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HARIDWAR, UTTAR-PRADESH, INDE,
5 octobre 2000


Même les enfants-moines ont leur souffre-douleur. Lorsqu'il lit, on vient le frapper sur la tête. Quand il s'habille, on le tire violemment par les pans de son habit. Il pleure donc plus qu'à son tour, nez au mur, le visage entre les mains. Parfois, il fait juste semblant, méditant une riposte. Je l'ai vu poursuivre un de ses petits tortionnaires en robe safran, une chaussure à la main. Qu'est-ce qui le désigne ainsi à la persécution de ses coreligionnaires ? Il a la boule à zéro réglementaire, la tenue jaune et brune "qui va bien". Mais c'est un poids-plume, avec une tête de moins que les autres, les yeux en amande, de longs cils charbonneux, un regard perçant de chat abyssin : une beauté moyen-orientale au pays des Lamas.

Le monastère de LAMAYURU est l'un des plus anciens du LADAKH, ce morceau de Tibet égaré en Inde du Nord. C'est aussi l'un des plus impressionnants, une forteresse bouddhiste plantée au-dessus d'un à-pic, à 3600 mètres d'altitude, au milieu d'un cirque de montagnes déchiquetées. Le village du même nom compte plus de chortens (A gauche, capitaine Haddock !) que d'habitants.

Trente-cinq novices résident dans le monastère (gompa). Ils ont entre 8 et 12 ans, sont originaires des villages voisins, se prénomment Rinchen ou Tashi. En attendant de devenir moines, ils étudient les textes sacrés, dorment à plusieurs dans d'étroites maisons de terre crue, se lèvent avant le soleil et veillent à l'entretien quotidien du gompa. Comme tous les enfants, ils trouvent plus de plaisir dans le jeu que dans l'étude. Lorsque le garde-chiourme (un "grand" de 17 ou 18 ans) les prend sur le fait, ils se remettent à réciter, à brailler plutôt, leurs tablettes.

A dix ans, peut-on vraiment parler de vocation ? Lorsqu'une famille se retrouve avec trop de bouches à nourrir, un nombre variable de fils - généralement les plus jeunes - deviennent moines. Les monastères procurent ainsi, écrit Helena Norberg-Hodge (Ancient Futures, Learning from Ladakh), une sorte de "sécurité sociale" à l'ensemble de la communauté.

(...) "Pour Delhi, tous les vols sont complets jusqu'à la mi-novembre. Chandigarh et Jammu ? Il faut attendre... janvier 2001. Mais vous pouvez décoller pour Srinagar le 15 octobre". Sans correspondance assurée pour les plaines. Fin septembre : l'Indian Airlines nous place devant un dilemme. Sous les premières neiges, le Ladakh devient de jour en jour plus beau. Et la nécessité du départ plus pressante. Les bus se font rares. Le 24 septembre, la Jammu & Kashmir Transportation Company interrompt à son tour sa liaison quotidienne. Trop dangereux, nous dit-on à la gare routière. Nous nous jetons sur les dernières places de l'avant-dernier bus "touristique" de la saison. Plein de Ladakhis.

Leh-Manali : pour les uns, 470 km de vues grandioses depuis l'une des routes les plus hautes du monde (deux cols au-dessus de 5000 mètres). Pour d'autres, 25 heures de mal au cœur, de virages au bord du gouffre et une nuit glaciale à 4200 mètres. Techniquement, il est plus facile de passer au Tibet voisin. Cela évite de retraverser l'Himalaya.

Bref passage par SHIMLA, son petit air de Normandie, ses maisons à colombages, ses Indiens chics et ses babouins mal élevés. Le Gaiety Theatre abrite le club le plus select de la ville. Le port des sandales y est fortement déconseillé après 19 heures. Une cathédrale jaune citron domine la vieille ville, amoncellement multicolore de bicoques et de temples. Nous sommes redescendus à 2200 mètres. Il fait doux. La lumière est splendide. Une excellente surprise.

Bain de foule à HARIDWAR, l'une des grandes villes saintes de l'hindouisme. C'est ici, nous dit la légende, que la déesse Ganga est descendue sur terre. Le Gange y émerge effectivement des montagnes pour se répandre dans les plaines. Les ablutions ont lieu toute la journée, mais principalement au lever du soleil. Les pèlerins font bon ménage avec les marchands du temple. On fait le plein d'eau sacrée dans des bidons en plastique. Au crépuscule, devant le ghat d'Har-Ki-Pauri, le fleuve se couvre de minuscules embarcations fleuries, les "diyas". Le courant violent à tôt fait d'avaler la flamme des petites bougies. C'est le moment de faire un vœu.

Une cuillerée d'eau du Gange et un sacrement plus tard, nous voici revenus brièvement à Delhi. Départ demain pour le Rajasthan. Merci pour votre fidélité.

Cyrille

PS : pardon d'avoir un peu négligé ma correspondance ces derniers temps ! Internet n'a pas encore gagne, Dieu merci, toutes les régions du monde. Je devrai maintenant pouvoir me rattraper.

 

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