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Samedi 6 Mai
Suite des aventures incroyables et, certains jours misérables,
de l'intrépide Benoît (moi-même) et de son fidèle
compagnon de voyage Tyry.
Ce
jour là, je m'éveille dans la vieille ville de
Panama (Casco viejo). Une ville presque en ruine, construite à
l'européenne. L'hôtel colonial, qui me loge pour
quelques jours et 5 dollars est traversé de part en part
par plusieurs musiques, celles de la rue, celle de vieux postes
de radio des chambres voisines.
Celle de la télévision hurlante, en bas du patio et
les gémissements louches de certains hommes et d'autres femmes,
qui viennent d'on ne sait où.
A l'intérieur, tout est de bois et de crème avec des
ventilateurs partout au plafond.
Ce jour là, je m'éveille 50 ou 60 ans plus tôt
et je monte sur la grande terrasse qui fait office de toit de l'hôtel.
On y voit le Pacifique et une file d'attente de cargos qui font
route vers l'Atlantique. Sous une pluie digne des plus belles averses
tropicales, nous décidons de visiter coûte que coûte
ce quartier réputé dangereux. Au premier carrefour,
voyant notre air niais et nos vêtements (costume touristique
traditionnel), un policier, dieu sait ce qu'il fait là, nous
dit que ce quartier est dangereux, que les touristes s'y font
dérober leur affaires régulièrement , en un
mot comme en cent, il nous dit de partir d'ici au plus tôt.
Intrépides nous sommes, intrépides nous resteront.
Ayant considéré que nous n'avions pas d'affaires importantes
sur nous, les ayant laissées à l'hôtel, nous
concluons alors, d'un commun accord, à la poursuite de notre
périple dans les rues de ce quartiers délicat, dirons-nous.
Pas cinq minutes ne s'étaient écoulées,
qu'un individu en chemise, à la peau et au regard sombre
nous accoste avec un air sûr de lui, pensant sans doute des
mauvaises choses; c'est du moins ce que me laisse entendre ma
première impression. Douce et si juste première impression.
Il commence par vouloir nous serrer la main, menotte hésitante
que, chacun à notre tour, nous tendons. Puis, dans un espagnol
rapide et broyé par une bouche à peine entre-ouverte,
il nous demande de le suivre jusqu'à sa maison pour nous
offrir à boire. J'hésite encore, Tyry me regarde et
de ce regard, nous acceptons, pour voir et pour ne pas, plus tard,
être jugés trop méfiants ou pas drôle
du tout. Plusieurs pâtés de maison plus loin, nous
voici entrant dans le hall démesurément grand et inconsidérément
délabré d'un vieil immeuble, colonial lui aussi.
Sa demeure, tant elle est miséreuse, me trouble un peu. Son
regard à lui aussi se trouble et il sort d'un tiroir, alors
que nous sommes assis et contemplatifs de cet endroit lugubre, un
couteau long comme la queue d'un âne et nous le brandit aux
visages. J'essaye d'entamer une discussion. -Que veux tu, lui dis-je?
-Votre argent me dit-il simplement en nous faisant signe de nous
lever. L'air un peu malicieux, nous montrons que nous n'avons rien
sur nous à part moi, 2,5 dollars que je lui tend volontiers,
avec une dévotion à la mesure de ma peur, je l'avoue.
Puis, soutenant mon air sur de moi et tyry faisant de même,
nous faisons mine de nous en aller. Aucune résistance de
la part de notre agresseur au long couteau.
Nous nous retrouvons dans cette rue, dès lors triste et calme
et décidons de nous en retourner à notre bel hôtel
colonial pour dormir sur la fatigue de nos émotions matinales.
Benoît
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