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Chroniques Parisiennes 15



Promenade dans la cité internationale, ou "cité U"


S'il fallait résumer son architecture, ce serait par la devise : " HLM de tous les pays, unissez-vous ! ". Séparés entre eux par des pelouses et des arbres comme autant de frontières naturelles, la plupart des bâtiments ressemblent à des MJC fauchées ou des centres administratifs poussiéreux, surtout lorsqu'on se rapproche du périphérique. A ce sujet, il est impossible de se perdre dans le parc de la cité U, grâce au périphérique, boussole auditive qui marque le sud.

Certes, quelques édifices se distinguent et à défaut de cachet ont de la stature. Ainsi le colegio de Espana ou le collège franco-britannique, sévère bâtisse de brique pourpre, qui rappelle quelque quartier assoupi de Londres. Ainsi la maison de Suède, proprette, toute blanche avec ses volets bleus. Ainsi la fondation Heinrich Heine ou maison de l'Allemagne, avec sa bibliothèque si apparente : Kultur, quand tu nous tiens... Ainsi la maison du Cambodge désaffectée, flanquée de deux statues de fauve à son entrée. Mais elle est encore plus sévèrement gardée par des barricades de tôle qui y interdisent tout accès. Mines anti-personnel ? Plus probablement imbroglio juridique, à la source d'un introuvable financement pour des travaux toujours remis au lendemain.

Sachez que beaucoup de ces maisons contiennent des salles de spectacle. On me dit souvent : " La vie culturelle à Paris, c'est bien joli, mais il faut pouvoir se l'offrir " ; ce à quoi je réponds qu'en s'informant un peu, on peut aller tous les soirs de l'année à des spectacles variés, gratuits ou presque - à condition bien entendu de ne pas limiter son horizon culturel à ce qui se produit au Châtelet, à Garnier, à l'Olympia ou au Zénith. Les différentes maisons de la cité U constituent un vivier de spectacles gratuits où doivent naturellement se nicher quelques pépites de talent et des gisements de bonheur pour le public. Désargentés, promenez-vous dans la Cité U et lisez les affiches : à côté du menu de la cantine, vous remplirez aisément votre agenda.

Qui voit-on dans le parc de la cité U ? Avant tout, des Parisiens. De rudes footballeurs et de sveltes lanceurs de flying discs (avant, l'on disait Freesbee : il y a du copyright là-dessous...) investissent les pelouses sans la peur du gendarme. Des couples tranquilles s'y promènent, lassés de l'atmosphère nataliste du parc Montsouris comme de beaucoup de parcs parisiens... - et je ne vous parle pas des Hauts de Seine et des Yvelines ! Au charme discret de la bourgeoise et à son frère jumeau, le ronronnement rassurant de la vie conjugale, ces promeneurs préfèrent le spectacle en miroir de Paris qui s'ouvre au monde, et du monde qui s'ouvre à Paris.

En réalité, ma promenade n'était pas si angélique puisque la tempête de décembre avait fait son oeuvre : les cadavres d'arbres gisaient et pour replanter on avait creusé des sortes de tranchées. Paysage de désolation particulièrement évocateur, malgré les flying discs et tout de même quelques poussettes. Comme si ce sage échantillon de la planète qu'est la cité U, coincé entre les portes de Gentilly et d'Orléans, bourré d'intellectuels pacifistes, avait dans un moment de folie joué à la troisième guerre mondiale. Comme si la barbarie, décidément la plus forte, avait repris ses droits...

Allons, terminons cette chronique gaiement. Vous m'auriez condamné à la peine capitale si je n'avais pas trouvé matière à jeu littéraire avec les mots : " Cité U ". Je m'exécuterai donc avec ce court poème, non pas un acrostiche, ou alors un " acrostiche uni-littéral renversé " :

Dans le parc de la Cité U
Je rencontrai Demoiselle U
Elle sortait du Super U
Et me fit l'effet d'une bombe U

Sans mettre les points sur les U
Je l'invitai au Restau U
En passant par le P M U
Où l'on parlait de Robert U

Derrièr' sa jolie rob', taille U
J'eus aimé trouver son point U
Sans recours à des rayons U
Ni risque de plainte contre U

J'arrête là cette histoir' d'U
Pas pire qu'une série U
Je n'prouv'rai pas, par A + U
Que Demoiselle U m'a bien U.

Etienne Duvivier


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