découverts,
pas d'alcool...En somme, tous les ingrédients sont
là pour faire que notre arrivée soit imaginée
comme une galère potentielle intéressante
!
Avant d'arriver à la frontière, nous nous
mettons donc à cacher ce qui le doit : nous virons
tous nos CD de musique au fond de nos sacs à dos,
planquons nos fausses cartes de presse imprimées
à Istanbul, virons de nos fonds d'écran la
campagne de pub Aubade, jetons les fonds de raki de notre
chère Turquie.... Nous sommes fin prêts pour
rentrer sur la terre de Khomeyni..
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Le
passage déconcertant des douanes iraniennes...
Dernières franches déconnades avec les flics
et douaniers turcs : " Elles sont superbes, les iraniennes....
C'est terminé les jolies petites turques à la
jolie nuque découverte... Vous avez emmené du
Raki ?... " Nous rions jaune... Surtout que nous
arrivons en plein Ramadan, la période de l'année
la plus contraignante pour la loi islamique... Après
les quelques turqueries de nos amis douaniers qui nous remplissent
une page entière de tampons - le timbre inspection
sanitaire étant de loin le plus déconcertant
- nous découvrons l'Iran avec le douanier le plus petit
du Monde. Dans sa veste kaki trop grande, il n'arrête
pas de sourire, et de nous parler dans un anglais parfait...
Nous qui nous attendions à la rigueur sordide de l'application
des lois religieuses qui voient d'un mauvais oeil qu'un iranien
parle avec des occidentaux... Le sketch continue avec les
5 douaniers qui doivent tamponner le carnet de passage en
douanes : tous parlent un anglais parfait, montrent une courtoisie
et une politesse proches du fameux flegme britannique, jette
un regard proche de l'éclair à notre foutoir
automobile, nous adresse un " Welcome to Iran. We
hope you a pleasant trip and ... Have fun " déconcertant.
Nous repartons, passeports et carnet tamponné, après
moins de 45 minutes passé au poste frontière,
flambant neuf pour notre arrivée... Ce pays, apparemment
le plus fermé depuis notre départ, nous ouvre
le plus rapidement et le plus simplement du monde ses portes.
Les réformateurs qui ont pris le pouvoir il y a moins
d'un an ont sans doute donné quelques directives...

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Le
désert sous la neige...
Nous
avons le sentiment que l'Iran est un prolongement de la Turquie
lors des premières centaines de kilomètres .
Même roublardise sympathique, mais sans alcool. Paysages
similaires, exception faite des panneaux indéchiffrables
en Perse, souvent sous titrés en Anglais. Mêmes
genres de produits dans les épiceries. Neige et basses
températures, pour ne pas changer. Nous constatons
avec bonheur que nous allons passer du 40° parallèle
nord au 30° lors de notre traversée de l'Iran :
nous attendons les déserts avec impatience... Pour
l'instant, c'est la neige qui nous accueille, alors que nous
rêvions de solitudes sableuses et torrides...
Nous enchaînons rencontres sur rencontres sur la route
: un allemand en vélo qui va jusqu'en Australie pour
y bosser, deux autres qui s'arrêteront à Kathmandu
- cette route est bel et bien truffée d'allemands en
pleine quête d'écologie routière ! - un
prof de lettres iranien qui veut absolument que nous dormions
chez lui, un épicier iranien qui vend des produits
turcs et cherche à " practiser " son anglais.
Résoul nous apprend d'ailleurs les chiffres iraniens,
science assez délicate qui permet de connaître
la valeur des billets de banque... Le 5 est un coeur à
l'envers, le 0 un point, le 4 un 4 orienté d'un angle
de 90° vers la gauche. Nous passons notre soirée
dans sa boutique à picorer des pistaches toutes fraîches
et à goûter la bière locale, mélange
sirupeux à base de malte, imbuvable pour quelqu'un
qui n'aurait pas vécu au moins 10 ans en Iran, dans
une vie antérieure... Il est inutile de rappeler que
cette bière est sans alcool. Autant dire que nous nous
rabattons sur un bon verre de çay. Nous sommes en plein
sevrage...
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Des
Vacances sur la Mer Caspienne ? A déconseiller, même
a son pire ennemi...
A 25 francs le plein d'essence, nous le vivons comme un cadeau
béni des Dieux et notre budget respire la santé.
L'Iran est en effet le troisième producteur mondial de
pétrole... Nous bifurquons plein est pour aller goûter
l'eau du plus grand lac du monde, que l'histoire a fort injustement
appelé " Mer " Caspienne... Nous passons la
nuit à Masulhé, petit bled de montagne qui rappelle
les Alpes, sordide et crotté en plein hiver mais sans
doute charmant le reste de l'année, quand on cherche
à s'échapper du cagnard du désert... Pour
nous, après plus de 3 semaines dans la neige et le froid,
autant dire que nous nous échappons rapidement pour retrouver
la côte, où nous cherchons en vain la mer. Car
cette zone est une des plus peuplées du pays, et nous
traversons des villes toutes plus glauques les unes que les
autres, et pas un grain de sable ou une vague à l'horizon...
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Ali nous propose de dormir chez Amir à Téhéran.
Nous déboulons sur les grandes artères de Téhéran,
la chaîne de montagne enneigée barrant l'horizon,
esquivant les attaques répétées des Paycan,
ces espèces de " trabans " qui encombrent le
labyrinthe des rues et boulevards de la ville.
Il faut dire que depuis notre départ, les iraniens figurent
en première place de notre palmarès des allumés
du volant, loin devant les russes et leurs BM aux vitres tintées...
Ils ont la fâcheuse tendance à zigzaguer au milieu
du trafic et quand leur prend l'envie de se calmer, ils suivent
les lignes blanches et se retrouvent donc à cheval sur
deux files... Nous sauvons régulièrement les ailes
du 4x4, sous les regards austères des Ayatollahs et des
héros de la guerre Iran-Irak qui tapissent les murs de
la ville ! L'affiche de propagande la plus surprenante est sans
doute celle d'un jeune qui brûle un drapeau américain
avec le slogan : " Go down with US "...
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©Xavier
Ponson, Laurent Granier et Philippe Lansac- Tous droits réservés
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