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PANAJI,
GOA, 13 novembre 2000
"L'INDE DE MES REVES"
Udaipur.
La cité "la plus romantique" du Rajasthan,
répètent inlassablement les guides touristiques. Et
la plus frelatée, devraient-ils ajouter. Ce qui ne veut
pas rien dire dans un pays comme l'Inde. "Octopussy",
un James Bond poussif, y a été tourné. L'agent
007, qui s'y connaît en kitsch, se vautre dans les draps de
soie du "Lake Palace Hotel", échappe aux crocodiles
du lac Pichola et navigue sur une galère propulsée
par des guerrières en bikini (la barge rouge et bleue amarrée
auprès de l'île Jagniwas, c'est elle !).
Autant
dire qu'aujourd'hui, Udaipur c'est beaucoup moins rigolo. Après
avoir fait la queue au guichet du City Palace puis piétiné
dans ses couloirs bondés, l'agent secret pourrait se restaurer
à la "German bakery", avant de faire un tour au
"Tibetan Market". En mal de lecture, il se délectera
des uvres de John Grisham, Robin Cook et Sydney Sheldon en
vente dans les librairies locales. Le soir, il visionnera le film
de ses aventures sur le toit de l'une des quelques quarante guesthouses
(pardon à celles que j'oublie !). Le tout sans voir un Indien
bien sur.
Le
romantisme, autant le chercher ailleurs ! Dans le Golfe de Kutch,
par exemple, petite anse ouverte sur la mer d'Oman, à l'extrémité
occidentale de l'Inde. Les flamands rose, amateurs d'endroits
déserts, en ont fait leur lieu de reproduction privilégié.
Avant
de succomber à la concurrence de Bombay, Mandvi était
le principal débouché maritime du Rajasthan. Un
comptoir d'où appareillaient les navires chargés de
tissus et de noix de bétel à destination de Malabar
ou de l'Arabie. Les maisons de commerce témoignent encore
de ce passé glorieux. Tous les matins, les lourdes portes
de bois s'ouvrent sur des amoncellements de sacs de jute, que des
hommes en dhotti blanc hissent à grand-peine sur des carrioles
mues par des chameaux. Mais les produits de luxe ont été
remplacés par les matières pondéreuses. Et
les derniers bateaux restent hors de vue, masqués par les
bâtiments de la douane de mer, fermée au public. Il
faut se rabattre sur les façades chaulées de la vieille
ville, dont les ruelles tortueuses évoquent davantage l'Afrique
du Nord que l'Inde des maharadjahs.
Aujourd'hui,
Mandvi mise plutôt sur sa longue plage. Sa propreté,
la douceur de l'eau et l'absence de vagues ont tout pour séduire
les familles. On slalome entre les noix de coco vides, en déclinant
l'offre des chameliers, sous le regard hautain des éoliennes.
Au loin tremblote la silhouette du palais d'été (1927)
d'un prince oublié.
La
jeune station balnéaire est cependant loin d'avoir gagne
son pari. La clientèle indienne lui préfère
Diu ou Daman, enclaves alcoolisés au pays de la prohibition.
Bien que situées sur le territoire du Gujarat - Etat "sobre"
- ces anciennes cités portugaises appartiennent en effet
à l'Union indienne, qui ne crache pas sur un verre de temps
en temps. En attendant, Mandvi coule encore des jours tranquilles,
pour la plus grande joie des rares étrangers. A eux les trois
hôtels, les deux restaurants et les vieilles "Ambassadors"
!
(...)
J'avais juré de ne pas mettre les pieds à Goa,
paradis perdu qui s'épuise à réinventer sa
propre légende pour renouveler la clientèle. Goa,
c'est l'Inde facile. Influence européenne, femmes en jupe,
églises toutes blanches (la population compte un tiers de
Chrétiens), plages et cocotiers. Même les vendeurs
à la sauvette paraissent réservés. Au restaurant,
les cartes mettent l'eau à la bouche : "pomfret"
(rien à voir avec le plat national belge, c'est un poisson
appelé castagnole), "red snapper" (vivaneau), "tiger
prawns" (gambas), balchao de poisson, homard à petit
prix. Le vin blanc est sucré comme une chanson indienne.
Le vin rouge fait penser au porto. La bouteille du meilleur Porto
de Goa ne coûte pas 20 FF. J'avais tort. C'est très
bien, Goa ! C'est même beau !
12
novembre : première "full moon party" officielle
de la saison, sur la plage d'Anjuna, au nord de Goa. Un bon
Dj, des annonces dans la presse locale, mais pas plus de 250 participants
selon les forces de l'ordre. Cela fait penser aux estimations de
la Préfecture de police, lors des rassemblements du 1er mai.
14
novembre : le jour anniversaire de la mort de Nehru (le premier
Premier ministre indien) a été décrété
Journée de l'Enfance. Exemple de manifestation, relevé
dans le "Herald", quotidien anglophone de Goa : un concours
d'éloquence pour les 11-14 ans. Parmi les thèmes au
choix : "l'Inde de mes rêves" et "Les leçons
de Kargil" (théâtre d'affrontements indo-pakistanais
en 1997-98). Les Indiens adorent se poser de grandes questions éthiques.
Pendant ce temps, dix-sept millions de gosses (selon l'estimation
la plus répandue) s'échinent pour un salaire de misère
dans les rues, les halls de gare, les garages et les gargotes.
(...)
Ses jeunes admiratrices sont inconsolables. Hrithik Roshan, la megastar
de Bollywood, va convoler en justes noces avec une actrice à
peine connue. L'inoubliable interprète de "Mission Kashmir"
(comédie musicale sur fond de conflit armé) et de
"X-Men" (les mutants d'Hollywood) est beaucoup trop jeune,
se plaignent-elles en chur dans les journaux. L'acteur reçoit
2000 mails par jour, mais n'en démord pas.
Départ
ce jour pour Palolem, au sud de Goa. Inde ou pas, désormais
peu importe ! C'est juste une plage de rêve.
Cyrille
Gibot
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