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2 mars 2000 - SURIN (460 km au nord-est de Bangkok)

Des quatre temples khmers visites jusqu'à présent dans la région de l'I-san, PHANOM RUNG est le plus impressionnant. Sa magnificence tient au contraste entre la délicatesse du sanctuaire proprement dit et la monumentalité de ses abords. L'édifice est planté sur une colline d'environ 200 à 300 mètres de haut, qui domine un paysage de rizières (incultes à cette période de l'année) et de cours d'eau. Aperçoit-on le Cambodge par temps clair ? Angkor Vat, bâti un siècle plus tard, n'est qu'a 250 km plus au sud. Hier, les lointains étaient brouillés par la pluie, tombée sans interruption depuis la nuit.

Apres une première volée de marches, on se trouve au pied d'une mystérieuse allée pavée, dont les 160 mètres sont bordés de boutons de lotus en pierre. Les herbes occupent chaque interstice entre les dalles. Ce chemin conduit à une plate-forme d'aspect redoutable, gardée aux quatre points cardinaux par des serpents a cinq têtes, les "nagas". Il faut encore gravir une série de marches abruptes. On débouche enfin sur un petit parc, agrémenté de bassins et d'arbres en fleur : le sanctuaire. Une enceinte rectangulaire, percée de portes aux quatre points cardinaux, dissimule le cœur vivant du temple. La première ouverture en masque une seconde, puis une autre encore, si bien que l'alignement des portails créé un vertigineux effet de perspective, semblable à celui provoqué par deux miroirs placés en vis-à-vis. Chacun des portails est surmonté de linteaux sculptés (en excellent état) figurant diverses divinités du panthéon hindou ou védique. SHIVA, dédicataire du temple, est à l'honneur, sous la forme du danseur céleste aux dix bras, créateur et destructeur. Mais VISHNU n'est pas oublié. Un linteau le montre couché sur le serpent à 1000 têtes Cesha, un sourire extatique aux lèvres, dans une posture que l'indianiste Louis Renou décrit mieux que moi : "Au cours de la nuit qui sépare deux créations successives, dans un état de sommeil mystique, Vishnu médite le monde, puis il émet à son réveil un lotus dore de son nombril ; de ce lotus surgit Brahman qui créera un nouvel univers". La dernière ouverture franchie, on découvre une sculpture du taureau NANDIN (véhicule de Shiva), dont les courbes de marbre ont été polies par dix siècles de caresses ferventes. Le voici sagement couché, le mufle tourne vers un "linga", phallus symbolique de Shiva, dieu de la vie et de la procréation. Quelques exemples parmi d'autres des délicates sculptures qui ornent ce temple ou ceux de la région. Pas de visiteurs ou presque, hormis quelques écolières en uniforme, et parfois une poignée de touristes thaï. Arrivée de bonne heure, j'ai dispose des lieux pendant deux heures.

Phimai, Phanom Rung, Muang Tham, Prasat Sikhoraphum... La route des temples khmers s'achève ici pour moi. Je prends cet après-midi le train pour Ubon Ratchathani, à l'extrémité est de la Thaïlande. Demain, je rejoindrai Khong Chiam. La rivière Moon et le Mekong y mêlent leurs eaux. Un curieux spectacle coloré parait-il. Le Laos est de l'autre coté du fleuve. Je le passerai dans deux ou trois jours.

"PET-PET, SAP-SAP"

Un mot pour finir sur cette institution thaïlandaise que sont les marchés de nuit. Oubliez le restaurant dont le "Lonely Planet" dit Monts et Merveilles. Le chauffeur de samlor ne comprendra pas le nom que vous lui indiquez. Et puis c'est plein de touristes. Allez plutôt dîner au marché de nuit. Toutes les villes thaïlandaises en ont un. C'est savoureux, pas cher et très couleur locale. Le marché de nuit s'anime des 18h00 et s'éteint vers 23h00 pour les plus importants. Les rues se couvrent alors de roulottes multicolores. Tout ce qui se frit, s'étuve ou se rôtit trouve sa place au marché de nuit. Les stands du marché de Surin sont parmi les plus appétissants et ordonnés que je connaisse. Fraises, goyaves, ananas, durians, mangoustans, brochettes de toutes sortes (calamars, cuisses de poulet...), soupes de nouilles, canard laqué, sombres abats, poissons grillés ou vapeur, som tam (salade de papaye épicée), etc., etc. Un exemple de dîner (hier) : omelette/crêpe aux fruits de mer sautés sur pousses de soja; saucisse grillée servie avec tranches de gingembre frais et piments verts à croquer ; "aga-aga" (lait concentré aux fruits confits). Pour les amateurs, on trouve aussi sauterelles et cafards grillés. C'est souvent "pet-pet" (très épicé), mais toujours "sap-sap" (délicieux). L'ustensile roi de la cuisine de rue, c'est le "wok", cette grande poile incurvée ou les légumes, œufs et viandes virevoltent sans se sauver. Belles flammes pour les photographes.

Bon appétit.
Le gecko grille

P.S. : merci pour vos mails du 28 février. En réponse à une question fréquente, je me déplace presque exclusivement en bus, plus rarement en train (retards records en Birmanie). Au Laos, il n'existe pas de voie ferrée : la route et le Mekong constituent les deux seules voies de communication. J'ignore encore si je pourrai trouver un accès Internet avant Savannakhet, au centre du pays, où je ne serai pas avant dix jours.


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