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Savannakhet, sud du Laos, mardi 14 mars
Sabaydee,
En
France, c'est peut-être déjà le printemps. Au
Laos, c'est la saison sèche, la plus chaude de l'année
: 30 ou 31 degrés à 22h00, sur la terrasse d'un restaurant,
c'est ce que l'on pouvait enregistrer voila une semaine, à
Champassak, au sud de Pakse. Il fait chaud, nos vêtements
sont poussiéreux, le palu est peut-être le plus résistant
d'Asie, mais le sud du Laos est FORMIDABLE.
Siphandone,
littéralement les Quatre (sip) mille (phan) îles (don)
: un chapelet d'îles tropicales, à l'extrême
sud du pays. Les plus célèbres s'appellent don Khong,
don Det ou Don Khon. Sur cette dernière, les Français
ont bâti l'unique voie ferrée du Laos, il y a plus
d'un siècle. Les rails ont disparu, mais la locomotive est
encore là, dans le jardin d'un nonagénaire qui
à tout oublié de la langue de Molière. La machine
ne fonctionne plus depuis 1910. Le chemin de fer était destiné
à contourner les rapides. C'est qu'ici le Mékong
n'est plus navigable. Trop de rochers et de rapides. C'est là
que les derniers dauphins d'eau douce, ou dauphins d'Irraouadi,
ont trouvé refuge. De ces drôles de mammifères,
je n'ai aperçu que les nageoires luisantes, depuis un minuscule
îlot battu par le courant. Je n'ai pas soufflé mot.
Car derrière les dauphins, il y avait les collines du Cambodge,
la jungle impénétrable et le ciel fantasque d'une
fin d'après-midi d'orage. Pour revenir au village, les
longues-queues doivent remonter le courant, lutter contre les eaux
grasses et opaques du grand fleuve.
Le
village de Ban Khone retient prisonniers tous les voyageurs qui
vont jusque là. Chambres à 10 francs sur le fleuve,
hamac compris, cocotiers, bananiers et rizières, lao-lao
pour les alcooliques (et les autres), baguettes ou gaufres pour
le petit-déjeuner. Et le sourire des habitants. Mme Viengxay,
l'institutrice, se plaint de l'absentéisme de ses élèves
de cinquième. Les élèves s'entassent à
trois ou quatre derrière les pupitres étroits, face
au sévère tableau noir. L'école se tient
tous les matins sous les arcades noircies d'une ancienne... caserne
française, qui a plutôt l'air d'une villa coloniale.
Il y en des dizaines d'autres un peu partout. Toutes plus charmantes
les unes que les autres. Sur la route qui nous ramené à
Pakse (20000 hab), nous croisons un tas de braises. C'est le corps
d'une femme décédée la veille d'un accident
de la route. La famille l'a incinérée sur place.
Ce
soir, j'ai bu un Ricard et un verre de vin rouge madérisé,
en discutant avec un expat finnois d'une cinquantaine d'années,
qui enseigne sa langue maternelle dans l'école finnoise de
Savannakhet : deux élèves. Lui, il est foutu pour
le retour, c'est sur. Et si je n'y prends garde, moi aussi... Allez,
je plaisante.
A bientôt
depuis Vientiane, capitale de la province du Laos.
Cyrille
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