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URUMQUI,
XINJIANG, samedi 10 juin 2000
Deux
semaines que la Chine me filait entre les doigts. Lanzhou-Pekin
: vingt-neuf heures de train à travers le Gansu, le Ningxia,
la Mongolie intérieure, le Shanxi et le Hebei. Des terrasses
desséchées, du sable, des terres arides, des maisons
en pise. Rien pour accrocher le regard.
A Beijing,
municipalité vaste comme la Belgique, on s'épuise
à parcourir les avenues démesurées qui s'ordonnent
autour d'un centre trop vaste pour paraître jamais peuplé
- Tiananmen et la Cité interdite. Cependant, la capitale
n'est plus cette grise vitrine de l'architecture soviétique
qu'on se représente encore à l'Ouest, mais une métropole
qui brûle les étapes, rasant vieux marchés
et ruelles populaires pour paraître plus propre, plus riche
que ses grandes cousines d'Asie. Attention, danger d'aseptisation
! Le séjour aurait manque singulièrement de chaleur
sans l'hospitalité et la disponibilité d'un couple
d'amis français. Beijing défie les clichés,
mais la ville ne s'offre qu'aux plus courageux. Peut-être
une autre fois.
Trois
jours de train ou trois heures d'avion ? Pour gagner le Xinjiang,
j'ai choisi de voler. On glisse sur le désert de Gobi.
Pas si monotone que cela : sous un ciel éternellement clair,
du sable, des sources, des lacs turquoise perdus dans l'immensité
brune et surtout, à l'horizon, une fabuleuse barrière
enneigée.
Le
Xinjiang, à l'extrême nord-ouest de la Chine, c'est
la dernière étape avant le Pakistan. Une étape
grande comme quatre fois la France, mais avec 9 habitants seulement
au kilomètre carré. Désert et montagne.
La chaîne des Tianshan (1,700 km d'est en ouest, 300 km du
nord au sud) coupe grossièrement la province en deux.
Au sud, le désert du Taklamakan, deuxième au monde
par la taille (320,000 kilomètres carrés), n'est plus
la terre maudite que contournaient les marchands de la Route
de la soie. Une autoroute fend les sables du nord au sud, que j'emprunterai
d'ici quelques jours.
Urumqui,
au nord de la province, est l'une des principales villes-carrefour
d'Asie centrale, entre Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Chine et
Pakistan. On y parle le Ouighour presque autant que le mandarin.
Aux frontons des magasins, les caractères arabes doublent
les idéogrammes chinois. Il fait si beau, les étals
de mangues, de pêches et d'abricots fleurissent au pied des
tours de verre. Encore la Chine, mais beaucoup plus relaxante.
Au
bord du lac Tianchi, à 110 km à l'est de la ville,
j'ai pu enfin reprendre pied, fixer mon attention sur un paysage
a mon échelle, retrouver la maîtrise de mon environnement.
J'ai dormi sous une yourte, au pied de l'eau, seul avec une famille
kazakh. Dîner de nouilles aux légumes épicés
et au mouton. Tout le temps d'admirer les 5,450 mètres du
mont Bogda, avant de finir un livre à la lumière
de la bougie. Le matin, quand la brume recouvre les sommets, on
découvre les alpages et la ronde des faucons au-dessus de
l'eau. C'était magnifique.
Prochaine
étape : Kashgar, tout près, tout près, du Pakistan
Amicalement,
Cyrille
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