Antonio Lopes, barman à Versailles : « Je veux bien tirer sur la corde mais là c'est abusé »
Publié le 15/10/2020
 

Antonio Lopes est co-gérant de l’Alto à Versailles un bar-tapas et musique. Pour Uniterre, il livre sa vision de la situation actuelle qui touche sa profession et le constat est amer. Avec le co-gérant Alex El Baz, ils vont devoir fermer boutique car ouvrir pour deux heures cela n’est pas rentable pour eux. Tous les deux gardent la foi grâce aux clients. 

Hier soir le président de la République a annoncé un couvre-feu sur 8 agglomérations plus Paris et l’Ile-de-France. Vous en tant que gérant du bar l’Alto à Versailles comment vivez-vous cette situation ?

Nous avons pris un coup de massue. Le bar est ouvert de 18h à 2h du matin donc ils infligent le couvre-feu à 21h, cela veut dire qu’il faut fermer le bar à 20h30 pour que l’on soit chez nous à 21h. Pour nous c’est inutile d’ouvrir pour 2h30 sachant que l’on est un bar de nuit. Le boulot se fait souvent vers 21h30-22h. On va se poser samedi et voir ce que l’on va faire mais je pense que l’on va fermer le bar pendant six semaines. L’histoire n’est pas rentable.

Sachant que cela ne fait pas longtemps que vous avez ouvert l’enseigne. Après le confinement c’est un nouveau coup dur pour vous.

On a ouvert le 1er novembre 2019. Nous faisons novembre, décembre, janvier, février, mars, cela fait cinq mois, on nous ferme deux mois et demi, nous bossons quatre mois pour fermer six semaines. C’est un peu dur. Nous avions des concerts tout le mois. Nous avons annulé tous les musiciens. Nous avions embauché un troisième barman, malgré tout ce qui se passe. On nous remet un coup de massue avec le salarié, les musiciens que l’on plante car on n’a pas le choix.

Depuis le début de la crise sanitaire, vous avez perdu combien sur votre chiffre d’affaires ?

Je vais dire 50 000 avec les six semaines supplémentaires. Comme c’est notre première année, on ne sait pas trop. Le bar était en pic vers le haut, cela évoluait bien. On perd beaucoup d’argent.

Cette décision du président de la République d’instaurer ce couvre-feu à partir de 21h, vous la trouvez légitime ?

Nous la trouvons injuste. Quand je vois dans les transports, tout le monde est collé, il n’y a pas de distanciation. Les gens doivent être responsables d’eux-mêmes. On dit que les gens de 65 ans et plus sont les plus touchés et doivent faire attention mais les autres aussi. C’est un peu fort quand même car il n’y a pas tant de morts dans le monde entier par rapport au prorata de la grippe. Je ne veux pas nier les choses. Après la covid-19 je l’ai eu, je n’étais pas bien pendant un mois. Je ne vois pas pourquoi il y a un couvre-feu à 21h parce que l’on ferme à cette heure-là, le virus va s’arrêter, là je ne comprends pas. Ils le mettent en place car les lits en réanimation sont blindés. Quand il y a eu la première vague, durant deux mois et demi de confinement, ils savaient qu’il y aurait une deuxième vague. Pourquoi n’ont-ils pas mis en place des choses pour éviter la seconde vague. Des scientifiques spécialisés dans la pandémie disent qu’il n’y a pas de pic au niveau du virus, le problème est que les hôpitaux sont chargés.

Vous prenez un véritable coup sur la tête là.

Il n’y a pas que nous. Les taxis ne bossent plus. Les artistes aussi. J’étais musicien pendant quinze ans avant d’ouvrir le bar et si j’avais continué cela aurait été très compliqué car je ne vivais que de cela. Pour le coup c’est compliqué pour le bar aussi. Heureusement on a un toit avec une situation un peu sécurisée. Depuis que le bar est ouvert avec mon associé, nous n’avons pas pris un mois de salaire. Je veux bien tirer sur la corde mais là c’est abusé. Le projet d’évoluer avec le bar, d’acheter une maison, du coup cela retarde tout. Il y a pire que moi.

Vous disiez plus tôt dans l’interview que vous étiez en plein pic ascendant, cela vient vous rendre la tâche plus dure encore

C’est très compliqué, on ne sait pas où l’on va. On a plein de projets avec ce bar. On a plein d’idées. Nous avions une très grosse soirée qui s’annonçait le 31 octobre pour Halloween avec une très belle décoration, un DJ. C’est mort on ne peut rien faire.

Comment voyez-vous la suite pour l’Alto ?

Nous sommes partis pour subir tout cela. Ce virus ne va pas s’arrêter demain, il va falloir vraiment vivre avec, mais on ne va pas pouvoir nous faire fermer tous les trois mois. A un moment si cela continue comme ça, cela va péter dans pas longtemps : barmans, cafetiers, restaurateurs ne vont pas se laisser faire. En France, ils sont en train de faire couler toutes les petites structures. Ils ne veulent plus de juste milieu, juste des pauvres ou des riches.

Comment réagissent vos clients ?

Hier soir on s’est fait éclater, ils ont tous débarqués, on a fait un très beau chiffre. Les gens sont derrière nous, ils aiment leur bar, le concept et finalement les patrons, ils viennent pour nous. On sent qu’il y a des gens derrière nous. C’est aussi pour cela que l’on ne lâche pas. On va remonter la pente, c’est compliqué mais on va y arriver. Ils sont dégoûtés, ils sont obligés de subir. Des salariés, des chefs d’entreprises, dont la situation est compliquée pour eux aussi sont venus hier. Je pense que tout ce qui est théâtres, bars, cinémas on enlève ça dans la vie, on en a besoin.

 

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