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Chroniques
des Petits
Petits en Europe Orientale
Sommaire
des chroniques des Petits Petits.
Illustrations/Photographie
: François Saint Remy Chronique : Patrick Marega
Petits
Petits de Paris à Tbilissi
12/20 mars
Pendant
le voyage on recueillera des gens en peu partout. On vous
tiendra au courant. Quelquun est prévu à
Istanbul. Quelquun à Tbilisi.
Les âmes partantes provisoires à Paris seront
:
Klaus Reimer et Marc Viseur, Bruxelles, chauffeurs au gouvernail;
Dominique Dolmieu, Paris, metteur en scène, réalisateur
du projet;
Celine Barcq, Paris, assistante de direction et comédienne;
Thomas Pichet, Paris , global logistics officer;
Mélanie 24 pages Andrada, Barcelona, assistante
de réalisation tournage entre2prises;
Damien Froidevaux, Paris, filme , entre2prise;
Young-soo Cho, South Corea, comedian;
Giuliano Zannier, Trieste, metteur en scène et comédien
Art&Zan;
Giuliana Artico, Trieste, comédienne Art&Zan;
François Saint Remy, Paris, chroniqueur;
Patrick Marega, Italy, chroniqueur.
Cest
le 12, on a déjà fait la Bourgogne, la Savoie,
le Piémont, la Lombardie, le Veneto et
quelques
autogrill. Le meilleur, on ma dit, cétait
litalien, aux portes de Pavia. Des pâtes italiennes
au ragù, pesto et tomates
les pâtes, reste
la grande énigme pour beaucoup de cultures. Jai
beaucoup à dire sur ça. Chez moi, tous invités.
Le voyage dapproche à Tbilissi sera le plus dur
puisque les longues distances demanderont une expertise particulièrement
musclée de Klaus et Marc. On espère la distance
être la seule impasse. On traverse la région
du Friuli-Venezia Giulia. Vers minuit on est aux portes de
Trieste. Elle est belle comme je lattendais. Peut-être
plus que ça. On sarrête à Miramare
et on regarde la ville de loin dans une nuit froide-limpide.
Le notre, cest un transit. Le ferry pour Igoumenitza,
Grèce, est prévu pour demain à quatorze
heures.
Trieste, la nuit. Piazza Unità avec ses travaux. Et
la ferriera (complexe industriel lourd en péril
dextinction) qui ne dort pas. Les lumières créent
un scénario nocturne hallucinante, dhighlander,
de terminator II. On arrive à Valmaura. Le bus
dormira, dominant le cimetière monumental de Poggi
Paese (PP) avec ses lumières et statues Liberty du
début siècle. Suggestif. On dort tous 12 chez
Giuliano et Giuliana, une allitération qui a permis
un mariage humain et théâtrale de trente ans.
Avec leur compagnie Art&Zan de Trieste, ils représenteront
lItalie dans le Projet. Giuliano jouera aussi dans la
pièce française de lEspace dun Instant.
Chez eux, on se sent vraiment chez nous. Mais on est trop
fatigués pour le leur dire.
13 Mars 2001, Trieste,
Molo VII
Une journaliste de Il Piccolo, newspaper de Trieste
(d'importance nationale surtout pour sa couverture des Balkans)
nous attend au bar-pizzeria en face du Molo VII (débarcadère).
Présente aussi Mme Rosella Pisciotta, directrice du
Teatro Miela qui attend les Petits pour la fin avril. Dominique
Dolmieu annonce à la presse italienne son départ
et sa requête de support. Il dit sil vous
plait, rappeler aux Ministères de la Culture et des
Affaires Etrangères Français quon a vraiment
besoin de leur aide . Un article sortira le jour après
avec une photo du départ.
Ingrid et Alfio arrivent au ferry ponctuels. Je les connais
depuis longtemps mais chaque fois les voir cest un plaisir
qui me touche. On se saluera une fois encore vite, une fois
parti, je regretterai de navoir pas dit quelques mots
de plus et je leur écrirai des lettres que je nenverrai
pas
(mes parents)
En quittant le Molo, je me fascine des structures portuaires
et des containers multi-couleurs. Une flamme sort l'enfer
dune cheminée industrielle. Elle annonce la mort
de toute industrie lourde. En chômage, on se rencontrera
tous au spaccetto Al bivio de via Paisiello,
quartier triestin de musiciens. Conseillé le terrano,
vin rouge anti-vip sans compromis.
On ma enveloppé un gros fromage et deux salami
dans la copie de dimanche de Il Piccolo. Là
jy trouve un article qui parle de Mirdamat Sejdov, mieux
connu comme Ivan Ruskj, terroriste recruté par les
partisans titistes pour faire sauter collabos et militaires
nazis ; tout ça me suggère un potentiel lien
entre lhistoire violente et notre itinéraire
de voyage. Sejdov a reçu les honneurs de Tito pour
son activité à Trieste ; aujourdhui il
habite à Bakou, première étape idéale
de notre projet. Dans la même ville se trouve un monument
érigé à Mihajlo, héros national
soviétique et collègue daventure violente
dIvan Ruskj. Phantasies. Deuxième nuit
des Petits : cabine du ferry.
14 Mars 2001, Igoumenitza-Thessaloniki
En mer pour Igoumenitza. Estimated Time of Arrival : midi.
LAdriatique lasse la place à la Mer Méditerranéenne.
Nous, sur le ferry, on laisse les regards fiers du personnel
et on saventure sur le pont. Lair crée
lesprit. François, collègue de chronique,
commence à témoigner sur papier ses émotions
dans un coin improbable de ferraille titanique. En face, les
cotes albanaises
elles me semblent si loin des Caraïbe
que jai connu ces deux dernières années
si
loin
Mais non ! Thomas, logisticien-logisticiel du projet, me reprend
vite et demande mon attention pour un petit village bord de
mer qui domine un rayon de plage blanche qui rencontre leau
bleu azur de la mer. Okay Thomas, cest juste
cest
un petit paradis là bas, mais cest pas la même
chose
pas la même chose. Mais je vois quand même
je
vois une montagne brune pierre qui se jette sur un petit village
de pécheurs types tristes à la recherche de
quelque chose, un peu comme nous tous (moi seul ?). Je pense
aussi au scafo (bateau cigarette) albanais qui quitte la cote
des aigles pendant la nuit et rejoint les cotes de Brindisi
avec des familles mouillées et glacées. Ça
se répète en Italie depuis quelques années.
En Haïti depuis cinq siècles.
Moi, conditionné par la course au problème avec
mes analyses provisoires, moi paysan aussi, moi fils de fils
de fils dimmigrés, moi déraciné,
moi sur un ferry qui transporte un groupe électrogène.
Je sens dans les gens que jaccompagne une énergie
; on est une épisode désenchantée qui
se fait référence cruelle et unique de la scène
théâtrale internationale et qui est déjà
un succès seulement pour lavoir pensé.
Mais avez-vous lu le programme
lidée des
Petits
les villes quon va conquérir
la coproduction magique ??? Un toast aux Petits, avec lexcellente
Metaxa du café Anek Lines.
Sur le pont, le vent et lart se confondent dans un nuage
rose dun ciel marin. Restons sur cette image. Il y a
qui prend des photos. Qui le soleil. Young-soo nous donne
une démonstration des positions de base tai-chi. Il
devient un nerf froissant. Il domine son corps avec sa tête.
Il parle à lestomac. Il nest plus bras
qui écrivent, bouche qui parle et pieds qui marchent.
Il est une entité oligolistique en dehors du
temps et du climat. On est impressionné. Personnellement
je me sens telle une enclume et je regrette le petit déjeuner.
La liberté est possible.
Mais là jentends des chiens aussi. Enfermés
dans des cages-four en plastique hystériques pour justifier
un voyage denfer. Je lai vu, le berger allemand,
à larrivée en Grèce : nerveux,
ivre de K.laus..trophobie. La prison fait mal à tous.
Pas dair pour le berger donc. En solidarité avec
tous les chiens errants enfermés on parlera dart
plus tard. Minute de silence
.

Igoumenitza - ferry bus
Grèce : Klaus sort notre maison roulante du ferry.
Café de laprès-midi à Theotokos.
La dignité de la famille gérant le petit bar
routier nous touche. hier sprechen sie deutch
on peut lire à lextérieur.
Longue route. Nuit à Thessaloniki, capitale de la Macédoine
grecque. Isaak et Martha, expression jeune et directe de lInstitut
de Culture Français nous guident à lhôtel
et, plus tard, chez Mesogios Taverne dans la Platia Athonos
où ils nous font goûter la vaste gamme des plats
grecs en allant du pulpe à la bifteck. La retsina
est excellente. On a trop mangé. Demain on mangera
économique. Thessalonique a deux heures du matin cest
une fourmilière. Les grecs ne quitteront jamais leur
passion pour la vie nocturne. Yasso ?
On a beaucoup de choses en commun avec les Turques,
mais beaucoup de différences aussi , on me dit,
malheureusement, en ayant comme référence un
simple dessert. Et grâce à dieu il sagit
pas de Macédoine, un nom que dans cette région
on doit écrire sans lettres pour éviter la tension.
Etre porteurs du dialogue dans cette poudrière millénaire,
marcher dans une gymkhana des symboles historiques, avec une
bougie allumée, qui cherche la route contre un vent
léger, qui souffle à peine mais, qui met en
danger à chaque pas la crédibilité de
notre volonté constructive. La culture comme enjeu
international.
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