Chroniques
parisiennes 2

Chiens du métro - chien des pavillons
Reparlons
des chiens. Mais cette fois, des chiens du métro. Avez-vous
remarqué que les voyageurs qui s'accompagnent de chiens sont
précisément ceux qui ont le moins besoin d'être
protégés ? Le plus menaçant des dogues,
le moins amène des dobermans inspirera toujours davantage
la confiance que son maître (je mets à part les chiens
d'aveugle : et quand je parle de chien d'aveugles, il faut entendre
- hum..- le mot chien à son sens obvie, et non au sens "
chien de chrétien "). J'en veux pour preuve qu'à
choisir, vous caresseriez beaucoup plus facilement la tête
du chien que la nuque du maître, non ?
Malgré
tout, on peine à croire que les chiens du métro appartiennent
à la même espèce que le chien de jardin, que
tous deux répondent à la définition d'animal
de compagnie. On pourrait en tirer une fable : le chien pavillonnaire
et le chien suburbain. Le premier représente le foyer et
l'opulence, le second l'errance et la marge. Le premier protège
la propriété privée, accompagne le développement
des enfants ; le second assiste à des transactions illicites
et participe à des combats dans la pénombre. Le
chien pavillonnaire est la cerise sur le gâteau social ou
familial ; le chien suburbain le dernier rempart à la solitude
absolue. Tout les sépare. Très certainement, le
chien suburbain rêve d'un jardin où marquer son territoire,
jouer avec les enfants et déposer, avec soin et méthode,
ses crottes sur la pelouse. En bref, il rêve d'embourgeoisement.
Le chien pavillonnaire, je le vois, le museau humide, fantasmer
à devenir nomade, ténébreux, une sorte d'ange
maudit de la race canine qui tend l'oreille quand il flaire un contrôle
RATP. Mais je lui en demande peut-être un peu trop.
Il
n'empêche. On parle des chiens qui subitement deviennent fous
et violents : on explique ce phénomène par une recherche
déraisonnable dans la pureté de la race aboutissant
à la consanguinité, le pedigree se retournant contre
lui-même. Après tout, cette théorie n'est guère
validée. J'en propose une autre : si les bergers allemands
et autres boxers sombrent dans la violence, c'est pour eux une manière,
certes légèrement brutale, d'exprimer un besoin de
soufre, d'animaux-zité, d'ambiance interlope. Eh oui,
c'est la quête de l'interdit qui guide ces chiens bourgeois
lorsqu'ils confondent tout d'un coup les doigts de Léa avec
les croquettes Frolic ! Même lorsqu'ils paraissent en liberté,
les chiens pavillonnaires sont toujours en laisse. Il faudrait
pour un instant inverser les rôles : un stage dans le RER
pour Rex, cocker pavillonnaire, quelques heures de pelouse pour
Rita, pyrénéen du métro. Elle entreverra
alors ce qui l'attend lorsque son maître aura enfin posé
bagage. Cela la motivera et lui aussi. L'ascenseur social est en
panne ? Tu parles, il suffit de se laisser tirer par la laisse.
Etienne Duvivier
|