Questionnement sur le passeport vaccinal, l'assurance touriste dans l'air du temps pour se deplacer
Publié le 16/02/2021
 

Les professionnels du tourisme sont de plus en plus nombreux à réclamer un passeport vaccinal. En Europe les pays étudient la faisabilité, des accords ont déjà été pris, pourtant cela pose de nombreuses questions.

Le temps n’est pas au voyage à l’étranger alors que les vacances se déroulent en ce moment. Sortir de France apparaît plus du parcours du combattant. Pour y parvenir il faut montrer pattes blanches et avoir un motif sérieux et surtout impérieux. Face à la pandémie qui règne toujours il est donc très compliqué de programmer des voyages. L’industrie du tourisme qui depuis un an subit de plein fouet la pandémie est éreintée et à genoux. Des économies totalement exsangues au point que certaines entreprises ont déjà mis la clef sous la porte et d’autres s’apprêtent à faire de même si la situation vient à perdurer.

Refus du gouvernement français sur le passeport vaccinal

Depuis plusieurs semaines des voix s’élèvent pour mettre en place un passeport vaccinal, qui serait alors une sorte d’assurance touriste pour se rendre dans différents pays. Dans un entretien accordé à Capital le 11 février dernier, Pascale Fontenel-Personne, députée MODEM de la Sarthe, va au-delà et réclame la mise en place d’une mission spéciale auprès du gouvernement pour la création d’un passeport sanitaire.

« L’idée de cette mission spéciale, c’est justement de faire l’inventaire de ce qui est légal ou pas, de ce qui est éthique ou pas, et de ce qui est efficace ou pas. Mais j'insiste bien sur la notion de passeport sanitaire, et non pas de passeport vaccinal, qui là, effectivement ne serait pas très juste. En tout cas, ma vision du passeport sanitaire va au-delà de la seule et unique condition d’être vacciné contre la Covid-19. », explique-t-elle. Pascale Fontenel-Personne ajoute que ce passeport sanitaire pourrait également contenir « un test RT-PCR négatif, par exemple, puisqu’il y aura toujours quelques réticents à la vaccination, même s’ils seront, je pense, de moins en moins nombreux au fil du temps. Pour ceux qui ont, comme moi, déjà eu la Covid, on pourrait peut-être se baser sur un certificat du taux d’anticorps… Il ne faut pas oublier les quelques personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner car elles présentent des risques allergiques aussi. Dans ce cas, on pourrait imaginer une dispense ».

En France l’exécutif est réticent. Et on peut le comprendre avec les données de vaccination. Au 15 avril, 3 millions de personnes ont été vaccinées dont 720 249 ayant reçu la seconde injection soit 1% de la population. Des chiffres bien minces dans l’immédiat pour espérer mettre en place un passeport vaccinal, si tant est que les vaccins soient véritablement efficaces. Le gouvernement n'y étant pas favorable cela reviendrait à rendre la vaccination obligatoire. Donnée sur laquelle l’exécutif ne transigera pas dans l’immédiat. L’idée qui était évoquée au mois de janvier refait donc surface avec insistance. Mais tant que la campagne de vaccination en France ne prendra pas une tournure plus globale, seule une infime partie de population serait autorisée à s’échapper hors des frontières si le gouvernement venait à changer d’idée. 

Frustrant donc pour l’autre qui serait obligée d’attendre une campagne de vaccination grand public qui tarde à se mettre en place. Une vraie rupture d’égalité entre les individus. Le taux de personnes vaccinées est bien trop faible dans l’immédiat pour que le gouvernement cède aux pressions d’un secteur qui pourtant représente 7,4 % du PIB. Pour les acteurs du tourisme ce document apparaît de plus en plus incontournable pour permettre à tous de voyager hors des frontières de leur pays. Très affectés par la situation, ils se tournent donc vers cette solution qui, pour eux n’est qu’un rappel de certaines pratiques déjà en vigueur pour se rendre dans certains pays touchés par des épidémies.

Traçage et liberté de le circulation remise en cause

La création de ce passeport pose inévitablement la problématique du traçage et de la liberté de circulation pour voyager ou pour les actes de la vie quotidienne comme aller au restaurant, se rendre dans les cinémas, les théâtres, les musées. Une remise en cause qui pose forcément des questions sur la faisabilité d’un tel document. Sa réalisation, malgré les problèmes que cela engendrerait au niveau de la transmission des données des uns et des autres, serait une nouvelle bouée de sauvetage pour le tourisme après celle apportée par l’État. Pour rappel, les acteurs du tourisme en France ont touché près de 20 milliards d'euros de la part de l’État. Ce dernier va continuer d’abonder mais pour combien de temps encore. La crise sanitaire s’est doublée d’une crise économique et les deniers étatiques ne sont pas extensibles.

En Europe cette idée d’un passeport vaccinal fait son chemin. Si dans l’Union Européenne, les 27 divergent sur la mise en place d’un tel document, la Grèce milite pour sa création. Le pays est soutenu par les états du sud qui sont tributaires de l’activité touristique. Pour éviter de faire exploser les convenances entre les pays européens, l’Union Européenne penche vers un certificat de vaccination qui n’aurait pas de vertu contraignante. Mais cette position de l’organisme centralisateur n’arrange pas tout le monde. La Grèce a signé un accord avec Israël pour la libre circulation de leurs touristes respectifs à condition d’apporter la preuve de leur vaccination. Cet accord fait forcément des émules. Chypre va suivre et d’autres s’escriment pour la signature d’accords similaires et souhaitent s’affranchir de la tutelle franco-allemande. La France et l’Allemagne sont sur la même longueur d’ondes mais face à la réticence des uns et des autres, les barrières pourraient très vite tomber. La Suède et le Danemark ont annoncé de leur côté l’élaboration d’un certificat électronique destiné aux voyages à l'étranger. Ce passeport vaccinal sert donc de tremplin aux pays pour redorer leurs économies mais sa mise en place reviendrait donc à mettre en difficulté la libre circulation au sein de l’Espace Schengen

Avant de créer un tel passeport vaccinal, qui serait alors la norme pour voyager et se déplacer, les gouvernements européens doivent plancher sur la centralisation des données concernant les voyageurs. Une seule et même base numérique pour permettre aux aéroports de s’adapter et de fluidifier un trafic qui ne l’est pas toujours avec la vérification manuelle des papiers qui prend plus de temps. Dans ce marasme, des petits malins ont profité de la vulnérabilité dans les aéroports pour mettre en place des trafics de faux certificats RT-PCR négatifs. Plusieurs arrestations ont déjà eu lieu pour démanteler ces trafics d’un nouveau genre. En numérisant les données concernant les voyageurs, Cela reviendrait à couper l’herbe sous le pied de ce commerce illégal.

 

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