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LUNDI 27 MARS 2000 - LUANG PRABANG
Les
touristes - qui n'ont pas forcement mauvais goût - sont nombreux
à faire étape à Vang Vieng, entre Vientiane
et Luang Prabang. Il y a trois ans, cette petite ville ne comptait
que deux guesthouses. "Un hôtel doit se construire bientôt",
croyait savoir le "Guide du Routard", qui s'est trompé
encore une fois. Plus de quarante guesthouses et restaurants se
disputent les faveurs des voyageurs.
Le
patron du "Sunset restaurant" est l'un des principaux
bénéficiaires du boom touristique. Il y a dix ans,
il a acheté un bout de terrain au bord de la rivière
Song, après avoir soigneusement étudié le succès
de Chiang Mai (Thaïlande). Aujourd'hui, il roule dans un
coupé Mercedes 190 SL décapotable immaculé
(1956), dont il importe les pièces détachées
d'Allemagne. La terrasse de son établissement offre la plus
belle vue de la ville. A l'heure de l'apéritif (plutôt
17h30 que 19h00), toutes les classes de touristes s'y retrouvent
pour admirer le couchant derrière les montagnes, observer
le va-et-vient des habitants, camions, tracteurs, troupeaux de bufs,
porteurs en tous genres, qui traversent la rivière. Le
petit pont de bambou est payant. Beaucoup préfèrent
donc retrousser le bas de leur pantalon et se mouiller les pieds.
Le spectacle est si parfait, l'environnement à ce point grandiose,
qu'on se croirait devant une représentation.
De
l'autre côté de la rivière, les paysages ressemblent
à ceux de Hoa Lu, de Tam Coc (Vietnam) ou de la baie d'Halong.
Il fait bon flâner à vélo au pied des éperons
rocheux creuses de cavernes, dont les sommets accrochent le
ciel bas.
Si vous êtes attiré par l'humidité, les murs
suintants, les passages obscurs, les grottes de Vang Vieng sont
faites pour vous. A l'entrée, personne ne vous prévient
qu'il faudra parfois ramper sur plus de dix mètres, sans
autre horizon que les semelles de caoutchouc du guide, qui a tôt
fait de vous planter là, dans une quasi-obscurité,
entre l'avant-crise de claustro et le fou rire. Au détour
d'un passage, la température chute parfois de plusieurs degrés.
Puis on débouche sur une salle plus vaste, où l'on
peut reprendre son souffle et contempler à son aise les curieuses
excroissances qui tapissent les parois. Stalactites, tentacules,
roses des sables, chairs nécrosées, éléphantiasis,
vaisseaux sanguins, mirhabs de pierre... L'imagination galope à
la lumière des torches. Cela brille, parait vivre, c'est
un peu dégoûtant.
La
grotte la plus belle, majestueuse, titanesque celle-ci, abrite un
Bouddha couche. Une parcelle de paradis s'est nichée à
ses pieds. Il s'agit d'une petite rivière, à l'eau
cristalline et glacée, d'un bleu surnaturel. De petits Mowglis
laotiens s'y jettent depuis les branches d'un arbre, tandis que
les quelques visiteurs boivent une bière ou fument un joint.
Sur le chemin du retour, avec un peu de chance, vous pourrez croiser
un petit éléphant d'Asie aux oreilles mouchetées
de rose, rentrant du labeur, suprêmement indifférent
aux regards émerveillés du cycliste occidental.
Le
soir, les rencontres sont faciles. On dîne entre Canadiens
de Vancouver, Québécois, Suisses, Hollandais, Australiens
ou Français. Le Laos rend les gens plus doux.
Très
bientôt, un mot de Luang Prabang, où l'on fait des
rencontres inattendues.
Cyrille
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