Voyage de femmes
Publié le 23/02/2009
 
Voyage de femmes, voyages entre femmes

Rencontre à l'autre bout du monde
entre des femmes de différentes nationalités
qui voyagent seules

Enquête

  • Par

«Sous un costume correct de jeune fille européenne, je n’aurais jamais rien vu, le monde eût été fermé pour moi, car la vie extérieure semble avoir été faite pour l’homme et non pour la femme» écrivait Isabelle Eberhardt au début du XXème siècle dans Vagabondages. Travestie en homme, elle arpente l'Afrique du Nord coloniale et ses déserts, choque les mentalités de l’époque en vivant librement sa vie et ses voyages. Des générations de femmes ont peu à peu ouvert la voie du voyage au féminin, et Isabelle Eberhardt, Ella Maillart ou Alexandra David-Néel ont poursuivi cette quête qui peut aujourd’hui paraître lointaine… Pourtant si l’on en croit la vitalité de la rubrique voyager au féminin de VoyageForum.com, ce mode de voyage reste encore un sujet d’inquiétude, de questionnement pour beaucoup de femmes.

ENFIN LIBRE DE PARTIR SEULE

Depuis Isabelle Eberhardt, les temps ont évolué. Les idées féministes de mai 68 ont bouleversé les mœurs occidentales et marqué un tournant dans l’émancipation des femmes.
Lilo, la cinquantaine aujourd’hui, témoigne de son expérience à la fin des années 70. Partie avec une copine en Israël à 20 ans, elle appartient à l’une des premières générations de femmes à voyager sans se poser de questions : « Nous sommes arrivées avec quelques adresses de kibboutz où nous pouvions être hébergées et nourries en échange de travaux agricoles. Mes parents étaient d’accord mais j’étais majeure et je ne vivais déjà plus chez eux, donc je serais partie de toute façon ! Par la suite, j’ai fait de nombreux voyages toute seule en Grèce, en Italie,… En voyage, quand on rencontrait d’autres femmes, on était solidaires et on se disait « nous les femmes, on fait des choses par nous-même ! »  Ce n’était pas si courant que ça à l’époque de faire des voyages lointains.»

Aujourd’hui, en France, les femmes partent autant en vacances que les hommes (74 % de la population quel que soit le sexe). Mais le taux de départ chez les étudiantes est plus élevé que chez les étudiants (73.9 % contre 63.5 %) et les étudiantes partant en solo sont plus nombreuses que les étudiants (26.5 % contre 14.1 %) selon une Etude de la Direction du tourisme datant de 2005. Le voyage au féminin chez les jeunes est devenu chose courante. C’est ainsi qu’Aurélie, irlandaise d’adoption depuis 5 ans, a décidé de partir faire le tour du monde…en solitaire : « Seule pour moi c’est le pied. Vous faites ce que vous voulez quand vous voulez, vous changez vos plans à la dernière minute et ça n’embête personne, et surtout, vous allez vers les gens beaucoup plus facilement et inversement, vous faîtes des rencontres que vous ne feriez pas si vous étiez à deux ou plusieurs.» Aucune de ses amies n’étant disponible, Aurélie réalise son rêve d‘enfant en janvier 2007 : « Je me suis dit : mieux vaut partir seule que mal accompagnée. Et je n’ai pas regretté ! Si c’était à refaire, je referais exactement la même chose. » Karen, elle, a entrepris un voyage de 7 mois à pied et en solitaire entre Paris et Istanbul puis en vélo avec une amie d’Istanbul à Jérusalem. « Quand on marche seule, on passe des heures avec soi, on a du temps pour réfléchir, on est en lien avec la nature. Quand on est une femme, on est également vu comme quelqu’un de vulnérable, les gens ont donc plus envie de venir vers vous. Dans les Balkans que j’ai traversé, les personnes âgées me regardaient avec un regard ému. Leurs enfants étant souvent partis émigrer à l’étranger, quand ils me voyaient, jeune femme française, ils m’accueillaient comme ils auraient eu envie que l’on accueille leurs propres enfants dans les pays de l’Union Européenne… Ils étaient aussi touchés par le fait que je sois une jeune femme car ils savaient que la prise de risque était plus forte que pour un homme. »


LA PLACE DE LA FEMME DANS LES PAYS VISITÉS

Cette prise de risque, Karen en a aussi fait les frais. Son choix du voyage à pied, lent, au plus proche de la nature et des habitants des pays traversés s’est révélé une source de problèmes auxquels elle ne s’attendait pas.
« Sur mon trajet entre Paris et Istanbul en passant par le sud des Balkans, j’ai marché dans des régions à la campagne, où on ne peut pas faire de câlins avant le mariage, où les femmes restent généralement au foyer, et où il y a de fait une grande frustration sexuelle. Sur la route, quelques personnes ont tenté de me perdre en montagne ou m’ont menacé avec une arme… Une femme seule qui ne fait pas partie de la fratrie, qui rallie des villes à pied, c’est inadmissible dans certains pays. Le fait de longer les routes peut également être considéré comme de la prostitution… Il y a aussi plusieurs jeunes hommes sympathiques m’ont aussi accompagnée sans qu’il n’y ait de problèmes ! On ne peut pas éviter ce genre de situations, sinon on ne fait plus rien, on reste chez soi. En fait, il faut faire confiance à son instinct. Je pense aussi que le fait d’être à pied, avec un sac sur le dos, des chaussures de marche avec lesquelles on ne peut pas courir est plus dangereux que de voyager en routarde (transports locaux, voyage dans les lieux habités,…), car on ne peut pas s’enfuir en cas de problème. Aurélie, qui a par-

Isabelle Eberhardt

couru le globe en routarde pendant un an, n’a rencontré aucun problème de ce type. Pour elle,  il suffit juste de prendre en compte la place de la femme dans les pays traversés : « Les religions et les coutumes sont très influentes dans certains pays et on se doit de les respecter.  Je ne me suis jamais sentie vulnérable en tant que femme dans les pays où je suis allée. Je pense que ça dépend de la place que la femme a dans les pays qu’on visite. En Amérique du Sud, la femme, c’est la « mama », la mère protectrice, on la laissera jamais tomber. A Bali, la femme, c’est la beauté, la sensualité, donc c’est pareil, on va plutôt la protéger. A Java, île de religion musulmane, la femme a une autre place dans la société. Parfois, on ignorait mes questions du fait que j’étais une femme mais rien de plus…»

 

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