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19 février 2000 - BANGKOK
"Hey
hippie, get a wash! Now on Khao San Road", proclame une pub
thaïlandaise pour shampooing. A Bangkok, on sait se moquer
gentiment des backpackers pas propres.
Back
to Bangkok depuis le 18 février. Et retour vers le XXIe siècle.
La Birmanie, c'est d'abord un voyage dans le temps. Quelque part
entre le début du siècle et les années 60.
Chars à buf, absence quasi totale de machinisme agricole,
vie nocturne inexistante, y compris à Yangon {Rangoon}.
La liste serait longue. Je ne pourrai pas raconter 6 semaines en
10 lignes. Cela viendra par bouffées, infuser mes prochains
échos.
Pour
le moment, j'ai la tête pleine de Bangkok. Depuis quelques
jours déjà. Envie de cuisine thaïlandaise, peut-être
la meilleure d'Asie : coriandre, curry vert, citronnelle, piment...
Envie de cuisine italienne aussi. Besoin de faire du shopping,
de voir un film ou deux. Le choc se produit dès l'aéroport
Don Muang. Depuis quand n'ai-je pas vu une jolie fille en jupe courte
? La chaleur, je m'y attendais. Entre mon arrivée à
Yangon, le 11 janvier, et mon départ, hier, le mercure a
gagné quelques degrés. Plus besoin de polaire pour
dormir, comme à Hsipaw {1500 mètres d'altitude}. La
vraie saison chaude, ce sera à partir de mars et surtout
d'avril. Toutefois, il ne faut pas espérer marcher plus de
15 minutes dans les rues de la capitale. D'ailleurs, les dimensions
de Bangkok sont inhumaines.
Comme
tout le monde, on commence par choisir une piaule près
de KHAO SAN ROAD. Les backpackers du monde entier s'y donnent
rendez-vous depuis trente ans. C'est une enclave occidentale
dans la Cité des anges {le vrai nom de Bangkok}. Agences
de voyage, crêpes a la banane, colifichets, frusques délavées,
bars vidéo, bouquins d'occasion... On y croise les derniers
survivants du flower power. Ou les ravers des full-moon parties.
Insupportable selon les uns. Fascinant pour les autres. Lieu emblématique
de la génération du Crowded Planet et point de départ
oblige de "The Beach" {"Khao San Road was a backpackers
land"}. Le bouquin se passe de mains en mains. Le film a été
tourne du côté des Phi Phi Islands. Virginie Ledoyen
va devenir la Française la plus populaire du monde. Plus
que Sophie Marceau avec James Bond.
Apres
Yangon et ses airs de petite Inde {beaucoup de Tamouls, Pakis, Bengladeshis},
le vrai choc, ce sont les centres commerciaux de SIAM SQUARE. Habitat,
Georges Rech, DKNY, Armani : les mêmes qu'en Europe, mais
dans un écrin de verre et d'acier climatisé. Au-dehors,
c'est l'enfer motorisé. Sous le métro aérien
récemment inauguré, des motards piquent des accélérations
sidérantes dans une circulation démente. Bus de tous
styles, samlors {scooters a 3 roues avec banquette à l'arrière},
voitures. Comme toujours, on a le choix entre un moyen de locomotion
privatif [une douzaine de francs en taxi} ou plus... tassé,
pour quelques centimes. Le plus amusant à Bangkok, c'est
encore le bateau. Pour 6 baths {1 FF}, on peut circuler sur le
grand fleuve thaïlandais, la Menam Chao Phraya, entre temples
vénérés, hôtels de luxe [Oriental Plazza...]
et taudis sur pilotis. Les fleuves, leur seul nom me fait rêver
: l'Irraouadi, la Salouen, le Mekong, le Fleuve Rouge. Toutes les
grandes civilisations d'Asie du Sud-Est - Birmans, Thaïs, Khmers,
Lao, Viets - se sont bâties autour des fleuves.
Bon,
pour ceux qui connaissent Bangkok, je radote un peu. Plus prosaïquement,
c'est ici qu'on peut enfin relever son courrier postal et électronique,
refaire le plein de produits introuvables ailleurs, ramasser son
visa laotien. Ou faire redresser les branches de mes lunettes,
déformées en jouant au volley avec les pêcheurs
de Ngapali Beach. Ngapali, j'ai bien failli me laisser piéger
quelques jours de plus. Dix films diapos à découvrir.
Chaque
fois, on croit avoir capturé un peu d'Asie dans quelques
lignes difficilement accouchées {QWERTY a dit "merde
à la ponctuation"}. MAIS LA REALITE DEBORDE. Elle
vous saisit au détour d'une rue, après un dîner
ou l'on se réjouissait d'avoir enfin pu assimiler un peu
les impressions du jour écoulé. Hier, au détour
d'une rue donc, un écran géant qui barre toute la
largeur de la chaussée. Des dizaines de gens sont accroupis
là derrière, ou assis sur des nattes. Le son est assourdissant.
Un film d'action tonitruant : Sandra Bullock sur un scooter des
mers, échappant à un dragon dans une cité engloutie.
Dialogues en Thaï. Apres un moment de stupeur, je découvre
les haut-parleurs et surtout le projecteur. Un véritable
projecteur de cinéma, baigné d'un halo jaune, qui
fume comme s'il allait s'enflammer à tout instant. Le
spectacle est violent, le film s'attirerait les sarcasmes de la
critique cultivée. Mais la magie agit. Parce que la vie s'est
arrêtée dans cette rue, que tous les regards sont braqués
sur l'écran, que le spectacle profite aux plus humbles.
La
Prasuri GH se trouve un peu à l'écart de KSR. Bonne
ambiance, un peu bruyante le soir quand les fillettes s'avisent
de reprendre les chansons du juke-box à tue-tête. Les
Asiatiques, à qui la nature a légué certains
paysages parmi les plus sereins du monde, ont le génie du
bruit. Leurs oreilles sont conformées de manière différente,
voyez-vous ?
Je
parle, je parle, et j'oublie de remercier celles et ceux, parents
et ami{e}s qui m'ont écrit : Dinni, Apo, Tata Gorgonzola,
Isabi, Valerie L, Irene, ..., sans oublier mes chers parents et
les autres non cités. Continuez, cela me fait TRES PLAISIR.
J'ai a priori tout reçu.
A bientôt,
Cyrille
le gecko
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