Editorial
Voyager autrement
Nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus vouloir bronzer idiots. Mais aussi à vouloir occuper notre temps de loisirs sans trop détruire la planète, tirer profit des inégalités Nord-Sud ou piétiner la culture de l’autre. Cette aspiration à voyager autrement n’est pas simple à satisfaire. L’industrie touristique, intense en transports, en consommation d’eau et d’électricité, est souvent dévastatrice sur le plan environnemental. Elle l’est aussi trop souvent sur le plan social, en déstructurant les sociétés, comme l’illustre le problème de la prostitution… Ces tendances ne sont pas prêtes à s’inverser au moment où les voyageurs issus des pays émergents vont encore accroître les flux : la Chine devrait ainsi devenir non seulement l’une des principales destinations, mais aussi l’un des premiers pays « émetteurs » de touristes. Que faire ? La réponse ne va pas de soi, car le développement du tourisme est aussi le fruit de l’émancipation du salariat dans les démocraties, le produit de la réduction du temps de travail et de l’élévation du niveau de vie. Regretter l’essor du tourisme de masse, c’est aussi céder à une nostalgie élitiste, alors même que 40 % des Français ne partent toujours pas en vacances. Sur ces bases, l’objet de ce guide est de fournir des éléments de réflexion, et de donner des informations pratiques pour voyager autrement. Pour cela, nous sommes partis à la découverte de tous ceux qui, en France et à l’étranger, tentent de construire un « autre » tourisme. Notamment au travers de l’écotourisme ou du tourisme solidaire. Nous avons aussi enquêté sur le mouvement en faveur d’un tourisme responsable, qui commence à toucher timidement les grands tour-opérateurs. Et fait le tour des labels qui fleurissent aujourd’hui dans cette activité, afin de faire la part du vrai et du faux. Car nous ne sommes pas dupes. Marcher dans le sable du désert ou dormir à la belle étoile ne doit pas faire oublier le kérosène dépensé pour atteindre cette destination. Et ceux qui aspirent à un tourisme intelligent fondé sur une rencontre authentique ne doivent pas céder aux deux illusions que l’ethnologie moderne avait cru déconstruire : la première étant qu’on pourrait découvrir l’autre sans partager durablement son existence ; la seconde que cette découverte pouvait ne pas interférer avec la culture de l’autre. Or, le tourisme engendre nécessairement un choc et une confrontation, pour le meilleur et, pour le pire. Ce guide peut aider chacun à répondre de manière individuelle ces questions, sachant que la régulation du tourisme, à commencer par la prise en compte du coût écologique des transports, suppose des régulations collectives qu’il appartient aux pouvoirs publics de mettre en oeuvre.
Philippe Frémeaux et Naïri Nahapétian |

Editorial
Voyager autrement 5
Le tourisme et son impact 6
Touriste contre voyageur ? 7
« Un tourisme qui enrichit les riches », entretien avec Georges Cazes 14
Outil ou frein au développement ? 18
Des saisonniers corvéables à merci 26
Un impact environnemental corrosif 29
Quand durable rime avec local 32
Chartes et labels 40
Quelques définitions 41
Les textes institutionnels sur le tourisme durable 42
Les chartes clés du tourisme social 45
Les chartes éthiques 50
Les chartes des acteurs équitables et solidaires 54
Les « labels » environnementaux 57
Se repérer dans l’offre de voyages 68
Les tour-opérateurs généralistes 69
Les opérateurs du tourisme social 83
Les spécialistes de l’aventure 88
Le tourisme rural 93
L’écotourisme 96
Le tourisme solidaire 102
Les initiatives étrangères 120
Agir pour un autre tourisme 124
Conseils pratiques pour voyager autrement 125
Le relais des comités d’entreprise 128
Monter un projet de tourisme solidaire 135
Les pouvoir publics, acteurs du tourisme durable 138
Bibliographie 155
Index 159
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