ciao.com, l'avis du consommateur
 

recherche avancée

Pour découvrir le début des aventures de Benoît Page, pour consulter les reportages photos et dialoguer avec cet incroyable aventurier, rendez-vous sur son site.

16 et 17 avril, Guatemala

21 avril, Guatemala

25-28 avril, Honduras

29 avril, Nicaragua


01 mai, Nicaragua

06 mai, Panama

11 mai, traversée vers le Pérou

 


Samedi 20 Mai, Deux gaulois chez les incas


Récit de la journée incroyable, celle ou nous sommes allé de Huancayo à Ayacucho au Pérou.

Ce matin de printemps, nous marchons avec notre attirail, sacs et vêtements, vers un petit homme, chef de l'entreprise de transport automobile "Zodiaco" (je le cite puisqu'ainsi, je demande à tous les futurs "touristes" qui se rendront à Huancayo de boycotter cet homme, criminel, et son entreprise, irréaliste et malhonnête ).

100 sol (225 francs) pour un trajet entre Huancayo et Ayacucho, trajet qui en bus pourrait nous coûter 25 sol.... La nature humaine est complexe et cède à la séduction de manière parfois inattendue. Ce petit homme nous drague et vante avec emphase les mérites de son chemin à lui : 6 heures au lieu de 12 et des paysages à faire pâlir les plus belles montagnes françaises. Séduits, nous le sommes, d'autant que 6 heures de tape-cul en moins en sortant d'une maladie telle que la nôtre, ce n'est pas négligeable.

Ainsi donc, nous voilà partis tels deux Artabans, à l'arrière d'une Toyota aussi 4X4 qu'une chèvre est aussi un lama. La route est monstrueusement mauvaise; mon cul se tanne encore un peu plus. Rien dans le ventre comme à nos premières habitudes...Peu importe l'estomac et l'arrière-train, le paysage des Andes péruviennes est clair, sain et mythique, aussi beau que le noir brillant des yeux de ma belle. Pas de problèmes à l'horizon pendant les deux premières heures sauf la route, peut être qui est plus mauvaise que la plus mauvaise route guatémaltèque.

Puis notre chauffeur, assez jeune, commence à prendre, par ci par là des gens , d'un village à l'autre en les faisant payer. A chacun d'eux il demande si il y a un passage pour aller à Ayacucho. Le doute... Ils disent: oui, depuis hier on peut, ou bien: ça va être difficile mais vous pouvez essayer. Les amortisseurs de la voiture doivent être en feu et plusieurs pierres touchent régulièrement la calandre de cette bonne vieille Toyota. Mais le paysage est de plus en plus beau. Je suis à droite, le précipice aussi ; à plusieurs moments, j'ai l'impression d'être assis dans le vide. Nous franchissons littéralement des éboulis, des rivières aussi où, à chaque fois, on pense que c'est la dernière que nous pourrons passer tant les pneus dérapent sur les rochers lisses. Une heure plus tard, un monticule de terre se révèle fatal à notre périlleuse avancée. La voiture reste en haut à faire la bascule, si près du vide que je le sens.

On pousse, on creuse et ça passe, non sans mal pour cette pauvre Toyota que je plains de plus en plus. Quelques heures encore et quelques encombres puis c'est la panne. Notre bon chauffeur qui doit souffrir au moins autant que nous plonge la tête dans le capot. Le paysage autour n'est plus escarpé mais complètement désertique. L'homme qui faisait un bout de route avec nous et qui me semblait étrange descend de la voiture et sort de son sac une bible noire. Le voyage, c'est apprendre la patience et apprendre qu'à ce moment précis, à cet endroit précis, il ne servirait à rien de gueuler contre notre pauvre chauffeur suant, le nez dans la Toyota de son arnaqueur de patron (entreprise El Zodiaco, Huancayo).

Je m'assieds à l'ombre d'un arbre d'une espèce inconnue de moi jusqu'à ce jour et j'allume une cigarette, celle qui se révèle si bonne et si rassurante quand tout semble aller de travers. A ce moment précis, un gros 4X4 de police arrive et constate, avec notre bon chauffeur, la panne. Le mécanicien improvisé, avec l'aide du policier qui s'est remonté les manches, sort de l'antre de la Toyota, un bout de tuyau complètement déchiré. Il me dit ensuite qu'il part avec les flics au prochain village pour trouver un tuyau de remplacement. Les voici partis et voici la scène remise dans son contexte. Je suis au Pérou, dans un désert à 3200 mètres d'altitude, au bord d'une route où ne passe personne sauf des chiens et des vaches, avec Tyry et un homme à la barbe longue et au nez aquilin, assez petit, coiffé d'un chignon et d'une drôle de casquette en toile bleu marine. Tyry décide d'escalader un colline de terre ou de sable, plantée de cactus et moi, je reste avec cet homme et sa bible.

Il commence par me poser quelques questions: connais-tu le fils de l'ombre?" "Non, lui dis-je intéressé par sa question." et le voici parti dans son explication de la fin du monde qui doit venir cette année et du peuple juif du monde entier qui sera sauvé mais pas les autres; le voici aussi qui me montre une phrase de la bible où dieu dit qu'il est juif et une autre, tirée de l'apocalypse où Jean annonce la fameuse fin du monde.
Une heure d'explication et d'attente plus tard, et le gros 4X4 de police revient avec notre chauffeur qui remet son nez dans le moteur et fini par réussir à changer le tuyau défectueux. Pour les férus de mécanique il s'agit de la durite qui alimente le système de direction en liquide et en pression.
Nous voici donc repartis, avec l'autre illuminé. Mais la voiture tousse. Cela semble être un tout autre problème. Au village le plus proche, que nous atteignons difficilement, notre bon chauffeur abdique, nous paye un taxi qui nous conduira, avec 6 heures de retard sur l'horaire prévu, à Ayacucho, où l'on arrive de nuit. Nous trouvons un hôtel rapidement et rapidement aussi le sommeil nous gagne. Chère Morphée,

Benoît Page

Lire la suite des aventures de Benoît sur son site

ou retourner au sommaire "Correspondants"