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BANGKOK - JEUDI 24 FEVRIER 2000
Policés
les Thaïlandais ? Il faut se mêler aux spectateurs de
boxe thaï pour entrevoir la passion dont ils sont capables.
Mercredi
soir. Rajdamern Stadium, l'un des deux sanctuaires de la boxe
thaï (ou Muay Thaï) a Bangkok. Les matchs ont lieu quatre
fois par semaine. Pour 1000, 440 (environ 75 FF) ou 220 bath,
on peut s'offrir trois à quatre heures d'un spectacle détonnant.
Alors tout le monde pieds nus et enfilez vos gants !
Les
règles sont simples. Deux combattants, cinq reprises de trois
minutes, séparées par des pauses de deux minutes.
En apparence, tous les coups sont permis : coups de poing, de
pied, de coude et de genou. Gare aux jambes et à l'abdomen,
mais plus encore aux côtes et au visage !
La
rudesse du combat n'a d'égal que la grâce du rituel
qui le précède. Les boxeurs s'avancent sur le ring,
un collier de fleurs autour du cou. Le serre-tête indique
l'école à laquelle ils appartiennent. Les combattants
saluent le public, puis font le tour du ring, en s'inclinant à
chaque coin. Ensuite, ils s'agenouillent et récitent une
courte prière. Enfin, c'est la danse proprement dite,
propre à chaque école. Les mouvements sont rythmés
par quatre percussionnistes et un flûtiste, assis dans la
tribune.
Premier
round : la grâce persiste. Difficile de nier la beauté
de ces gestes suspendus. Un pied au sol, l'autre jambe déjà
levée, prête à se détendre, deux, trois
fois, sans reprendre appui. Le boxeur ressemble à un insecte
délicat. Seconde reprise, le rythme s'accélère.
Ensuite, c'est coup pour coup. Dans les tribunes, on n'entend
plus que les vociférations des parieurs et le battement des
tambours. Sur les neuf matchs regardés hier, trois se
sont soldés par un KO. Une moyenne élevée pour
des hommes qui dépassent exceptionnellement 60 kilos. Pas
étonnant que la boxe thaïlandaise ait été
interdite dans les années 20, avant d'être codifiée
sur le ring dix ans plus tard. Trop dangereuse. Parfois fatale.
Comme
pour me purifier de mes mauvais instincts, je suis retourné
voir les Bouddhas du Musée national. Déconcertantes
sculptures. Vous n'entendez rien à la vie du Bouddha Cakyamuni
ou aux religions indiennes ? Alors, au travail. Voilà un
art abstrait, presque exclusivement religieux, anti-naturaliste
et extrêmement codifié. D'où la répétition
des mêmes symboles et motifs depuis deux millénaires.
Je
refais mes gammes avant de quitter Bangkok pour l'est du pays.
Sur le chemin qui mène au sud du Laos, on trouve les plus
beaux temples khmers hors du Cambodge, dans la région la
moins visitée de Thaïlande, l'I-san. C'est de là
que j'espère vous redonner de mes nouvelles.
Cyrille G.
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