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Chroniques parisiennes 9




Conte de Noël (suite et fin)

Résumé de l'épisode précédent : Comme Alphonsine voit des pères Noël partout, elle se met à la recherche du vrai père Noël et le trouve en la personne de Bob Hue (prononcer yoouuu, comme dans le slow des Platters : Only Hue). Elle n'a plus qu'une idée en tête : rencontrer Robert. Mais elle ne sait rien sur Robert (hou là là ! Ca devient cinéphile. Allons, un peu de sérieux, une, deux, trois, hop : ).

Ses parents croyaient que cela lui passerait. Ils lui disaient : " Il est très occupé. Il n'aura pas le temps de te recevoir. Tu te rends compte, si tous les enfants voulaient lui parler, ce ne serait pas possible ! "
Mais Alphonsine était inflexible. " Très bien, si c'est comme ça, tu n'auras pas de cadeau ", lui dirent sans y croire ses parents, se punissant eux-mêmes.

Un soir, les enfants couchés, les parents décident d'affronter la situation... et Robert Hue. " Je vais essayer de le trouver place du Colonel Fabien, dit le père. Je prendrai mon lundi. Je ne me raserai pas pendant trois jours, je mettrai un pull en V, un peu tâché, et je me ferai passer pour un militant de fraîche date... "
- Ne fais pas l'idiot. Et de toute façon, ce n'est pas là qu'il est le plus disponible... Il n'est pas maire d'une ville en banlieue ? Il suffirait de le cueillir à la sortie du conseil municipal... "
- Ah oui, il est maire de... Corbeil-en-Parisis ou la Montagne Ste-Corbeil ou quelque chose comme ça...
- Montigny les Cormeilles.

Alors, un jeudi en fin d'après-midi, ils partent tous les quatre vers cette contrée lointaine. Maman conduit et Papa tient la carte. Ils paraissent plus intimidés, plus désorientés que lorsqu'ils voyageaient en Indonésie, au Guatemala, traînant Alphonsine parmi leurs bagages, avant que Gustave ne vienne au monde. Ils se perdent un peu et se fâchent beaucoup. Papa marmonne: " je le retiens, ce psy, avec ses envies de père Noël qu'il ne faut pas brider... " A l'arrière, Gustave dort et Alphonsine, lit les pancartes des villes dortoirs, se construit un monde féérique : Argenteuil, l'œil d'argent, Bezons-Bisons, La Colombe dans le Bois et le lapin de Garenne, Nanterre, Terre des Nans... Et : Montigny les Cormeilles.

Ils arrivent juste avant la fin du conseil municipal. Ils se sont, bien entendu, assurés que le maire en titre y participe.
- Monsieur Hue, s'il-vous-plait....
- Oui, Madame ? dit le maire d'un ton à la fois aimable et énergique, mais qui crispe Papa.
- Notre enfant a une question à vous poser.
- Tous se tournent vers Alphonsine. Elle est bien sûr très intimidée. Elle regarde longuement ses parents, prend sa respiration, puis dit ce qu'elle a vu dans un petit morceau de film, il y a quelques jours, et qui lui a bien plu :
- Seul à seul.
Maman est confuse.
- Pourriez-vous lui accorder un très court entretien ?
Le maire les regarde, perplexe, désarçonné. Mais il se reprend très vite : Mais pourquoi pas, après tout c'est une charmante petite fille, dit-il de son air pénétré de vrai Père Noël. L'espace d'un instant, un frisson d'effroi saisit les parents. Ils regardent, anxieux, Robert et Alphonsine s'éloigner dans un bureau de la mairie, et fermer doucement la porte derrière eux.

Il réapparaissent une minute plus tard. Alphonsine ne paraît ni comblée, ni inquiète : elle est paisible.
" Eh bien, Madame, Monsieur, au plaisir. Au revoir, Alphonsine ". Le maire semble un peu gêné.

- Alors, tu l'as, ton cadeau ? dit la maman.
- Pas encore, mais il m'a promis que je l'aurai bientôt. Sans tarder, il a dit !

Le soir, Alphonsine regrette que ce soient les vacances : elle aimerait raconter ses aventures à ses copines. Alors, elle va dans la chambre de Gustave. Il y a des soirs où il hurle jusqu'à minuit, d'autres où il est éveillé, les yeux grands ouverts, prêt à gober tout ce qui passe : mouche, tétine, bonbon, chanson, parole... De toute façon, c'est toujours mieux pour Alphonsine que de parler à son poisson rouge.
- Tu veux que je te dise ce que je lui ai commandé, au vrai Père Noël ?
Gustave la regarde avec intérêt mais ne répond pas.
- Une surprise, continue Alphonsine. Je voulais une surprise. Mais il m'a dit qu'il ne savait pas quoi m'offrir. Il m'a dit que j'avais sûrement plus d'imagination que lui et qu'il fallait que je l'aide un peu.
Gustave est tout ouïe, toute vue, tout goût.
- Je voulais une surprise. J'ai demandé quelque chose... que je ne sais pas ce que c'est... ...Je lui ai demandé... UN SMIK, s'exclame Alphonsine.
Et Gustave se met à hurler.

FIN DU CONTE DE NOËL
Bonne année quand même.
Etienne Duvivier

 

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