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Chroniques des Petits Petits en Europe Orientale
Sommaire des chroniques des petits Petits


Illustrations/Photographie : François Saint Remy • Chronique : Patrick Marega
Petits Petits en Albanie
11/ 14 avril

"Sombres nuages sur les Petits"







On arrivera bientôt à Gjirokastër, classé au patrimoine de l’humanité par l’UNESCO avec son bourg médiéval et son château. J’avais marché à Gjirokastër en mai 1994 avec Veton. Lui, à ce moment-là, habitant en exil d’une Prishtina en crise et pas encore en guerre. On voyageait l’Albanie avec son Horizon après avoir assisté à la représentation de ‘Huit clos’ de Jean-Paul Sartre, portée sur les scènes de Shkodra par l’Espace d’un instant. Shkodra, Tirana, Durrès, Cruja, Fjer, Berati, Elbasan, Butrint…on roulait avec l’Horizon. C’était l’Albanie de l’atteinte après la sortie d’un communisme à la lettre, ou presque. En traversant les vallées de soleil en direction de Saranda on regardait les énormes « Enver Hoxha » encore inscrits sur les montagnes. Mais on savait qu’une porte s’était ouverte pour toujours.



Dans un bar de Berat Veton communiquait aux gens ses inquiétudes. Il aimait parler avec les gens et, dans une transe d’ému et fâché, il observait l’état critique dans lequel se trouvait l’Albanie. Seulement une grande patience et la force de tout un peuple aurait pu changer les choses. Il en était convaincu. Il n’y avait pas de travail, il y avait à l’époque le Président démocrate Sali Berisha gérant la transition vers une démocratie authentique, il y avait l’espoir d’un support international qui aurait pu arrêter la triste ambiguïté dans laquelle les travailleurs de campagne et de ville se sentaient plongés… des milliers avaient quitté le pays en masse pour les côtes italiennes. Veton parlait et parlait et sans drames on ratait le ferry pour Trieste en départ de Dures. Peu importe. On serait parti trois jours après. L’Albanie était belle. Peut-être un peu plus d’aujourd’hui. L’effondrement à domino du système économique des pyramides de 1997 comporterait une guerre civile sans précédent, la partition du pays en gangs armés, l’intervention internationale, l’arrivée au pouvoir des socialistes, le gouvernement actuel. En 1998 comme observateur électoral, j’ai travaillé pour l’Organisation sur la Sécurité et la Coopération en Europe dans la région de Peshkopi. Il y avait la peur dans le pays. Des villes comme Shkodra étaient en flamme, un euphémisme qui rime avec banditisme. Imaginez-vous quelle priorité peut avoir l’activité culturelle du pays dans une situation pareille.
Donc j’y suis, Albanie pour la troisième fois. Dominique a appelé Veton de la Grèce pour l’inviter à Shkodra pour les Petits / Petits. Sa femme nous a communiqué qu’après deux ans il attend encore son passeport. Dominique raccroche : « Merci Bernard ». Un ciao pour Veton.
Ilirjan décrit son pays au microphone du bus. Nous suivons. Avant d’arriver à Tepelena, ancien place forte du terrible gouvernant du sud Ali Pacha, la route qui suit le fleuve Viosa est merveilleux. Ilirjan me dit « ce n’est rien comparé aux montagnes du Nord ».


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