|
SAMEDI 15 AVRIL - KUNMIMG, CHINE
C'était
une jolie manière de clore trois mois passés en Asie
du sud-est que de se poser aux environs de Muang Sing, aux confins
du Laos et de la Birmanie, à 2 km de la Chine. Dans cette
région du monde, la carte dessine des raccourcis saisissants.
Petit
retour en arrière. De Luang Prabang à la Chine,
la rivière Nam Ou se ménage un chemin à travers
les montagnes du Nord-Est, au milieu de forêts datant
des premiers âges. Tour à tour paisible, sauvage, encaissée,
majestueuse, elle relie les villages, nourrit les orpailleuses
et les pêcheurs à l'épervier, occupe les enfants.
Trois
jours de bateau pour remonter jusqu'à Phongsali, en faisant
des étapes de 36 heures entre chaque trajet pour marcher
dans les environs. Nong Khiaw : un pannonceau montre des reproductions
de mines, de bombes et autres engins meurtriers que les villageois
pourraient rencontrer dans les environs. Le fût d'un obus
étaie le pilier d'une maison voisine. Qui sait que le Laos
est le pays le plus bombardé de l'histoire de la guerre aérienne
?
Muang
Khoua, débouche de la route du Vietnam (Dien Bien,
70 km) : petit port encerclé par les montagnes, pont suspendu
sur la rivière, paysages grandioses.
Hat
Sa, fin du monde connu ou nouvel age ? Piaule à 4000
kips (4 FF), la terre pour plancher, pas d'eau, pas de courant.
A l'aube, on se nettoie dans la rivière, sans oser croire
à son bonheur.
Phongsali,
ville fantôme, ville frontière, bâtisses administratives
inoccupées, boutiques en bois, murs en torchis. Le Phongsali
hôtel, pièce montée de quatre étages
plantée à l'entrée d'une rue d'un autre temps,
abrite presque exclusivement les ouvriers chinois employés
à la construction des routes. Un autre établissement
occupe les baraquements d'une ancienne caserne française,
bâtie sur un surplomb à la vue imprenable (avant
de signer en 1885 un traité de paix avec la France, par lequel
elle renonçait à ses prétentions sur le Laos
et le Tonkin, la Chine en fit voir de belles aux aventuriers et
militaires français).
A 17
heures de route (et quelle route) de Phongsali, voici Muang Sing.
Terrain plat. Vacances à la ferme. Des potron-minets, les
marchandes de bracelets et de châles campent sur notre terrasse,
au bord des champs. Leur rire fuse à travers les murs
en bambou. Dans leurs extraordinaires costumes, hommes et femmes
de toutes les tribus voisines se retrouvent au marché, de
l'aube jusqu'à 8h00. Les environs regorgent de villages
Yao ou Akha, où les femmes vont dépoitraillées,
où la pipe d'opium vaut trois fois moins cher qu'une bière.
Les terrasses des maisons sont couvertes de sacs de coton... ou
de pavot. La résine noire au goût de racine a tendu
la peau des joues des hommes, des hommes sans age qui ne reviennent
que le soir.
Boten,
seul moyen d'accès terrestre vers la Chine ouvert aux
étrangers. Je m'y suis présenté le 12 avril,
sous une pluie battante, plus tendu qu'un jour d'examen. La Chine.
La CHINE. Depuis le départ, le début à mes
yeux du VRAI voyage et, en quelques minutes à peine, le choc
le plus VIOLENT des 14 semaines écoulées. Je ne
connais aucun autre pays auquel l'école ou les journaux vous
préparent si mal. De la splendeur des paysages du Xishuangbana
au modernisme des villes, tout me sidère, me retourne, me
subjugue.
Jinghong,
13 avril. C'est le Nouvel an bouddhique, la Fête de l'eau.
Des centaines d'élégantes paradent dans toute la
ville, moulées dans des robes éclatantes, maquillées
comme des poupées, les sourcils redessinés, le chignon
extravagant sous l'ombrelle de papier de riz. Pardon, je renonce
à raconter maintenant mes premiers jours, celui-ci comme
les autres. Je déborde.
A bientôt,
depuis Dali probablement.
Cyrille
PS
; merci de tout cur pour vos mails. Malheureusement, je ne
peux pas y répondre individuellement car les temps d'accès
à Internet sont très longs.
|
|
Retourner
au sommaire
|
|
| ©Cyrille
Gibot - Tous droits réservés - Interdiction de
reproduction sans l'autorisation de l'auteur. |
|