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Samedi 20 Mai, Deux gaulois chez les incas
Récit de la journée incroyable, celle
ou nous sommes allé de Huancayo à Ayacucho au Pérou.
Ce
matin de printemps, nous marchons avec notre attirail, sacs et vêtements,
vers un petit homme, chef de l'entreprise de transport automobile
"Zodiaco" (je le cite puisqu'ainsi, je demande à
tous les futurs "touristes" qui se rendront à Huancayo
de boycotter cet homme, criminel, et son entreprise, irréaliste
et malhonnête ).
100
sol (225 francs) pour un trajet entre Huancayo et Ayacucho, trajet
qui en bus pourrait nous coûter 25 sol.... La nature humaine
est complexe et cède à la séduction de manière
parfois inattendue. Ce petit homme nous drague et vante avec emphase
les mérites de son chemin à lui : 6 heures au lieu
de 12 et des paysages à faire pâlir les plus belles
montagnes françaises. Séduits, nous le sommes, d'autant
que 6 heures de tape-cul en moins en sortant d'une maladie telle
que la nôtre, ce n'est pas négligeable.
Ainsi donc, nous voilà partis tels deux Artabans, à
l'arrière d'une Toyota aussi 4X4 qu'une chèvre est
aussi un lama. La route est monstrueusement mauvaise; mon cul
se tanne encore un peu plus. Rien dans le ventre comme à
nos premières habitudes...Peu importe l'estomac et l'arrière-train,
le paysage des Andes péruviennes est clair, sain et mythique,
aussi beau que le noir brillant des yeux de ma belle. Pas de
problèmes à l'horizon pendant les deux premières
heures sauf la route, peut être qui est plus mauvaise que
la plus mauvaise route guatémaltèque.
Puis notre chauffeur, assez jeune, commence à prendre, par
ci par là des gens , d'un village à l'autre en les
faisant payer. A chacun d'eux il demande si il y a un passage
pour aller à Ayacucho. Le doute... Ils disent: oui, depuis
hier on peut, ou bien: ça va être difficile mais vous
pouvez essayer. Les amortisseurs de la voiture doivent être
en feu et plusieurs pierres touchent régulièrement
la calandre de cette bonne vieille Toyota. Mais le paysage est de
plus en plus beau. Je suis à droite, le précipice
aussi ; à plusieurs moments, j'ai l'impression d'être
assis dans le vide. Nous franchissons littéralement des
éboulis, des rivières aussi où, à chaque
fois, on pense que c'est la dernière que nous pourrons passer
tant les pneus dérapent sur les rochers lisses. Une heure
plus tard, un monticule de terre se révèle fatal à
notre périlleuse avancée. La voiture reste en haut
à faire la bascule, si près du vide que je le sens.
On pousse, on creuse et ça passe, non sans mal pour cette
pauvre Toyota que je plains de plus en plus. Quelques heures
encore et quelques encombres puis c'est la panne. Notre bon
chauffeur qui doit souffrir au moins autant que nous plonge la tête
dans le capot. Le paysage autour n'est plus escarpé mais
complètement désertique. L'homme qui faisait un
bout de route avec nous et qui me semblait étrange descend
de la voiture et sort de son sac une bible noire. Le voyage,
c'est apprendre la patience et apprendre qu'à ce moment précis,
à cet endroit précis, il ne servirait à rien
de gueuler contre notre pauvre chauffeur suant, le nez dans la Toyota
de son arnaqueur de patron (entreprise El Zodiaco, Huancayo).
Je
m'assieds à l'ombre d'un arbre d'une espèce inconnue
de moi jusqu'à ce jour et j'allume une cigarette, celle qui
se révèle si bonne et si rassurante quand tout semble
aller de travers. A ce moment précis, un gros 4X4 de police
arrive et constate, avec notre bon chauffeur, la panne. Le mécanicien
improvisé, avec l'aide du policier qui s'est remonté
les manches, sort de l'antre de la Toyota, un bout de tuyau complètement
déchiré. Il me dit ensuite qu'il part avec les
flics au prochain village pour trouver un tuyau de remplacement.
Les voici partis et voici la scène remise dans son contexte.
Je suis au Pérou, dans un désert à 3200
mètres d'altitude, au bord d'une route où ne passe
personne sauf des chiens et des vaches, avec Tyry et un homme
à la barbe longue et au nez aquilin, assez petit, coiffé
d'un chignon et d'une drôle de casquette en toile bleu marine.
Tyry décide d'escalader un colline de terre ou de sable,
plantée de cactus et moi, je reste avec cet homme et sa
bible.
Il commence par me poser quelques questions: connais-tu le fils
de l'ombre?" "Non, lui dis-je intéressé
par sa question." et le voici parti dans son explication de
la fin du monde qui doit venir cette année et du peuple juif
du monde entier qui sera sauvé mais pas les autres; le voici
aussi qui me montre une phrase de la bible où dieu dit qu'il
est juif et une autre, tirée de l'apocalypse où Jean
annonce la fameuse fin du monde.
Une heure d'explication et d'attente plus tard, et le gros 4X4
de police revient avec notre chauffeur qui remet son nez dans le
moteur et fini par réussir à changer le tuyau défectueux.
Pour les férus de mécanique il s'agit de la durite
qui alimente le système de direction en liquide et en pression.
Nous voici donc repartis, avec l'autre illuminé. Mais la
voiture tousse. Cela semble être un tout autre problème.
Au village le plus proche, que nous atteignons difficilement, notre
bon chauffeur abdique, nous paye un taxi qui nous conduira, avec
6 heures de retard sur l'horaire prévu, à Ayacucho,
où l'on arrive de nuit. Nous trouvons un hôtel rapidement
et rapidement aussi le sommeil nous gagne. Chère Morphée,
Benoît
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