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Olivier Cossard
auteur des livres "Fiesta havana" (ed.vade retro), "Rythmo cubano" (ed.La Mascara),
et
"Musiques de Cuba" (1001 nuits. Ed. Fayard)

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Mi diario habanero / Chronique havanaise
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Dimanche 17 décembre

C'est aujourd'hui le jour de San Lazaro et le soleil a la bonne idée d'être encore là. La ville est naturellement déserte, comme chaque dimanche. En été, les Cubains désertent la moiteur urbaine et vont à la plage ; en hiver, ils louent des vidéocassettes piratées, s'affalent chez eux et soignent leur gueule de bois de la veille pendant que leurs femmes assurent dignement lavage et repassage !

Je me téléporte au Callejón de Hammel, une minuscule ruelle de Centro Havana transformée en haut-lieu afro, où la peña bimensuelle promet d'être chaude et animée. C'est non seulement le jour d'un des orishas les plus révérés mais je sais aussi que Tata Güines, le maître ès-percussions, y sera présent. Bien que de plus en plus fréquenté par les minibus de touristes, le Callejon continue de garder son authenticité populaire et ce sont bien des rumberas du quartier qui se démènent sous le timide soleil de l'après-midi. Tata Güines, souriant mais calme, presque figé, ne fait qu'une courte démonstration amicale. Il est néanmoins longuement applaudi. Rhum après rhum, l'après-midi s'écoule au rythme implacable des rumbas et des guaguancós inlassablement scandés, répétés, étirés, frappés et réitérés... Le temps se couvre. Sur le Malecón, la poussière vole dans tous les sens et les vagues menacent. Mais sur la Calzada, l'avenue où il est formellement interdit de stationner (car c'est la voie-express d'accès à la capitale de " El Señor "), la Casa de la Cultura del Vedado est, elle, bien abritée. La foule déambule bon enfant sur la chaussée et se presse aux deux entrées de la Maison de la Culture : Cubains, 5 pesos, à droite, vers les gradins en bois ; Touristes, 5 dollars, à gauche, vers l'enclos réservé au centre et les chaises en plastique ! C'est la dernière soirée du festival Jazz Plaza et la grande cour en plein air est comble. Sont attendus ce soir ; Timbalaya, de New-york ; Diakara, de Cuba ; et N.G. La Banda, de la Republica de Guanabacoa !

Timbalaya, essentiellement constitué de portoricains new-yorkais, assure un latin jazz de bon aloi mais sans grand relief, malgré une excellente prestation de son percussionniste. Diakara a déclaré forfait et oh surprise ! c'est Bamboleo qui apparaît alors sur scène. Le très électrique groupe du pianiste Lazaro Valdés joue fort, trop fort. Ils alternent, sans conviction, morceaux de timba et classiques de jazz, festival officiel oblige. Nous avons hélas droit à la pire version de El manicero que je n'ai jamais entendu, agrémenté d'un long solo de Lazaro Valdés carrément hors-tempo et hors-tonalité ! Le groupe termine son set avec ses trois titres les plus connus dont le populaire No me parezco a nadie. Mais franchement, où est donc passé le Bamboleo du 1er album ? Le groupe ne s'est jamais véritablement remis du départ de son excellente première chanteuse, Hayla Mompié, et l'inspiration ne se renouvelle toujours pas. Dommage car la formule initiale était prometteuse.

Jose Luis Cortés

« El Tosco »

 

Flûtiste et directeur de

NG La Banda

Jose Luis Cortés" El Tosco " Flûtiste et directeur de NG La Banda Il est maintenant 1h du matin et les gradins commencent à chalouper dangereusement, le DJ ayant choisi de chauffer la salle avec du Earth, Wind & Fire " live " de la plus belle époque, à fond la caisse sur la sono : Boogie wonderland à La Havane, c'est trop bon ! Les musiciens de N.G. La Banda se sont installés dans la pénombre et lorsque les projecteurs enflamment de nouveau la scène le groupe attaque d'emblée une époustouflante version du España de Chick Corea. Légèrement dans l'ombre, dos tourné au public, flûte à la main, José Luis Cortés, notre homme à La Havane, dirige l'orchestre de son autre main virevoltante. Comment ne pas penser à ce concert de mars 1973 au Palais des Sports de Paris, avec dans la même pose, dos au public, un Miles Davis impérial et dominateur ? Comment qualifier cette tornade sonore cubaine qui décoiffe tout le monde douze minutes durant ? Et comment décrire l'hallucinant solo de flûte du maestro ? Quatre fois pendant le morceau la salle s'est levée comme un seul homme pour acclamer les héros. Quand l'ouragan s'arrête, c'est une ovation spontanée de cinq minutes qui cueille des musiciens hors d'haleine. Stop. Indescriptible. Le reste du " concert " est du N.G. La Banda pur sucre. Avec un 'Tosco' en pleine forme, roublard, baratineur et toujours aussi drôle et finement persifleur. La prestation est ce qu'elle était prévue d'être : la pause Timba au milieu de l'océan jazz, les retrouvailles avec la danse après cinq jours de virtuosité et de cérébralité, la prouesse oui mais au service du sensuel plaisir des corps. Les deux chanteurs, Tony Calá et Coco Freeman, sont parfaits, comme toujours. Quant à la chanteuse, Jenny Valdés, elle est désormais impressionnante ; sorte de India bis, mais plus naturelle, moins pathologique et surtout plus puissante dans la durée. Le concert s'achève par un Cucalambé et un Santa palabra d'anthologie. Ce sont 1000 personnes qui se limpia la mano et qui se la echale patra ensemble ; Aaaaaa...zucar ! Mi hermano, c'est mieux qu'au Club Med quand même ! Il est 4h du matin. Je bois un réparateur rhum-Tropicola à la petite terrasse du Centro Vasco. Une rutilante voiture de sport américaine, dernier modèle, se gare pile sous le porche. La superbe mulata clara qui ouvre la portière droite a peut-être tout juste 18 ans. Le grand noir costaud qui s'extirpe coté gauche est en jogging rose et porte grosses lunettes noires, grosses chaînes en or et grosses baskets Nike dernier modèle aussi. C'est Roberto Hernández, le chanteur de Los Van Van. Ah Cuba ! terre de contrastes...

Lundi 18 décembre

Ciel gris, nuages noirs, vent frisquet, le baromètre est vraiment à la baisse. Il parait que Los Van Van jouaient également hier soir, au Copa Room de l'hôtel Riviera. L'entrée était à 25 $. Comment aller encore au Copa Room (aujourd'hui réaménagé en cabaret traditionnel avec dîner-spectacle type Tropicana ou Parisien) lorsqu'on a connu le Palacio de la Salsa dans la même salle ? Le Palacio et ses horaires délirants, ses jineteras déchaînées, ses impromptus musicaux (Paulito sautant sur scène vers 3h du matin pour y rejoindre un Juan Formell exceptionnellement débridé; Le Tosco déclenchant une conga de carnaval improvisée dans toute la salle ; Manolín, el Médico de la Salsa et ses groupies dansant La Bola debout sur les tables ; la liste des bons moments est longue... ). Dans l'après-midi, Leonardo Acosta me dédicace son nouveau livre, Descarga cubana Vol I : El jazz en Cuba 1900-1950. Il m'explique qu'il a dû le scinder en deux afin de pouvoir être publié rapidement. Car à Cuba il y a des quotas d'édition et d'impression ; or les auteurs de gros pavés officiels ou en bonne grâce dans les instances culturelles bénéficient de priorités ou de facilités accrues. Descarga cubana Vol 2 paraîtra donc seulement l'année prochaine. Peut-être. Au bar de l'UNEAC, Cachaïto, le toujours placide contrebassiste du Buena Vista Social Club, parait s'enquiquiner ferme. Il me reconnaît et m'invite pour un cafecito. Il a perdu son exemplaire de Fiesta Havana et m'en redemande un autre ! Je lui présente Ritmo Cubano et le visionnage de certaines pochettes figurant dans le livre lui fait pousser de brefs soupirs de surprise un peu nostalgique. Il est un peu déçu car son album solo chez World Circuit est encore repoussé. Là-bas aussi, chez nous, certains artistes ont plus priorité que d'autres! Le lundi soir est définitivement la soirée où ne pas sortir à La Havane. A la télévision, les fameuses mesas redondas, les tables rondes inaugurées avec l'affaire Elian, continuent de squatter l'écran des heures durant, sur les sujets les plus divers et les plus inintéressants possible. Le sempiternel journal télévisé langue de bois enchaîne, puis enfin " la mire " apparaît (c'est l'un des " affectueux " surnoms que lui ont donnés les Cubains) : Pour un temps jamais précisé, pouvant varier entre 30 minutes et 3 heures non-stop, le camarade Fidel va alternativement marmonner dans sa barbe, sermonner, charmer, menacer, paternaliser, se faire doucereux, pédagogue, puis re-marmonner etc... Stop. Bâillements.

Le Jazz Café face à l'hôtel Cohiba est noir de Cubains (sans jeu de mots). Il faut dire que l'entrée y est libre et le prix des consommations relativement modique. La pianiste qui martyrise le clavier est une rousse incendiaire d'origine canadienne. Nos amis cubains ont l'air de beaucoup apprécier le boogie-woogie capitaliste. Tout est bon pour changer d'air ! Dehors, le Malecón est fermé à la circulation. Les vagues jaillissent dans la nuit, sautent la digue et inondent le terre-plein central. Je rentre à pied, seul. Mes cheveux ont un goût de sel. Au coin de ma rue, le flic qui veille toute la nuit me demande si j'ai besoin de " quelquechose en particulier ". Je lui dis ; " bien aimable, non-merci ". Il me répond ; " una chica ? ". Je lui réitère ; " non, tout va bien, merci ". Et il enchaîne aussi sec ; " et un mec... non ? "

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Juan Formell

Directeur de Los Van Van

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