Couverture de Voyage au pays de la soif
Editions Transboréal 2010
Écoutez l'écho de la première phrase du livre : « Vers l'âge de 30 ans, j'ai soudainement éprouvé une grande lassitude du brouhaha humain... Côtoyer le monde des hommes me devint subitement insupportable... [je] ressentais le besoin viscéral de retrouver un état psychique originel, loin de la pollution des émotions ». S'en suivent échappées, méharées, aventures et un certain aboutissement avec les derniers mots du livre, relatifs à cette expérience de déshydratation extrême, volontaire, qui a confronté Régis Belleville à un « déclin programmé de [ses] ressources physiques et psychiques... C'est là peut-être l'expérience la plus difficile et, en même temps, la plus extraordinaire qui se puisse connaître : la rencontre, sans fard ni sans masque, avec sa propre mort ».
L'auteur est pudique, comme les hommes qu'il apprécie : l'essentiel du récit porte donc sur le Désert, sa géologie, l'unicité de ses témoignages - avec des affleurements, dégagés par le vent, de sols de centaines de milliers d'années ou l'émouvante découverte d'un ensemble de bifaces disposés étrangement sur le sable, mais aussi sa faune - fennecs, scorpions, antilopes, micro-rongeurs ou serpents, ses contrebandiers dont l'auteur parle avec discernement... et ses dromadaires dont il parle sans mesure et avec un profond attachement ! A chaque fois, qu'il décrive l'expérience qu'il mène sur les conséquences psychiques et physiologiques du stress hydrique, les mécanismes de la soif, les stratégies d'adaptation des êtres vivants à ce milieu extrême, les multiples régions traversées, les puits reconnus, ou encore la géopolitique du Sahara, il est toujours d'une grande précision dans ses explications. Jusqu'au détail des tests réalisés quotidiennement qui nous sont livrés in extenso ! Chaque détail est l'occasion d'un souvenir d'expédition et chaque souvenir prétexte à des explications détaillées sur ce fascinant désert du Sahara.
Mais on pense en lisant ce livre à un témoignage, celui de Philippe Frey, autre grand arpenteur du désert, qui nous disait avoir appris d'un vieux caravanier puis compris en l'expérimentant, que l'homme est, dans le désert, là où rien ne peut le distraire ou l'aider, son principal ennemi, celui dont il doit le plus se méfier. Et s'il y a beaucoup à apprendre dans ce livre, sa magie, me semble t-il, est qu'il met en tension, au sens le plus électrique, la rationalité - du méhariste confronté aux défis de la survie et du scientifique fasciné par ce terrain exceptionnel d'expériences, et le dévoilement intermittent d'une personnalité explorant ses obscurs replis.
Philippe Blasco
copyright Régis Belleville

Auteur : Régis Belleville
Maison d'édition : Transboréal
Année de parution : 2010
Nb pages : 232
Prix : 18,91 €
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