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Delhi, le vendredi 25 août
Attention,
sujet casse-gueule ! On a tant et tout dit sur ce pays. En voila
encore un qui va nous parler de "son" Inde !
A
trois quarts d'heure du Pakistan, Amritsar permet une introduction
en douceur. Démentant son passé violent, la ville
sainte des Sikhs offre une atmosphère paisible et relaxante.
Au centre du Temple d'Or, un sanctuaire. Au centre du sanctuaire,
le plus grand des gurus : pas un homme, mais un livre, le Granth.
Vénéré comme un dieu, éventé
en permanence, il est transporté sur une chasse portée
par des Sikhs d'élite. Autour du sanctuaire, le bassin rempli
du Divin nectar. Des familles entières y font leurs ablutions
rituelles. Le tout est ceinturé par une promenade de marbre
où glissent de merveilleux saris.
Le
plus frappant dans le Temple d'or, ce ne sont ni le marbre et l'or,
ni les turbans et les dagues des hommes, ni même la beauté
surnaturelle des femmes, c'est la joie tranquille et l'humilité
des fidèles. Hypnotique, la musique sacrée - en
fait des strophes chantées du Granth - rythme doucement la
promenade. Au milieu de tant de beauté, un jeune homme
de 18 ans, déjà désenchanté, raconte
pourtant la corruption publique ("du simple fonctionnaire au
Premier ministre") et les difficultés quotidiennes.
Pas
plus dissemblables qu'Amritsar et Delhi. Comme une ouverture
d'opéra, la capitale indienne introduit tous les thèmes
(et les contradictions) de l'action à venir : le sublime
et l'obscène, le moderne et l'archaïque, la misère
et l'opulence, le romanesque et le trivial. Avec le désordre
pour leitmotive.
Mon
hôtel de la vieille ville me replonge au Pakistan. Le City
Palace Hotel ("a home of palatial comfort", sic) fait
face à Jama Masjid, la glorieuse mosquée laissée
par Shah Jahan. Tout autour, des enseignes en urdu, la ronde
des rickshaws, les ruelles, les bazars, les gargotes et une majorité
d'hommes. Des moutons nourris aux ordures campent sur l'un des escaliers
monumentaux de la plus grande mosquée indienne. Au pied des
marches, côté est, c'est la Cour des miracles. Trois
jours à Delhi et je ne compte déjà plus les
sans-toits, les paralytiques, les corps déformés,
membres rachitiques ou hypertrophies, doigts rongés par la
lèpre. Le blindage se met en place, sûrement, honteusement.
Il y a tellement de miséreux qu'on ne les voit plus.
Cinq
cents mètres plus loin, le quartier musulman se dissout
dans la circulation automobile. Sous un banian, une télévision
diffuse tous les soirs une comédie musicale. Encore quelques
pas et l'on est accueilli dans un temple krishnaïte par...
une touche de rouge sur le front et un bracelet assorti au poignet.
Le 23 août, c'était Janmashtami, l'anniversaire de
Krishna. L'incarnation majeure de Vishnu, chargée de porter
le message de la "Délivrance", est vénérée
par des millions d'Indiens (parmi d'autres hauts faits plus
nobles, j'aime assez l'épisode dans lequel il possède
simultanément 1000 bergères ; on lui prête également
16.000 épouses et 180.000 enfants).
Impossible
de ne pas transiter tôt ou tard par les colonnades de Connaught
Place, riche et aseptisée. Dans les fast-foods à la
mode, même les Indiens se parlent en anglais. Plus au sud,
on débouche sur la très officielle Rajpath, les Champs-Elysées
locaux terminés par l'arc de "l'India Gate".
A l'autre extrémité, on bute sur les bâtiments
néo-classiques de la présidence et du Parlement, pompeux
legs britannique.
Pour
tenter de mettre un peu d'ordre dans tout cela, j'achète
les quotidiens anglophones, comme le "Times of India".
Mais la lecture des faits divers est terrifiante. L'édito
du 24 août se penche sur la Semaine de la mode, qui vient
de s'achever à Delhi. Un autre article ironise sur l'émergence
du marketing religieux : à l'occasion de Janmashtami, des
confiseries de luxe avaient concocté des "Brij ki mithai"
allégés en calories. Les K7 de "musique Krishna"
avaient fleuri dans les bacs des disquaires. Le Kashmir, ici
aussi, domine l'actualité internationale (ou domestique,
c'est selon). Pakistan-Inde, même culture, entend-on pourtant
ici et là, à Delhi et dans le Penjab.
Quand
le trop-plein menace, je trouve refuge sur le toit de l'hôtel.
En bas, le grand bin's. Là-haut, les cerfs-volants comme
des poissons dans une mer inversée, la vue sur les coupoles
de marbre de la mosquée, des écureuils, des singes
qui sautent de toit en toit et les plus beaux couchers de soleil
depuis la Birmanie.
Demain,
la grande Alice se joint à moi. J'aurai deux paires d'yeux
pour découvrir l'Inde et pas une de trop.
Cyrille
PS
: prochaines étapes, l'Himachal Pradesh, puis le Ladakh (entre
Himalaya et Karakorum)
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