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Chroniques des Petits Petits en Europe Orientale
Sommaire des chroniques des petits Petits


Illustrations/Photographie : François Saint Remy • Chronique : Patrick Marega
Petits Petits en Grèce
4/ 10 avril
"Les Petits Petits descencent dans la rue"



6 AM sans compromis

A six heures un cauchemar à yeux ouverts me possède. Le vieux sans nom ne m’a jamais rendu le passeport. Il est six heures moins dix et dans dix minutes on doit partir pour une Albanie où les compromis de temps ne sont pas tolérés. C’est une longue route jusqu’à Scutari, le pays n’est pas Aliceland et on ne peut se permettre de voyager pendant la nuit. La question est délicate et toutes ces réflexions m’ont déjà prises trop de temps. Sans douche et sans respirer je serai hors de ma chambre en trois minutes. Je n’ai aucune idée. Une seule : crier. Sans noms disponibles je commence un ‘oho’ improbable. Je cours à l’hôtel de Dominique, juste en face de nos chambres espérant trouver un propriétaire où quelqu’un qui puisse me renseigner. Dominique, Céline et d’autres zombies matinaux sortent avec leur valise pour se rendre au bus. Putain. Pas de réception non plus chez eux. Je monte un escalier. A six heures je réveille un type au dessous des chambres de Dominique. Bouleversé, il ne deviendra jamais mon ami mais, au moins, fait sortir un nom. « Cherchez Mikos Stavlos, il habite plus bas ». « Plus bas…mais où plus bas ? » « Plus bas… ».
Dominique : « Mikos Stavlos, Mikos Stavlos !!! » il commence à hurler comme un prisonnier condamné à l’isolement. « Mikos Stavlos, passeport !!! » Dans un petit village aux ruelles vides ça a de l’effet acoustique. Forza. Mais encore rien…au mieux…quelque rideau commence à bouger derrière les fenêtres au-dessous de ma chambre. Mais personne ne sort. On descend ‘plus bas’ pour demander à quelqu’un. Une vieille femme, un garçon, deux femmes en attente du bus…une information passe…un vendeur de journaux compose un numéro de téléphone, un autre appelle la police qui devrait arriver, il dit, « dans une minute ». Puis une femme de ménage dans une boulangerie. Pas de croissants, pas d’informations. On cherche Mikos Stavlos partout et on n’est même pas sûr que ce soit le nom correcte. Mais rien…Mikos Stavlos est introuvable, au téléphone du vendeur personne répondra, la police appelée par le type n’arrivera jamais. Il est six heures trente. La moteur de bus grogne. Perama by day, my passport away…et le temps passe. A six heures trente de Stavlos, même pas une ombre. Dominique et moi on revient sur nos pas et on retourne ‘plus haut’ à la maison où j’avais dormi. Dominique aboie : « Mikos Stavlos, passeport !!! ». Des mots imprécis résumant la voix d’un vieux fâché sortent de la maison où se trouvaient nos chambres. Un corps gris portant des draps à changer…c’est le vieux sans nom…est-ce que Mikos Stavlos était son nom… ? Ce n’est plus important. Je prends mon passeport et je cours.

L’Albanie m’attend.


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