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SAMEDI 13 MAI 2000 - CHENGDU

Du 1er au 7 mai, toute la Chine était en vacances. Nous aussi. Alors il a fallu faire comme tout le monde, jouer des coudes et parler fort pour trouver des places dans les bus et des chambres où dormir.

Mardi 2 mai. Pauvre Bouddha géant de LESHAN (71 mètres de haut). Une grosse tête carrée qui n'ose pas sourire ; un regard condescendant sur les milliers de touristes chinois. On ne peut plus s'asseoir sur les orteils de 8,50 mètres de long, comme sur la photo de François Bon. Vite, fuir...

Le soir, à EMEI, les trois premiers "binguan" sont complets. Impossible de dénicher une chambre à moins de 380 francs. Dans un hall d'hôtel, une bonne âme vient à notre secours. Nous dormirons finalement dans le bureau de la direction, soigneusement balayé puis meublé avec les canapés du hall, recouverts pour l'occasion de draps frais et d'une couette fleurie. L'une de nos plus belles chambres.

Nuit suivante à bord du bus-couchettes pour Kangding, début de la route du Tibet (ouest du Sichuan). Départ de Chengdu à 16h00, arrivée prévue vers 6h00. Vers 23h00, le bus s'arrête pour une raison indéterminée, entre montagne et torrent, sous un ciel piqué d'étoiles. Le grondement de l'eau m'endort. Le lendemain, à l'heure dite, nous ne sommes pas à Kangding ; le bus n'a pas bougé, dans l'attente de l'ouverture du col d'Erlangshan. Qu'importe ! La route est encore plus belle de jour.

KANGDING (2.500 mètres d'altitude). La présence menaçante du Gonggashan (7556 m), la brume nocturne, le thé beurré, des hommes à la peau brune et aux dents dorées, le rouge aux pommettes des enfants, les robes cassis et safran des moines, les lamaseries, les yaks dans les rues... Le Tibet n'est pas loin. Apres cinq tentatives infructueuses dans le centre-ville, nous échouons dans un rectangle de béton humide et glacé au-dessus de la rivière : l'hôtel de la gare routière. Un dortoir de quatre lits pour nous deux. Les toilettes sont un poème chinois. L'unique robinet de l'étage dispense une eau glacée à vous engourdir les doigts : l'eau de la rivière Zhepuo. Le savon lui résiste, la consistance en est vaguement huileuse. Un peu en amont, les cadavres de plusieurs cochons sont échoués sur les rochers.

MOXI. Porte d'entrée du parc du glacier Hailuogou. Arrivée en début d'après-midi. Un hôtel est encore vide. Marchandage serré pour obtenir une chambre à un lit (dans les hôtels bon marché, les étrangers paient souvent les lits qu'ils n'occupent pas). Salle de bain à haut risque. Pour prendre une douche, attendre que la cuve métallique se remplisse d'eau. Ensuite, brancher la résistance électrique placée au fond de la cuve. Enfin, tourner l'un des deux robinets de douche placés au-dessus de votre tête. Celui en plastique, pas le métallique, ou c'est la décharge (légère). Eviter naturellement de tremper le pied dans les toilettes à la turque, opportunément placées sous le filet d'eau. Le port de "tongs" est vivement recommandé.

PARC NATIONAL DU GLACIER HAILUOGOU. Quatre jours de randonnée dans un cadre grandiose, face aux neiges éternelles du Gonggashan et de ses rejetons, tous à plus de 6000 m. Rhododendrons en fleur, forêts de conte de fées, troncs distordus, essences mystérieuses, cascades encaissées, papillons et oiseaux à longue queue... Premier gîte : une épreuve de patience et de self-control. Ici, on n'aime pas les étrangers. Le restaurant ne sert ni à manger, ni à boire, pas même un verre de thé (en Chine !). Ce n'est pas si mauvais, la soupe de nouilles déshydratée. Camp 3 : des baraquements tout frais, tout propres, à une heure de marche du glacier. Camp 2 : le luxe inouï des sources chaudes. On se baigne jusque dans la nuit, en extérieur, dans des bassins arrondis par le calcaire, au milieu des pins et des montagnes.

La beauté ne s'attrape pas en courant. Le parc national du Gonggashan se mérite : 22 heures de bus à l'aller depuis Chengdu, près de deux jours au retour, en comptant les changements de véhicules et l'arrêt d'une nuit à Wusihe, dans l'attente d'un train que nous nous entendions à louper. Dans tous les pays du monde, les hôtels de gares ferroviaires ont une solide réputation d'établissements à éviter. Pas celui de Wusihe. Passé la première approche - une sordide ruelle humide - on y trouve de coquettes chambres doubles meublées pour 30 francs. Les petits hommes verts du BSP (la police) ont bien fait une descente sur le coup de 11h00, mais nos visas étaient en règle. On s'ennuie tellement à Wusihe.

J'ai trop aimé les montagnes de l'ouest du Sichuan. Je vais maintenant goûter à celles du nord, en direction des steppes et des lamaseries de Xiahe. Temporairement seul et un peu triste, mais nous avons fait un beau rêve indien.

Prochain mail dans dix a quinze jours, probablement depuis Lanzhou, capitale de la province du Gansi.

Cyrille

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