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Dimanche 19 mars - Vientiane (Laos)
"Vous
le voulez comment, votre steak ?", me demande le serveur lao
du restaurant Le Safran, comme je prends la commande. Il ne bronche
pas quand je m'excuse d'avoir apporté mon propre vin, un
robuste Costière de Nîmes que j'ai payé 4 dollars
chez un caviste français (le moins cher de ses petites AOC,
tout de même l'équivalent de trois nuits d'hôtel
dans le sud).
Depuis
trois soirs, je mange, je bois, italien ou français. Par
esprit de contradiction, par goût, parce que l'occasion
ne se représentera plus avant longtemps, des semaines (Beijing
?).
Croissants dominicaux, café noir, pâté de
canard au poivre vert, steak sauce moutarde (vraiment saignant),
frites... Le déjeuner reste lao : riz gluant, saucisses
au gingembre, salade de buf cru a la citronnelle... A Vientiane,
capitale du Laos (170 000 habitants), c'est le ventre qui commande.
Il faut dire que le week-end, il n'y a pas grand chose à
faire. On peut même dire qu'on s'ennuie. Les larges avenues
sont vides comme le ciel qui les surplombe. Le ciel de printemps,
le ciel à l'infini, si bleu qu'il en parait gris. Les commerces,
les administrations : fermés. Les temples ? Je les ai
vus hier ; des temples rénovés, rebâtis, restaurés,
cimentés avec plus ou moins de bonheur par les Français,
au début du siècle, bien après le saccage de
la ville par les Siamois, en 1816. Dans le quartier chinois,
le cinéma n'est plus qu'une façade, au pied de laquelle
siègent les marchands de Pho (soupe de nouilles). Envolés
l'écran, les sièges, la salle se trouve à ciel
ouvert. Faute d'autre référence, c'est le quartier
de Gueliz, à Marrakech, qui me vient à l'esprit.
Ou
voulez-vous manger ? A la Terrasse ? au Provençal ? au Vendôme
? au Croissant d'or ? ou bien à l'Opéra ? au Stivale
? (deux Italiens chics). Depuis Savannakhet, j'ai l'impression
persistante de faire retraité dans le Midi. Pas celui,
noctambule et parisien, de Saint-Tropez. Mais le Midi des villas
fatiguées, des herbes folles et sèches, des volets
de bois fermés sur la fraîcheur des maisons, des cigales
assourdissantes. Le Mékong est bordé d'une authentique
promenade, où l'on se donne rendez-vous à partir de
17h00 pour admirer le coucher du soleil. Le "Sunset"
est très couru. Non que l'astre y soit plus écarlate
qu'ailleurs, mais on peut accompagner sa bière lao de nems,
ou de cailles rôties, pour que la tête tourne moins.
Le Pathet Lao, ou ce qu'on en voit, siège dans les maisons
bourgeoises de l'ancien occupant.
J'en
connais qui sont la depuis une semaine. Des Québécois
surtout. En fait, je préfère Savannakhet (environ
470 km plus au sud) ou Thakhek (330 km) et leur décor intimiste
à la "Jour de fête". Même au Vietnam,
on ne trouve pas, hormis à Hanoi, une telle concentration
de maisons françaises.
Voila
le Vientiane que je me suis bâti. Aussi trompeur qu'un autre.
A coté des Mercedes 190, des Renault 6 et des Dauphines,
on croise des 4X4 Suzuki et Toyota tout neufs, des jeunes gens portant
portables. La Thaïlande va bouffer ce pays tout cru. Dans
mon tableau démodé, les backpackers font tache. Je
les retrouverai pourtant demain à Vang Vieng, sur la route
de Luang Prabang. J'y patienterai quelques jours au milieu des rizières
et des montagnes, pendant la préparation de mon visa chinois.
PS
: informations pratiques. Je retournerai à Vientiane le jeudi
23 mars, puis partirai le lendemain pour Luang Prabang. Ensuite,
séjour de deux à trois semaines dans le Nord, avant
le passage de la frontière chinoise à Boten. Si j'arrive
à dénicher un LP "China" d'ici là
auprès d'un voyageur effectuant le trajet en sens inverse.
Cyrille
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