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Petits Petits en Europe Orientale
Théâtre en circulation: 7 minutes, all included



Le projet (www.sildav.com)


“ Cette aventure est le fruit d’un travail à travers un ensemble de cultures, construites tantôt sur un isolement géographique ou politique qui a préservé leur originalité, tantôt sur des croisements fertiles entre sensibilité orientale, utopie communiste et mirages occidentaux.”
Les mots de Dominique Dolmieu, metteur en scène à Paris et réalisateur du projet dont je m’occuperai de la chronique m’ouvrent une route possible : c’est ça le verbe ?
Les “ Petit, petit,… ”, une conception basée sur des rencontres itinérantes de théâtre au mètre carré, c’est le produit d’esprit daté 1996 de Mustapha Aouar, directeur à la Gare au Théâtre de Vitry-sur-Seine. “ Sur une scène étalonnée à 1,07 m2 par un huissier scrupuleux, les compagnies se succèdent pour présenter chacune une création de 7 minutes. ” Tout cela, en suivant un règlement de discipline aux international standards rigoureux. Avec le “ peace-keeping théâtral ” de Dolmieu, Petit Petit se traduit dans une expérience transnationale, les Petits Petits en Europe Orientale (PEO en code CIA).
Le pari ? Mettre à table 50 artistes et techniciens de 19 nationalités différentes au nom de la liberté d’expression, de circulation, d’information, de formation et, finalement, du théâtre comme patrimoine de l’humanité. E l’ultimo non chiuda la porta…


Petits what… ?

J’n’sais pas encore qui va m’ouvrir la porte pour ce voyage. On l’a conçu comme un chemin lent et résistant dans un enfer moderne des contradictions, dans un paradis des mots et des regards, une “odyssée contemporaine ”. Une circulation d’hommes, de femmes et d’idées qui se nourrit de ville en ville des nouveaux éléments. Qui va m’ouvrir la porte ? Sera-t-il Klaus, le chien errant, où sera-t-il plutôt quelque ambassadeur en veste de laine et paupières humides, ému pour un tel projet si formidablement vrai. Où, encore, un petit dieu des artistes aux mains propres et aux larmes féminines qui nous conduira par la main dans ce labyrinthe de voix et des visages. Mais, là aussi, quel dieu, quelle unicité, quelle suprématie ? It sounds impossible. Moi, seul donc.
Est-ce qu’on est conditionné par une obligation de réponse dans tout ça ? Des artistes provenant d’ expériences différentes qui jouent ensemble en voyageant de ville en ville. Chacun dans sa propre langue. On sent le théâtre. Les messages passent et les 7 minutes offrent une forte liberté et impose une concentration sans compromis au même temps. C’est justement sur l’espace et le temps qui repose la continuité des différents textes. Silence de chronique

Profession : chroniqueurs du petit.

François, le collègue : j’ai vu son atelier à Père Lachaise et j’ai compris qu’il se nourrit de grands espaces. Formidables ses mains de pâte à modèle. Il me fait presque peur. Quand je le regarde travailler il me paraît un gamin qui prend son petit déjeuner le matin. Là, maintenant, il travaille au bord fenêtre. Il est clochard des rues et des bidons où il trouve les éléments précieux pour ses techniques primitif-chic, il est l’homme-collage, the anthropological manga, François mains d’argent, l’ouvrier du papier, le digital boy, le political biker. Image all the people. Je termine. Ses illustrations vont donner ordre à mes folies, à mes limites. Ce qu’il voit je ne le connais pas. Ce qu’il pense je ne veux pas le connaître. Je peux passer des heures à regarder ses dessins. Ses photos. Ses travaux me rendent positif.
On avait penser au début de partir sur un tandem ‘lylo’, lui Les Yeux moi Les Oreilles. Mais c’est beaucoup plus compliqué que ça. Tous nos sens seront impliqués. Et puis, il y a le copyright. On imaginera donc plutôt une accolade ‘mXm.’: les Mains par les Mains. Après tout les chroniqueurs vont bosser avec leur terminaisons préhensiles. Le terminus d’une cascade des sentiments, doutes et lumières.
Est-ce qu’il sera François à m’ouvrir la porte pour le voyage ? Ses cheveux ébouriffés parlent d’un choc culturel, d’une rencontre décisive d’émotions, d’un liqueur mille degrés. François, si tu l’as, donne-moi la clé pour cette aventure. Etre des touristes serait plus facile. Qu’est-ce qu’on sera nous deux ? Des rapporteurs ? Des historiens des moments oubliés et des incertitudes humaines ? Des play-boys du carrefour ?

“ Ehi François ! Tu ne penses pas qu’il pourrait être un petit diable à m’ouvrir la porte ? ”
“ Toi malheureux ! Avec toutes ces prémisses tu risques de t’oublier même avant d’arriver à Tbilissi. Mais qu’est-ce que tu cherches, ah… ? Cette temps commun, cet espace…ils lient chaque endroit, chaque expérience. Vis le moment. Laisse dehors ton passé qui revient et s’impose avec ses objets et ses adresses … ”
“ Mais…et le global village ? ”
“ Tais-toi. Soit un écrivain muet. ”
“ Tu sais ce que je crois ?! Tout le monde a un peu peur de l’histoire. Et moi aussi. Est-ce qu’on a peur des gens aussi ? Dans ce tourbillon de l’est, nous, on arrive avec notre grand projet, avec le théâtre comme arme sous le matelas. As-tu entendu les dernières nouvelles ? ”
“ Oui, mais le Directeur a déjà décidé : on entrera dans tous les cafésatans de l’Europe Orientale pour boire ensemble notre espoir et, morale à part, on oubliera notre enfance. Turques, albanais, monténégrins, croates, géorgiens, arméniens… ”
“ Encore des immigrés? ”
“ Mais non, écoute, regarde…aussi des français, des italiens, des grecs, des belges… ”
“ Les passeurs?”
“ Mais calme-toi, encore tu ne comprend pas… je te parle d’artistes. ”
“ D’artistes ? ”
“ Mais oui, des metteurs en scène, des comédiens, des écrivains, des hommes et des femmes de l’art du théâtre qui tous ensemble voyagent et portent des messages brefs et puissants aux voisins proche et loin de leurs pays… ”
“ Des hippy alors? ”
“ mon dieu (des artistes)…certains ont quitté des empires, d’autres sont en train d’en bâtir peut-être des nouveaux mais, en somme, dans ce début millenium où on définit des nouvelles frontières et, j’en ai peur, des nouveaux préjugés, on porte un souffle d’est et on le fait avec total respect pour l’économie solidaire du produit: 1 mètre carré,7 minutes. ”
“ Presque l’espace d’un instant ! ”
“ Oui, et tout cela avec la grande question : qu’est-ce qu’on connaît ? On a plus de temps, désormais, surtout pour se parler. On médiatise, on accélère, on donne la priorité aux grandes langues, aux grandes systèmes, aux grands regroupements qui se rassemblent dans les cyber bureaux au détriment des petits qui se réunissent dans les places, la grande course…donc, nous, pourquoi pas, on se conforme, on réduit, on s’excuse même de vous avoir importunés…mais madame, monsieur, s’il vous plaît, 5…7 minutes seulement de votre temps…pour offrir le même espace à tous…le même chemin à tous, voilà, merci ”

 

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