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MARDI
28 MARS - LUANG PRABANG, 10h52
Luang
Prabang, la "perle du Laos", la "plus belle ville
du pays". Hélas, ce n'est que trop vrai.
Luang
Prabang, c'est probablement deux ou trois villes en une. D'abord,
le "centre historique" autour de l'ancien palais royal,
du mont Phousi et de la rue Sisavang Vong. Cette artère rectiligne(toutes
les rues se coupent à angle droit) est bordée de part
et d'autres de jolies maisons blanches à un étage,
coiffées de toits de briques et ornées de balcons,
de colonnades, de volets bleus, vert ou marron. Mais ces agréments
disparaissent sous les restaurants et les échoppes pour touristes.
Les commerçants, peu loquaces, sourient encore moins. Certains
prix sont extravagants, jusqu'à 539 dollars une étole
en soie (quelle somme les petites mains perçoivent-elles
?) Les articles sont pourtant beaux : cahiers en papier de riz,
tissages aux motifs géométriques, bois sculptés.
Mais les mises à prix vous découragent d'emblée.
Descendez
les ruelles secondaires, en direction du Mékong ou, à
l'opposé, de la rivière Kane. Les shorts-sandales
se font plus rares. Voilà une seconde vieille ville, au charme
indéniable. Spacieuses villas coloniales, habitées
ou non, temples tranquilles, maisons de bois, poussins en liberté,
végétation tropicale. Les restaurants sont sensiblement
moins fréquentés. La vie locale, plutôt assoupie,
reprend ses droits. Ce n'est plus un ghetto. On respire.
Cela
restaure cependant à tout va dans ces ruelles. Ici, on
pave une allée. La, on "réhabilite les habitats
traditionnels lao, monuments et espaces publics". Les travaux
s'inscrivent dans le cadre d'un programme de coopération
entre Luang Prabang et la ville française de Chinon, sous
l'égide de l'UNESCO. Chinon, une autre ville "réhabilitée",
où l'on peut s'extasier sans risque devant les ferronneries
anciennes, les lucarnes fleuries et le pittoresque des venelles
médiévales. Le mal menace Luang Prabang : un centre
ravissant, "photogénique", mais singulièrement
dépourvu d'épaisseur et de mystère. Il
faut beaucoup de bonne volonté, de conformisme ou bien une
enviable fraîcheur d'esprit pour ne pas s'en apercevoir.
Le
tourisme moderne, voilà l'ennemi, et pourtant je suis moi
aussi "part of the problem". Le monde est devenu si
petit qu'il n'est pas rare de retrouver à Luang Prabang un
voisin, une amie perdue de vue, des voyageurs rencontrés
dans un autre pays. Le hasard n'y est pour rien. Et le premier
qui me dit qu'il connaît le "Luang Prabang secret",
celui des vrais amoureux de la ville, inconnu des touristes, je
lui rigole au nez. Depuis Venise, on ne me la fait plus.
Pour
avoir un aperçu du "vrai Luang Prabang" (sic),
il faut peut-être tourner le dos au Mekong et prendre la rue
Kitsarath Setharithat, en direction de l'hinterland. La proportion
de touristes et d'habitants s'inverse. Il y a des stations-service,
des quincailleries, un hôpital, des marchands de matelas,
de soupe, d'abats, des réparateurs en tous genres... C'est
moins coquet, mais cela rassure un peu. On cesse d'être
un portefeuille ambulant. Comme par magie, les sourires refleurissent
sur les visages, d'autant plus chaleureux qu'ils sont désintéressés.
Ici, on n'a rien à vous vendre.
Cela
étant, les environs sont magnifiques (montagnes, cascades...),
la cuisine savoureuse et j'ai comme tout un chacun mes recoins préférés.
C'était mon avant-dernier mail avant la Chine.
MARDI 28 MARS 2000, 14h49
Message
express, à titre strictement informatif
C'est
mon dernier message depuis le Laos et certainement le dernier avant
deux a trois semaines. Luang Prabang ne me satisfait pas pleinement.
Je lève le camp plus vite que prévu. Un bateau
part demain matin pour le Nord-Est : deux jours de remontée
sur la rivière Nam ou, jusque dans un endroit appelé
Muang Khoua, proche de la frontière vietnamienne. La
liaison est irrégulière, je profite de cette opportunité.
Parcours très encaissé, itinéraire peu emprunte.
Mon guide ne dit rien de la région.
Ensuite,
je me donne 3 a 6 jours pour rejoindre MUANG SING, à l'extrême
Nord-Ouest du Laos, à 10 km de la frontière chinoise.
Etape probable de quelques jours sur place. Belle région
montagneuse habitée par des minorités.
Passage
de la frontière chinoise vers le 10 avril, à BOTEN.
Les choses sérieuses commencent : problèmes linguistiques,
distances faramineuses, dortoirs non-stop... Côté
chinois, le poste frontière s'appelle MENGLA. Ensuite, compter
deux à trois jours de remontée vers KUNMING, capitale
du Yunnan. J'y ferai le plein de tout (cash, piles, confort...)
et relèverai ma boite. J'ai un premier visa chinois de 2
mois, hors extension. Trois premières semaines dans le
Yunnan, puis remontée à Chengdu (Sichuan).
Merci
à tous pour vos nombreux messages,
Je
vous dis à bientôt.
Cyrille
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