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Chroniques parisiennes 27



Feuilleton de printemps : LA CLE DE BARBES (II)


Je continue mon enquête et reviens au carrefour Barbès-Rochechouart. Là, l'Institution règne en maître : Tati. Il y un Tati à République, et des enseignes un peu partout en France, mais Tati ce sera, toujours et avant tout, Barbès. Il y a des Tati Or rue de la Paix et dans les quartiers chics, un Tati Bonbons rue St-Denis, un Tati Optic avenue de Clichy, un Tati Vacances en numéro indigo, des Tati téléphonies mobiles... Tati se prend pour Carrefour ou se croit chez Orwell mais Tati ce sera, toujours et avant tout, ces grands bacs de vêtement, que la foule, avec l'obstination méthodique d'un lave-linge, retourne comme une laitue. Les deux magasins du boulevard Rochechouart sont reliés par une modeste passerelle qui enjambe la rue Belhomme et fait le pied-de-nez aux grands du Boulevard Haussmann.

Pour qui ne trouverait pas son bonheur parmi les robes de mariée de chez Tati, la concurrence ne manque pas. En face, côté pair du boulevard Barbès, des boutiques promettent des robes à partir de 399 F. Comme pour remettre les romances à leur place, l'éternel conjugal côtoie le très alimentaire : jouxtant les robes et les bijouteries, le Relais Express propose (et impose aux narines) "couscous, grecs, frites, pizzas ". A deux pas à gauche, on trouve la grande bijouterie Lydia, un peu plus loin, Ginette Couture, et à droite, le bazar Vano, qui vend de tout dans une anarchie divertissante.

Mais où trouver la clé ? Je me retourne de nouveau vers le coté impair. Non loin de Tati, il y a le Quick, égal à lui-même, imperturbable, résistant à l'ambiance locale, avec ses matériaux modernes et résistants, corps inertes qui ne conduisent rien ; ni chaleur, ni couleur, ni fragrance. Le Quick doit rassurer qui s'effraie de Barbès. Il donne quelques repères.

Je m'engage dans la rue de la Goutte d'Or. Au 65, le magasin Sophitex, " dentelles et soieries, gros-demi-gros", vend du doré oriental jusqu'à l'ivresse. Sur une des tuniques de la devanture, on a accroché l'indication : " Dentelle de Calais - Véritable - France ". La créature fugitive du métro s'était peut-être vêtue ici. Il ne faut négliger aucune piste. J'entre dans la boutique et demande au commerçant s'il connaît la clé de Barbès. Il me répond qu'il ne sait pas de quoi il s'agit. Une femme maghrébine qui choisit des étoffes me jette un regard en coin. Je sors de la boutique et continue mon incertain chemin. Une voix m'appelle juste au niveau du commissariat de la Goutte-d'Or : c'est la cliente de Sophitex.

" Suivez-moi, je peux vous renseigner ".

Elle m'emmène dans une cour de la Goutte d'Or, qui s'avère être une adorable ruelle pavée, desservant de véritables maisons bourgeoises avec jardinets. Un miracle écologique dans la surdensité de Barbès. Cité Poissonnière : je retiens le nom pour une éventuelle promenade romantique à venir.

Après s'être assurée que personne ne nous a suivi, la femme me dit, rapidement et à voix basse :

" Je vous donne deux conseils pour trouver la clé de Barbès. Premièrement, il ne faut pas avoir peur du ridicule. Deuxièmement, il faut avaler une graine de Mafyg. - Une graine de Ma... Comment ? Et ça se trouve où ? - Mafyg. M-A-F-Y-G. Au revoir, jeune homme. "

A suivre...

Etienne Duvivier


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